Le véritable effet Trump

Point n’était besoin d’être un gourou ou Warren Buffet pour craindre les effets des manigances financières du président américain. Pour rappel, l’économie américaine, après une crise que l’on a appelé « financière », mais qui frôlait le grand banditisme, a été purgée de quelques trolls et remontée grâce à l’action combinée de quelques financiers et du président américain Obama. Peu importe le camp dans lequel on se trouve, il y avait, à cette époque un réel danger qui a été jugulé. Les entreprises non-bancaires en danger ont elles-mêmes été soutenues telle General Motors que l’on a surnommée Government Motors.

L’injection de centaines de milliards de dollars dans l’économie américaine a redonné confiance au public et permis aux entreprises de se refaire. L’injection massive de fonds dans le public en général (quantitative easing) a conduit a une reprise très solide depuis 2008. Non seulement l’économie a connu une croissance ininterrompue depuis, mais elle n’a pas connu d’épisodes de folie, de ces bulles financières qui conduisent l’inflation puis l’effondrement des marchés sans contrôle.

Le taux de chômage, qui était proche de 8 % en 2009 est retombé à 4,5 % à la fin du mandat d’Obama. À ce moment, il n’était toujours pas question de bulle financière ou immobilière, tous les acteurs du marché se comportant d’une manière modérée, aidés par la banque centrale et le gouvernement qui avaient mis en place les mesures nécessaires et surtout par l’impression très répandue que cette reprise était fragile. À l’encontre de cette idée, quelques « visionnaires » ont investi soit à la bourse, soit dans des entreprises avec un succès qui se mesure aujourd’hui.

Tout a changé à l’arrivée de Trump et c’était prévisible. Dans l’esprit de ce pedler (le mot anglais semble plus ironique), l’incompétence, le mensonge, l’injection de fausses croyances et l’annonce de quelques mesures fiscales ainsi d’ailleurs que quelques mesures fiscales réelles allaient faire exploser l’économie américaine. Empruntant à Poutine l’expression d’un nationalisme qui met en avant la fierté de devenir le roi du monde-again, Trump a joué au mammouth dans une cristallerie. Depuis ce jeudi 9 février, une certaine panique s’est à nouveau installée.

Plusieurs facteurs s’entremêlent dans la confusion trumpienne. L’augmentation des salaires constatée au début de 2018 était nécessaire à cette fameuse confiance, la foi en une économie qui récompense, mais plus encore inévitable pour que les travailleurs ne passent pas à la concurrence dans un marché de plein emploi. L’effet de ces augmentations est en partie contrebalancé par la sortie du gouvernement du système de santé et de plusieurs institutions de protection des plus démunis. Finalement, elle touchera tous les secteurs de la consommation, pas seulement la construction ou le militaire.

En réalité, le fameux marché et nous devrions plutôt craindre  la série de promesses ou de mesures propres à jeter à terre tout édifice économique.

Les baisses d’impôt viennent donner un coup de fouet à une économie en plein boom qui risque de partir au galop. Les grands projets gouvernementaux votés, semblables à la construction du barrage Hoover après la crise de 29, qui s’ajoute à l’augmentation des dépenses militaires contribueront aussi à ce tsunami, sans oublier cette criminelle permission de tuer la nature pour produire des bénéfices plus élevés et l’abandon de toutes les mesures de contrôle de qualité décrétées par Obama.

A priori, il n’y avait aucune raison pour les marchés boursiers de s’effondrer cette semaine de manière plus rapide encore qu’en 2008 quand les « subprimes » ont fissuré l’économie des États-Unis. Mais c’est certainement un désaveu de la politique réelle et rêvée par le président. Un coup de semonce qu’il n’aura pas entendu mais que d’autres dans son entourage auront enregistré.

Même si, il n’est pas besoin de collectionner les diplômes pour comprendre ce qui se passe. Par bonheur, Trump n’a pas réalisé beaucoup de ses promesses, mais les milliers de milliards qu’il veut dépenser pour les infrastructures sont déjà du même ordre de ce que le gouvernement d’Obama a dépensé pour ramener l’ordre économique en 2008. Pourtant, en 2018, l’économie n’a pas besoin d’être sauvée, seulement comprise.

Le petit président aura du mal à tuer son pays. Chaque mois, encore, même si le rythme a ralenti depuis qu’il est au pouvoir, près de 200 000 nouveaux emplois sont créés. Ces citoyens vont travailler pendant assez longtemps pour alimenter l’industrie, même avec un dollar faible et des déficits records. De quoi rassurer les marchés jusqu’au prochain tweet.

Consulter aussi : https://www.standard.co.uk/comment/comment/who-was-trump-trying-to-kid-with-his-address-to-congress-a3754466.html

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À la guerre (économique) comme à la guerre.

C’est numérique ! Le scandale fiscal Netflix nous a révélé, après Uber et quelques autres que les gouvernements n’ont pas vraiment compris leur rôle. Puisque c’est numérique, la notion de taxe disparait, et même celle d’impôt et de société !

Pourtant, Apple, qui produit du matériel très tangible, ou Burger King, dont la production comestible pose à plusieurs un problème, jouent elles-mêmes avec la taxation et les frontières. La première a situé (d’une certaine manière « virtuellement ») certaines de ses activités dans des pays où la fiscalité est légère et la seconde a acheté une entreprise canadienne (Tim Horton) de manière à déplacer son siège social des États-Unis au Canada dans le but de payer moins d’impôt. Rien de virtuel là-dedans.

Les disparités fiscales que nous connaissons constituent de fait une tentative d’équilibrer l’économie et la richesse. Si un pays parvient à créer des entreprises lucratives, un autre qui ne le fait pas, pour diverses raisons, voudra attirer des activités de ces entreprises pour faire travailler ses citoyens grâce à une imposition inférieure à celle du pays d’origine. Cela n’est pas très différent du système des paradis fiscaux : notre économie n’est pas développée, mais nous pouvons offrir une imposition plus faible et éventuellement des emplois moins rémunérés.

Bien entendu, comme on l’a vu pour Apple, l’État et les tribunaux du pays d’origine, en l’occurrence les États-Unis, encouragent cette ingénierie fiscale dans la mesure où elle donne à ces entreprises un avantage concurrentiel sur celles des autres pays…Qui, évidemment vont essayer de copier le même système.

Nous sommes donc bien dans un problème identique à celui des paradis fiscaux, si décrié mais surutilisé par les grandes entreprises et les grandes banques beaucoup plus encore que par des particuliers désireux de cacher leurs revenus.

Pourquoi alors Bombardier ne déplacerait-il pas son siège social en Irlande ou dans une île et pourquoi Bombardier a-t-elle vendu ses activités militaires il y a quelques années, un autre moyen efficace de transférer des subventions de l’État d’une activité vers une autre comme Boeing ?

Nous comprenons seulement à comprendre que sortir les individus de la misère permet à des sociétés de s’enrichir et nous commençons même à comprendre que transférer des technologies vers les pays pauvres contribue à l’économie mondiale et en premier lieu à la nôtre. Les accords commerciaux ne devraient viser que cette évolution en s’assurant que les tricheurs pourront facilement être découverts tout au long de ce processus évolutif. L’exemple, c’est le plan Marshall qui a permis à l’Europe et à l’Allemagne en particulier de devenir des partenaires de l’économie mondiale plutôt que d’agir comme prédateurs militaires. Et cela n’a rien à voir avec le numérique et le virtuel.

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L’Europe sans l’idée de l’Europe

Dans la violente et ridicule bataille du gouvernement espagnol contre les Catalans, il faut voir plus que des échauffourées locales. Bien sûr, il y a ce conservatisme espagnol qui ne tolère pas l’expression démocratique, un vague relent de franquisme, une incapacité d’imaginer une Espagne partenaire avec une de ses provinces, mais il y a aussi plusieurs niveaux, plusieurs « degrés » comme disent les humoristes, à cette réaction extrêmement violente du gouvernement de Madrid.

L’Europe, parce qu’il s’agit bien de l’Europe, « s’étatsunise ». Entre les pays nordiques qui y ont adhéré et l’Espagne, il y a maintenant autant de différence qu’entre la Californie et les plus sombres recoins racistes des Caroline et de quelques autres sombres États. Pas seulement parce que les citoyens sont si différents, mais parce que l’apprentissage et l’expression politiques y sont différents. La démocratie espagnole a disparu du jour au lendemain non pas parce que les citoyens n’étaient pas compétents, mais parce que les gouvernements ont décidé qu’ils ne l’étaient pas. Cela fait des siècles que cet argument de l’incompétence et de la bêtise populaire est invoqué. Le peuple serait toujours trop stupide pour dire ce qu’il veut. Même si cela n’a jamais été vrai, même si ce sont toujours les citoyens qui font la société, ceux qui alimentent l’entraide et la compassion, l’économie comme le droit, cet argument est encore moins vrai aujourd’hui où la compétence des politiques est largement dépassée par celles des citoyens.

Entre les silences et les yeux tournés vers le haut des dirigeants européens et l’air abruti de Trump qu’il adopte lorsque des questions raciales sautent aux yeux, il y a une certaine similitude. Seul M.Junker a donné les limites de la non-intervention, sans toutefois pouvoir intervenir. Durant les dernières années, des interventions allemande et suédoise et norvégienne[1], entre autres sur l’accueil des réfugiés, ont atténué les effets du racisme et de l’intolérance, mais pas pour l’éternité.

L’épisode espagnol arrive après la fin tragique de la Yougoslavie, après la Grèce, après plusieurs vagues dramatiques d’immigration absorbées et amorties par le peuple italien depuis l’éclatement des pays satellites de l’URSS jusqu’à aujourd’hui. Il arrive après les barbelés hongrois pour « arrêter » les migrants, après le « deal » trumpien avec la Turquie pour rejeter à la mer les évadés des guerres au Moyen-Orient, après Calais et les jeunes clochards multiethniques dénoncés par Mediapart, après aussi le Brexit. Et, pourquoi pas, les révélateurs de l’Europe étant multiples, nous ajouterons l’intervention en Libye à la suite de la crise de nerfs de deux taureaux déjantés. Le bilan de l’Europe a peine à justifier l’Europe.

La politique et l’Europe vont mettre beaucoup d’années à se remettre de l’intervention armée du gouvernement espagnol pour essayer d’arrêter – sans grand succès – un référendum tout à fait légitime comme tous les référendums.

Se pose, sur le plan politique, l’éternel problème de la légitimité du peuple, en fait, celle de la représentation, du système démocratique tel qu’il nous est imposé. Les images sont fortes : quand la police envoyée par Madrid se bat contre celle de Barcelone, défonce des écoles, matraque des électeurs, nous nous éloignons du domaine, de la zone démocratique. Il est impossible de croire que les Espagnols ont voulu cela, impossible de penser que des Madrilènes et les autres citoyens espagnols aient songé à faire mal aux Catalans. Les lois existent pour régler de tels problèmes, mais probablement que Madrid ne voulait pas risquer de perdre le PIB catalan ni penser à conclure de lucratives et évidentes ententes avec une Catalogne libre. Pour cela il aurait fallu réfléchir et ce n’est pas le truc de Rajoy. Ni celui du nouveau dieu provisoire de la France, Jupiter Macron.

[1] La Norvège avait un taux d’accroissement migratoire de 8,3 pour mille contre 1,1 pour la France, en 2015. Source : Géo août 2017 n°462.

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Péril en la demeure

Parfois, on appelle les services de sécurité « l’intelligence ». Au Port de Montréal, cette faculté manque cruellement. Le Devoir[1] a évoqué des manques sérieux à la sécurité réelle dans le port : scanneur en panne, abandon de l’inspection des conteneurs vides, une conception de leur mission obscure et inacceptable.

Comme, apparemment la « sécurité » du Port de Montréal ne sait pas vraiment comment l’assurer, elle se rabat sur des procédures qui visent n’importe quoi qui peut occuper un agent flânant au volant d’un véhicule super informatisé qui ne sert pas à grand-chose.

Au cours d’une balade à bicyclette avec ma conjointe nous sommes entrés dans ce que le gardien appellera une zone interdite sans d’ailleurs qu’aucune barrière physique empêche quiconque d’y entrer. Nous avons roulé jusqu’au pont Jacques-Cartier. J’ai pris 5 ou 6 photos, dont une ou deux d’un bateau rouillé. Il n’y avait là que deux ouvriers en train d’empiler du bois. À part la Corée du Nord, aucun autre pays n’aurait vu dans cette intrusion autre chose que de la curiosité de promeneurs.

Mais la loi étant la loi, du moins quand elle n’est pas trop compliquée à appliquer, le gardien flânant au volant de son véhicule a « procédé à mon arrestation ». En fait il a tenu à vérifier mon identité et à confisquer mon film. On me le rendrait développé. Espionnage, Corée du Nord, nous y sommes. Ailleurs, rappelez-vous, les scanneurs sont en panne et les contrôles sérieux sont refilés à Ottawa. Certains aspects de la sécurité fonctionnent de là avec une télécommande, une Jerrold en québécois. Dans le Port, la sécurité se concentre sur les vraies affaires, c’est-à-dire sur nous deux. Je parle chinois à des gens qui se prennent pour des agents de la CIA qui ont arrêté un fils de Poutin.

Pour comprendre l’enjeu stratégique défendu par nos matons, il faut savoir que durant l’été 2016, j’avais été invité, avec quelques centaines de personnes, à un grand tour du port en bateau, organisé par les mêmes autorités portuaires. À cette occasion j’avais pu photographier toutes les installations, le pont, les bateaux et les grues, bref, le même marétiel top secret du Port de Montréal, tout comme tous les invités qui ont mitraillé la moindre mouette durant plus d’une heure.

Comme cela semble devenir une habitude de quelques services de police, le service qui a récupéré mon film a menti en me disant qu’ils allaient le développer et me rendre les photos qui ne poseraient pas de problème… de sécurité toujours. En bon québécois, Ayeoye. J’ai émis des doutes quant à leur capacité de développer un Technical Pan de Kodak, mais peu importe, leur intention était certainement de le détruire.

Nous aurions pu nous échapper, ne pas donner le film, mais l’occasion était trop belle de comprendre pourquoi nous sommes un peuple de satisfaits. Toujours indépendantiste, convaincu de la nécessité de détenir les pouvoirs d’un pays, je ne peux oublier les mots de Jacques Hébert : « des petits notaires, des petits avocats  » quand il nous voyait nous empêtrer dans nos institutions.

Mon ami Georges Lapassade appelait ce genre d’incident (la saisie du film) un révélateur… comme en photographie. Cet instantané de la sécurité du Port de Montréal, confirme d’autres révélations, d’autres images : le verglas, les inondations, ou la nuit de la tempête sur l’autoroute 13, nos gouvernants, nos fraudeurs, nos convictions étiques enfin.

Révélateur de ce que nous sommes, de la manière dont nous envisageons et pratiquons la vie quotidienne, en l’occurrence « by the books », sans réfléchir, sans intelligence (dans tous les sens du terme), en nous moquant des conséquences et en faisant fi du travail à accomplir. L’absence de discernement, cette faculté inconnue en Amérique du Nord, est le plus sûr moyen de parvenir au ridicule et à l’inefficacité.

Au milieu de ce 375è anniversaire-rodéo de Montréal, de la volonté médiatisée de « redonner le fleuve aux citoyens », il est toujours contraire à la sécurité du Port (et du Canada probablement) de se balader en vélo le long du Saint-Laurent et de vivre en liberté.

[1] http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/497114/la-surveillance-des-conteneurs-est-defaillante-au-port-de-montreal

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La culture des inégalités

Oui, on peut construire les inégalités encore aujourd’hui. C’est ce que le gouvernement Couillard réalise en s’attachant à augmenter celles entre les femmes et les hommes. L’outil – les garderies – est le moyen utilisé. Tout d’abord, en modulant les frais des garderies (publiques « à 7 $ ») selon les revenus, il a, de facto, renvoyé une partie des femmes aux fourneaux. Dans notre société, les femmes ont des revenus (à travail égal) inférieurs de 20% à 25 % à ceux des hommes, en particulier de leur mari. Le choix est alors évident, même dans les familles riches :  le travail de la femme devient beaucoup moins intéressant et surtout, pénalisant. Ce n’est pas parce que Monsieur a un revenu de 120 000 $ que son épouse doit se contenter de l’attendre avec des plats chauds à la maison. Si un gouvernement voulait imposer les plus riches, c’est par l’impôt qu’il devrait le faire, pas en détruisant des programmes qui visent à permettre aux femmes de travailler, d’exister à part entière, de participer et d’exercer un pouvoir démocratique et nécessaire dans la société, sachant qu’aujourd’hui encore, non seulement les femmes gagnent moins, mais les emplois quelles occupent sont les plus précaires, temporaires, menacés.

Ce n’est pas tout. Le plan Couillard comprenait aussi une re-privatisation des garderies qui constitue en quelque sorte la deuxième vague du programme, une élimination et à tout le moins une paupérisation des garderies publiques. Moins de clientèle à cause de frais de garde plus élevés et qui vont en croissant, moins de ressources gouvernementales, c’est une nouvelle réalité qui s’installe. Certaines familles se plaignent de dépenser 20 $ par enfant et par jour, au lieu de 7 $, une nouvelle ponction de plus de 3000 $ par année et par enfant (20-7 x 250 jours). C’est une hausse d’impôt effective qui aurait été impossible autrement, sachant que près de la moitié des Québécois ne sont pas imposables. Du jour au lendemain, des familles non-imposables se trouvent à devenir contribuables par la bande et subitement beaucoup plus pauvres. Cette réalité, anticipée par Aurélie Lanctôt (« Les libéraux n’aiment pas les femmes »), sera installée solidement quand le gouvernement changera. Budgets, équilibres sociaux et économiques, fiscalité, politique de l’emploi, congés parentaux, place des femmes dans les décisions démocratiques, seront autant de nouvelles habitudes que nous avions réussi à contrecarrer grâce à des politiques progressistes au fil des révolutions tranquilles. Il nous faudra beaucoup de temps pour reconstruire une société intelligente à partir du champ de ruines du gouvernement Couillard..

 

 

 

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Malades de la peste.

Les procès et les enquêtes sur les innombrables cas de viols de femmes, les étudiantes de l’Université Laval et les femmes autochtones en particulier, mettent en lumière l’incapacité de l’institution judiciaire, en fait de notre société, de traiter d’un fléau qui touche au quotidien la moitié de la population.

Il n’existe, en apparence, aucun autre moyen que de mettre face à face un accusé et sa victime puis de choisir lequel des deux dit vrai. Dans l’affaire de l’université Laval, la Couronne n’a pu que « rebaptiser » l’offense en y collant une accusation d’effraction qui remplace, en quelque sorte, celle que l’on suppose difficile à prouver d’agression sexuelle. Dans le cas des femmes autochtones, c’est encore pire puisque l’enquête même n’aboutira pas et qu’aucune accusation ne sera portée malgré une évidence à pleurer. Pourtant, dans la plupart des cas, après les premières plaintes, il y avait tout le temps voulu pour que les enquêteurs accumulent de la preuve.

Il y a deux aspects à cette horreur démocratique. Tout d’abord, l’aspect proprement juridique : pour établir une preuve hors de tout doute « raisonnable » il faut au moins une preuve « directe », des traces ou un témoignage et un ensemble de circonstances corroborant ce témoignage, mais cela n’arrive jamais pour les femmes, d’autant plus que les juges ont plus de mal à croire une femme victime de viol, qu’un témoin qui aurait « vu » un vol par exemple et identifié un accusé. C’est en tout cas ce que l’on ressent à l’issue de plusieurs procès. Le système judiciaire ne comprend pas les victimes de viols. La Justice exige des victimes qu’elles soient cohérentes, qu’elles oublient leur douleur et les séquelles de l’agression. À ce sujet, il existe pourtant bien des moyens d’aider les victimes à témoigner, de les assister pour parvenir à un procès équitable et juste.

Le deuxième aspect, c’est l’absence de prise en charge globale de ce problème de société. Confrontée à la difficulté de condamner le crime le plus fréquent, la société doit réagir. Elle le fait pour certains crimes, mais pas pour le viol. Les scènes de crimes qui laissent l’identité des criminels en relief sont rares. La question n’est pas de savoir si le jour du procès la couronne a des preuves ou n’en a pas, mais bien que le système de justice mette en œuvre les moyens nécessaires pour éradiquer les agressions contre les femmes, des moyens à la mesure de ceux qui sont utilisés dans les autres domaines du crime.

Dans l’affaire qui oppose un député québécois et un bon nombre de victimes, malgré la petite note d’ignorance jouée par les ministres, on soupçonne plutôt que tout le monde connaissait les faits qui semblent s’être répétés tout au long de la carrière du député. Que l’on interroge les députés femmes de l’Assemblée nationale de France, d’Angleterre ou du Québec, celles du FMI, de Radio-Canada, de la BBC, la réponse est la même : les hommes harcèlent les femmes, employées ou députés sur une base permanente. Du sifflement « admiratif » à la claque sur les fesses, l’humiliation fait partie du « jeu » institutionnel et tout ce monde pourrait produire en cour un témoignage irréfutable. Mais on ne le fait pas pour maintenir les illusions ou les cotes d’écoute.

Les enquêtes ne se passent pas toujours d’une manière manichéenne et il existe toujours une certaine preuve que la justice a le devoir de trouver. Le problème n’est évidemment pas un simple problème de preuve, mais l’expression d’une volonté de ne pas corriger le système judiciaire pour parvenir à punir les nombreux coupables.

Comme dans le cas du procès de Jacques Corriveau (commandites), on semble s’être contenté d’une preuve moins élaborée que celle qui aurait pu être produite dans l’affaire Gomeshi. C’est encore plus flagrant dans l’affaire de Val-d’Or : il est invraisemblable qu’il n’existe pas de traces des 38 cas d’agressions dénoncés. Comme dans les cas du député, de l’UQAM ou de Gomeshi, la multitude des offenses, voire une réelle connaissance des faits par l’entourage de l’accusé constituent une preuve. Comme cela a pu être aussi le cas au FMI, à l’Assemblée nationale du Québec, à Radio-Canada, à Val-d’Or et un peu partout l’opacité et le silence constituent une forme de complicité qui contrebalance lourdement la notion de présomption d’innocence.

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Cette inertie de la Justice envers le viol ne tient pas debout dans nos sociétés. Il faut faire une différence entre un cas dans lequel la virginité de la preuve interdit tout procès et ce banditisme généralisé qui cause à la société des dommages énormes. Les moyens pris pour résoudre le problème doivent être différents, tant en ce qui a trait à la prévention qu’à une judiciarisation efficace. C’est ce qui se passe en matière de terrorisme où des moyens immenses sont mis en œuvre, souvent avec des techniques policières très élaborées, tant dans la prévention (fouilles dans les aéroport, renseignement, écoute, interception de courriel, surveillance des réseaux sociaux, filature) que durant les évènements ou très rapidement après (identification et arrestations).

Dans les cas de drogue, la police a déjà piégé des politiques en exercice. C’est aussi le cas du trafic de drogue, du blanchiment d’argent, des autres voies de fait. La GRC a même fait sauter des granges pour piéger le FLQ dans les années 70 !

Comme pour toute criminalité, la prévention joue un rôle important. Les crimes envers les femmes touchent l’ensemble des classes sociales et sont une véritable corruption de notre nature animale. Tous les hommes, s’ils ne sont pas éduqués, sont des prédateurs sexuels potentiels. Si la violence tend à diminuer au sein des sociétés occidentales (meurtres par exemple), ce n’est pas le cas des violences envers les femmes. Les pays scandinaves se penchent sur ce problème depuis des décennies. Toutes les attitudes des adultes, parents et éducateurs y sont examinées pour déceler tout ce qui peut nuire au concept d’égalité et de respect entre les femmes et les hommes. L’éducation, c’est la solution à long terme. Et comme pour tout progrès social, il faut que le droit suive la réalité comme disent les juristes. Actuellement, ici et dans la plupart des pays, on ne fait ni l’un ni l’autre.

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15 Dollars minimum ?

Salaire minimum, hausses de salaires ? Walmart a commencé le bal en augmentant ses employés, malgré les avis d’économistes. Même Warren Buffet n’est pas favorable à une grande hausse du salaire minimum. Pourtant, le revenu réel des travailleurs a baissé dans plusieurs pays au cours des dernières décennies.

Difficile à mesurer parce que certains biens sont aujourd’hui accessibles à des prix ridiculement bas (un Mac des années 80 se vendait 3500 dollars), il reste que les biens de base sont chers, d’autant plus que ces besoins de base des citoyens, tels que définis par le marché et ses statisticiens, sont difficilement compressibles, même si certains paraissent inutiles ou futiles : c’est l’essence même du capitalisme.

Une autre réalité refait surface : celle que M.Ford avait inventée. Quand on lui demandait à qui il vendrait ses autos fabriquées en grandes quantités à la chaîne, il répondait « à mes ouvriers ». Nous y sommes revenus. D’autres entreprises américaines annoncent des hausses des salaires pour conserver une main d’œuvre très mobile et se positionner comme pionnières dans ce mouvement de rattrapage qui est dans l’air du temps. Savoir si le salaire minimum doit être de 10,31 $ de l’heure ou de 11,23 $ nous apparaît un exercice économique futile. L’économie « remonte » et il va bien falloir fourguer les milliards de tonnes de « marchandises » qui sillonnent les océans et surtout ne pas laisser les concurrents les fabriquer à notre place.

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