Le coup de grâce
L’aveuglement volontaire se prolonge après l’éclair de flash que constitue l’étrange plan de paix étatso-israélien.
Depuis le début du carnage à Gaza, l’objectif d’Israël était de reprendre le contrôle de Gaza. Pour Israël, la Palestine n’existe pas : les Palestiniens ont « un pays », la Jordanie, ils n’ont qu’à y aller. Israël et ses alliés sont bien conscients que l’installation du Hamas comme gouvernement de Gaza, voulue et aidée par Israël, a été une erreur qu’il faut purger. Les Israéliens pensaient liquider la puissance politique et diplomatique de la Palestine. Tout ce temps a permis au Hamas de faire de Gaza une base milicienne pour harceler Israël en permanence, avec toutefois un effet politique scabreux : réduire la Palestine au Hamas et à Gaza. Le Hamas restait bien entendu loin de pouvoir livrer une vraie guerre, Israël bénéficiant de technologies de protection et d’agression bien supérieures à celles du Hamas et de tous les autres pays arabes : le dôme de fer, l’armement et l’aviation fournis par les pays occidentaux.
Le Gaza d’Israël et des États-Unis n’est pas la Palestine. Israël continue tous les jours à coloniser la totalité des territoires, ceux qui, pour l’instant, restent sous le contrôle des Palestiniens, et ceux, déjà grugés et colonisés par des extrémistes israéliens encouragés par les gouvernements successifs d’Israël. On connaît cette filière qui extrait des citoyens d’autres pays, d’Afrique ou de Russie, et les aide à s’installer dans ces territoires volés avec l’aide de l’armée. Les conditions de cette phase de colonisation sont à peine meilleures que celles dans lesquelles vivaient ces immigrants arrachés ici et là.
Gaza est une partie séparée de la Palestine, comme beaucoup d’autres. Les colonies ont puzzélisé ce pays en des morceaux qui ne peuvent plus être réunis parce qu’Israël non seulement l’interdit, mais continue de les diviser ou de les faire disparaître. Il n’y a déjà plus de pays, et bientôt plus de territoire. Les Palestiniens, ceux qui sont restés ou qui ont survécu vivent dans un espace minuscule aujourd’hui complètement détruit comme Gaza ou constamment razzié par des colons juifs.
Alors qu’Israël continue de dépeupler la Palestine, il est interdit aux Palestiniens qui ont quitté le pays d’y revenir. Le droit au « retour » qu’Israël hurle pour lui-même et pour des gens qui n’ y ont jamais vécu, il le refuse à son voisin. Les Palestiniens, s’il ne sont pas victimes d’un génocide de grande ampleur sont victimes d’une politique d’attrition imposée par les armes, c’est aussi une définition d’un génocide, personne ne détient de droit d’auteur sur ce genre d’horreur.
À force de livrer une guerre au rythme d’un œil pour mille yeux et d’une dent pour 1000 dents, de bloquer le retour des migrants et réfugiés, Israël compte bien se débarrasser des Palestiniens. Netanyahu, des généraux et une partie de la population l’exprime très bien et souvent : « pourquoi devrions-nous épargner la vie de gens sans valeur (les civils innocents) quand nous pouvons tuer des terroristes du Hamas » ?
Cela, la communauté internationale ne peut pas ne pas le voir et les Israéliens encore moins. Lorsqu’on a vu les camps allemands au milieu des villages, on est stupéfait par le silence des citoyens. Dans les guerres, le silence est partout où des bombes explosent, où des vies sont sacrifiées, où des populations disparaissent. C’est un silence qui couvre le bruit de la guerre et permet de la continuer et semble l’approuver.
Dans les discours des chefs d’États qui se réunissent ce 6 juin, il n’y a plus de Palestine. Il y a Gaza et Gaza. Les Occidentaux voudraient évidemment reconstruire puis implanter une sorte de système politique qui aurait pour but d’empêcher l’OPA hostile d’Israël et un nouveau Hamas. Pour le reste, il n’y a pas de plan. Maniant le paradoxe, Macron nous dit bien qu’il ne pourra y avoir de paix si l’Ukraine accepte de perdre, mais n’applique jamais cette idée ailleurs, en Calédonie ou en Palestine. Pourtant, le projet de paix proposé est un pari aux conséquences mortelles : La Palestine disparaitra ou la guerre sera éternelle.
D’où vient ce plan de paix ? Un truc pour ajouter une casserole à Netanyahu ?, Un autre piège pour contraindre les Palestiniens à accepter de bâtir un pays de la taille du Vatican ? Ce ne sera certainement qu’un au revoir, jamais un plan de paix.