La démocratie est une dynamique.

La récente loi anti avortement votée en Alabama pose le vrai problème de la liberté et de la démocratie, du progrès humain et du sens de la vie : que voulons-nous devenir, nous humains et gestionnaires principal sinon propriétaires, de la planète.

Bien des citoyens veulent croire que la démocratie est, seulement, l’expression d’une pensée, d’une volonté. Que chacun est libre de s’exprimer et que la volonté majoritaire est la bonne, quand bien même cette majorité se réduit aujourd’hui à quelque 25 % des citoyens pouvant voter.

Je pense le contraire. La démocratie est dynamique. Elle est avant tout un processus d’évolution, une méthode empirique de gérer notre existence et celle de notre arche vivante.

Maintenant qu’il est devenu clair que la « nature » ne pourra plus assurer elle-même sa survie, que les espèces disparaissent, que la pollution a rempli les espaces qui servaient autrefois à rétablir son équilibre, forêts, océans et continents polaires, ce travail revient à notre espèce.

Quel est le lien avec l’avortement en Alabama ? Tout d’abord, la philosophie, la pensée, tout ce qui nous permet d’élaborer un système politique et social soutenable. Les femmes ne sont plus (l’ont-elles jamais été autrement que par la force et l’absurdité de religions) une ressource gérée par les hommes. Les lois qui ont permis l’avortement ne sont rien d’autre que la prise en compte de cette réalité. Il ne s’agit plus ici d’être, ou pas, d’accord avec l’avortement, mais de permettre l’inclusion des femmes dans leurs propres affaires, et celles de nos sociétés, de la manière la plus intelligente et la plus démocratique qui soit.

Cela ne vaut pas que pour l’avortement, mais pour toutes les avancées reconnues par un nombre de plus en plus grands de citoyens dans le monde : la paix, les méthodes de résolution des conflits, des droits fondamentaux enchassés dans des Constitutions, la reconnaissance de la science et de ses limites, l’égalité, parmi tant d’autres.

Mais il manque un chaînon : l’éducation. C’est une constante, pour les femmes comme pour les hommes. Si les projets ne sont pas enracinés dans l’éducation, ils resteront toujours provisoires.

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Macron : une certaine misogynie.

Durant sa conférence de presse, une journaliste a demandé au président comment il pouvait dire aux Français qu’ils ne travaillaient pas assez, moins que les autres pays d’Europe. Macron, toujours condescendant, lui a lancé un « vous avez sans doute confondu avec la productivité ».

Macron ne pouvait pas ignorer les chiffres de la journaliste, comme président, à cause des écoles qu’il a fréquentées et comme un enfant de la banque Rothschild. Il savait que la journaliste avait raison : les Français sont parmi ceux qui travaillent le plus en Europe après les Anglais et les Espagnols.

Les Français travaillent plus que les autres et leur productivité est meilleure. Certains disent même que si cette productivité est bonne, c’est aussi parce qu’en France, ce sont les diplômés qui travaillent le plus et bénéficient de ces fameuses heures supplémentaires « défiscalisées », propices au burning, tandis que les plus pauvres se contentent de travail temporaire de ces fameux CDD (contrats à durée déterminée) qui permettent aux entreprises de conserver des employés sans leur accorder les avantages reliés à l’emploi. Ils sont moins scolarisés et travaillent souvent dans des conditions difficiles. On croirait voir l’image sociale des États-Unis Et c’est justement celle que Macron semble vouloir imposer comme une réponse aux problèmes « hérités des décennies précédentes ».

Contrairement à ce qu’un journaliste a dit (l’un des seuls à avoir remarqué l’erreur), Macron ne s’est pas trompé. Il s’est payé la journaliste, la deuxième de la conférence. Sans possibilité de réaffirmer sa position, de rectifier le président, la journaliste n’a pas eu de réponse à sa question. Le président a repris sa comm, fort de sa position, sachant bien en bon publicitaire que personne ne remarquerait sa glissade.

Macron vogue sur son image de « baby’s face ». Il ne s’embarrasse pas de considérations économiques ou sociales, il veut mettre en place un système fortement inspiré des demandes de sa clientèle. Une politique écrite sur le coin d’une nappe sans aucune base économique ou scientifique.

La fameuse « erreur » d’Emmanuel Macron est un véritable révélateur. Il ne pouvait pas se tromper. Il savait que la journaliste avait raison. Par bonheur pour lui, c’était une femme qui contestait sa parole. Il y avait peu de chances que l’incident prenne de l’importance dans les commentaires qui allaient suivre. Mais pour nous, le président a voulu faire sortir du débat une journaliste, une femme, en attaquant sa crédibilité pour éluder la question et hypnotiser la salle. En même temps, Macron s’est montré comme un vrai misogyne.

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Art ou appropriation ?

De l’appropriation politique à l’appropriation culturelle :

Quand la lettre de l’auteur et metteur en scène Robert Lepage est enfin sortie, le 28 décembre, l’écart entre la réalité et la représentation de la réalité par les artistes s’est imposé avec la même force que l’écart entre les élites politiques et ceux qu’ils représentent. À peine quelques semaines après les Gilets jaunes de France ou l’incroyable budget alimentaire du chef du Québec à 75 $ par semaine, nous voici replongés dans une ambiance prérévolutionnaire.

On parle ici de représentation. Et comme dans toute représentation, parfois les artistes, tout comme les politiques, sont en avance sur le réel qu’ils décodent, qu’ils anticipent, ou bien ils sont largués, dépassés par l’humanité dont ils s’inspirent pour remplir les salles. Ce que l’on appelle l’appropriation  est bien un détournement de la culture ou de la politique à des fins autres que l’intérêt de ceux que l’on prétend représenter.

Il n’y a pas de parole politique, disait Christiane Taubira, pour décrire la misère, ou les problèmes de l’environnement. La parole théâtrale, artistique est tout aussi rare dans notre culture dorée. Ce qui se joue dans les théâtres se réduit trop souvent à une chanson, à quelques images, à des symboles édulcorés d’un monde qui a perdu une dimension, même sur une scène.

Si l’appropriation culturelle semble aujourd’hui si évidente, c’est justement parce qu’elle n’est qu’un accessoire, un argument publicitaire, parce qu’elle détourne la réalité avec les habits de la vérité. Elle se contente de clichés, de décors. Elle est facile, vendable. Si le droit de s’exprimer est inconditionnel, on attend un véritable engagement, une sensibilité, une profondeur, un respect et peut-être une reconnaissance concrète de cette diversité « qui fait notre richesse ». Mais quand ceux que l’on a représentés montent aux grilles du palais, des artistes ou des journalistes appellent aux grandes valeurs qui ont, paraît-il, forgé leur identité voire une identité terrienne. C’est peut-être parce qu’ils volent un peu trop haut et ne travaillent pas assez en profondeur, sauf peut-être sur une apparence de compassion. En politique comme en culture, on parle même d’arrogance.

Les artistes ont invoqué la liberté d’expression. Ils se sont fait répondre que personne ne voulait les en priver, mais qu’il était temps qu’elle s’applique à tous et avec plus de rigueur. Rien d’étonnant alors, que la parole des représentés se confronte à celle, plus convenue, des artistes confirmés et des politiques.

Si l’on parle autant aujourd’hui de dictature des minorités, de cette montée aux créneaux des femmes, des Afros-descendants, des pauvres, des oubliés, c’est sans doute qu’il faut maintenant »augmenter » la réalité que nous voyons, refonder cet universalisme, cette démocratie, officielle et convenue, que nous utilisons comme des œillères ou un château fort.

Mais laisser porter ce poids par les artistes est trop facile. Si la machine culturelle applique des recettes, c’est surtout parce que nous, public complaisant, lui en faisons tacitement la demande. Nous n’agissons pas différemment en politique, il faut qu’elle soit confortable, comme le théâtre ou le cinéma. L’appropriation culturelle est une forme d’appropriation politique.

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Les raisons de la colère.

Pour une société sans chef.

Qu’est-ce que les Gilets jaunes nous disent ? Bien sûr, ils nous disent tout ce que nous entendons, la pauvreté, même de ceux qui travaillent, qui gagnent 900 euros par mois. Ils nous parlent de l’arrogance des politiciens. Même un député de Macron a dit que sa mère ne gagnait que 700 euros par mois et la réponse d’une Gilets jaune fut cinglante : « votre mère vit avec 700 euros par mois et vous n’êtes pas Gilet jaune ? »

Nous entendons aussi les privilèges, ceux des multinationales, pas Google ou Netflix seulement, mais aussi Total, française qui a, enfin, un peu contribué « volontairement » au fisc à cause de l’indignation causée par sa virginité fiscale ; ceux des très riches qui ne paient plus l’Impôt sur la fortune boursière et bancaire sous le faux prétexte que leurs millions d’actions de Coca ou Carrefour sont de « l’investissement » et non pas l’accumulation de capital.

Les Gilets jaunes n’ont pas de chefs, pas de leaders. Quel bel aphorisme politique ! C’est le non-dit du mouvement de la protestation. Un non-dit si évident. Bien sûr qu’ils n’ont pas de chef, c’est même l’essence de leur colère, de leur rejet de notre démocratie. Parmi tous les chefs que nous connaissons, politiques, syndicaux, entrepreneurs, dirigeants, lobbyistes, aucun ne s’est encore réveillé. Les Gilets jaunes n’ont pas besoin d’être représentés, ils sont là, sur le terrain comme disent les sociologues, ils parlent, ils décrivent la société qu’ils veulent : paix, partage, justice, égalité. Et qu’on ne leur raconte pas qu’augmenter le prix de l’essence et la désindexation de leurs retraite c’est de l’écologie.

Mais la démocratie de représentation n’est pas équipée pour comprendre ce langage. Comme elle ne l’est pas plus pour comprendre celui des femmes qui subissent les violences, ou celui des Premières Nations. La politique ne capte pas. Et quand bien même elle capterait, elle n’a pas de mécanisme pour mettre en place la société imaginée par le peuple. Elle n’y croit pas non plus, elle est incapable de refonder la justice, elle est profondément inégalitaire, elle est une machine à trier, à exclure. Les institutions politiques et ceux qui y pataugent pensent encore au ruissellement, à la richesse, à la production, à une économie pour le peu pour cent, et elles appliquent leur solution. Comme ce Macron qui nous sortirait de « 40 années de malaise ». Il se croit Jésus, Marx et Poutine à la fois, pardon, « en même temps ».

On dira encore que le peuple n’a pas la compétence pour se « diriger » lui-même. On a dit cela des femmes, des Premières Nations, on se répète. Mais pourtant, on connait déjà des mouvements qui sont capables. Des entreprises, des coopératives, des manifestations (un million de citoyens dans la rue, sans incident, c’est devenu courant), des pays (Scandinavie) construisent l’utopie. Les possibilités immédiates d’autogestion et de démocratie directe existent. En Finlande, le ministère de l’éducation assiste les écoles gérées par le milieu, éducateurs et parents, plutôt que de les mettre au pas comme partout ailleurs.

Il faut donc créer des institutions pour l’expression politique du peuple, mais aussi pour la définir, la polir, en débattre et en faire de la décision. La démocratie réelle est dynamique, elle est un apprentissage et a besoin d’un temps alloué aux citoyens pour exister, comme on alloue du temps pour se soigner, se reposer, prendre des vacances ou parler avec les patrons. Il existe bien des moyens de décider en commun.  Parmi ceux là, les conférences de citoyens, appelés aussi conférences de consensus, qui permettent une réflexion poussée sur des problèmes particuliers avec des experts indépendants. Les taux de consensus sont imposant, 70%-80%. Christiane Taubira, ministre de la Justice de France fonctionnait ainsi.

La question qui se pose est celle de la transition entre la démocratie de représentation et la démocratie du peuple. Non pas par des pirouettes électorales, des proportionnelles, de « participative », de mirages et de miracles, mais par la mise en place des institutions nécessaires, par la création de protocoles de décision, par l’instauration d’un système de mandataires responsables chargés de porter d’une instance populaire à une autre, exécutive, toutes les décisions prises en bas.

La démocratie de représentation, celle qui a fait sortir les Gilets jaunes, c’est une concurrence entre idéologues capitalistes et guides du peuple, entre des groupes qui pensent savoir organiser la société avec une arrière pensée de supériorité et de certitude. Chaque parti politique prétend faire valoir une idéologie, en fait adossée à des pouvoirs économiques considérables, pétrole, atome, matières premières ou simplement issue de tours d’ivoire, de messies, d’enchanteurs ou de simples arnaqueurs. C’est un système dépassé. Quand on parle de dictature des minorités…

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Trump n’est pour rien dans la santé de l’économie.

Quand le taux de chômage américain a commencé à fondre, il y a plus de cinq ans, il était devenu évident que nous étions au début d’une reprise économique exceptionnelle et durable. On ne passe pas d’un taux de chômage qui frise les 10 % à un taux de moins de 5 % sans un bouleversement de l’économie d’un pays, voire celle de la planète économique et sociale.

Personne n’y croyait sauf peut-être Warren Buffet et le signataire de cet article. Comme lors de chaque crise économique, le premier constat que nous pouvons faire, c’est le mauvais état général du pays. Les automobiles sont anciennes, les immeubles sont gris, les routes et les infrastructures n’ont pas été entretenues. Contrairement à l’esprit de Keynes, les gouvernants n’osent pas entreprendre de grands travaux en temps de crise. Ils auraient pourtant stimulé l’économie mais la peur d’agrandir un déficit qu’ils ont souvent décuplé lors de la période de croissance précédente. Pire, ils ont souvent eux-mêmes réduit, en temps de crise, la participation de l’État dans tous les secteurs, organisant des coupures sombres dans l’éducation et la santé, fragilisant encore plus la société.

Il n’y a pas que l’économie qui est déprimée en cas de vaches maigres, les citoyens le sont encore plus. Il est probable qu’ils deviennent eux-mêmes des déclencheurs des reprises. Beaucoup de facteurs y contribuent : les salaires moindres (les citoyens sont prêts à travailler à moindre coût), la nécessité aigüe de rééquiper presque tout : les véhicules des citoyens qui travaillent, les transports publics, la mise à jour des usines, la mise en pratique de progrès de la recherche (téléphones intelligents, ordinateurs, robotisation et autres moyens de production, changements dans la manière de produire et vendre tels qu’Amazon ou Google). Les économistes pensent que les crises sont justement là pour changer les habitudes, mettre à jour l’économie, le travail et la consommation.

Il ne s’agit pas d’analyser ici les mécanismes des reprises, mais bien de constater qu’elles s’auto-entretiennent. Dès le moment où une partie importante de citoyens se remettent au travail,, un nouveau cycle dynamique s’installe. Les vieux équipements sont remplacés. On ne peut pas voir tout de suite les magasins de détail fleurir, mais les citoyens commenceront par renouveler l’indispensable. Par la suite, l’alimentation, l’habillement et le reste exploseront. Le taux de chômage continuera à baisser, les citoyens renouvelleront alors des biens plus importants : habitation (rénovation ou achat), s’offriront des loisirs – ils voyageront plus -, achèteront des marchandises nouvelles, et reprendrons des activités oubliées, sports, hobbies, sorties. Les grands gagnants de la présente reprise étant probablement le tourisme et la « bouffe » qui explose dans la plupart des pays, appuyés par l’édition de livres, des émissions de télévision et les réseaux sociaux,

Un certain nombre de facteurs feront qu’une reprise sera durable ou pas. L’investissement de l’État et les synergies établies avec l’entreprise privée sont déterminants. L’investissement de Warren Buffet dans General Motors, après celui du gouvernement Obama, le désormais fameux Quantitative easing (achats massifs de titres d’État ou d’institutions financières), tout comme l’écrémage des banques a amorcé l’actuelle reprise en incitant les acteurs financiers (tel que vous et moi ou les entreprises) à emprunter et travailler pour réaliser des projets.

Ces outils ne créent pas un retournement de l’économie en quatre semaines, ni même en une année. Quand des partisans de Trump et Trump lui-même prétendaient quatre mois après son élection qu’il était responsable de la flambée économique, ils étaient loin de la vérité. Pourtant, même à l’époque, des gens d’affaires, des entrepreneurs croyaient à ce mythe. Ils y croient encore plus aujourd’hui, même si le taux de chômage sous son règne n’a diminué que de quelques dixièmes de pourcentage alors que sous l’administration d’Obama, il est passé de 9 % à 5 %.

À l’inverse, plusieurs agents économiques se demandent aujourd’hui si la reprise n’est pas terminée. Certains prévoient un ralentissement, voire une récession dans un avenir proche d’une ou deux années. Est-ce possible ? Quelles sont les conditions nécessaires pour qu’une telle prédiction se réalise ?

On se doute bien qu’une fois que tous les citoyens ont acheté ce qu’ils voulaient, rénové leur maison, acheté un ou deux véhicules, sont passés au travers de cinq versions d’iPhone, la production industrielle va baisser. Par la suite, ce sera au tour des services, voyages, dépôts bancaires, investissements des particuliers et des entreprises. Rien n’interdit, en revanche que ces ralentissements soient seulement provisoires, puis suivis par des reprises qui maintiendront l’économie à un niveau constant durant des décennies. Mais pour entrer dans une récession importante, il faut des suites d’événements plus importants.

Depuis l’arrivée de Trump, on se demande chaque jour ce qu’il pourrait faire pour provoquer l’effondrement de l’économie américaine. Ce sera probablement l’étranglement des finances de l’État. S’il se réalise, son plan de rénovation des infrastructures du pays drainera des sommes considérables dans un système très endetté. Si rien n’interdit de penser que la solidité de l’économie pourrait encaisser les coûts, dans la même foulée, ces dépenses extraordinaires et colossales viendront fouetter une économie qui n’en a pas besoin en ce moment, bien au contraire. La Fed prévoit remonter les taux d’intérêt pour juguler une éventuelle inflation ou la tenir autour de 2% par année, mais des travaux gigantesques pourraient faire monter les taux d’intérêt à des sommets.

Ce jeu sur les taux, déjà critiqué par des économistes, sera très insuffisant pour compenser les effets stimulants du projet et pourrait entraîner une panique financière. Montréal a connu ce genre de conséquences, avec la construction de l’expo, du métro puis des J.O. En 1980, l’inflation grimpait vers de sommets inégalés. À l’époque, un particulier pouvait acheter des « CPG » au taux de 20 % pour cinq ans et le prix des appartements doublait en un ou deux ans !

L’autre problème, c’est que ces dépenses se feront après les fortes réductions d’impôt du gouvernement Trump. Là encore, si des économistes croient à « la fin de l’impôt » qui pourrait éventuellement être compensé par d’autres moyens, il reste que le pays est déjà aux prises avec d’énormes problèmes de financement. En rajouter, comme 200 milliards de droits de douane annoncés aujourd’hui, pourrait achever la reprise, voire provoquer une crise profonde.

Depuis que Trump est arrivé au pouvoir, et contrairement à ce qu’il prétend, la bourse n’a jamais été si volatile et craintive. Non seulement le « marché » n’aime pas ce qu’il fait, mais il ne sait pas ce qu’il va faire, ce qui pour le « marché » est pire que tout. Comme il est peu probable que Trump réalise ce qu’il dit et dédit, les marchés vont continuer de grimper bon an mal an, soutenus par un capital de travail imposant et des entreprises en pleine forme.

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Requiem pour Bombardier

Pendant que le Québec lève la tête pour regarder le doigt dirigé vers la clôture alors qu’en réalité il montre le chemin de la liberté, l’une des pires aventures industrielles canadiennes vient de prendre fin. Cette catastrophe devrait à elle seule justifier que le Québec tente de divorcer une fois de plus de ses 9 conjoints.

L’aventure de la C Series ne date pas d’hier. Son histoire débute en 2004, comme projet, pour se concrétiser avec une décision définitive en 2008, après des hésitations qui ont sans doute absorbé beaucoup d’énergie. Peut-être pourrions-nous voir dans cette date le début du cauchemar.

Dans la plupart des pays, quand une place peut être prise au sein de l’industrie mondiale, dans un domaine de pointe, tout le monde se polarise. Les gouvernements, tous les ouvriers du projet, du mécanicien à l’ingénieur, le bureau de marketing, les publicitaires, les banques travaillent à sa réalisation. Au Canada, le développement de la CSeries n’a été que l’œuvre des employés de Bombardier, d’acharnés et de visionnaires, excluant de multiples directions de l’entreprise qui, même si elles ont installé le projet dans l’entreprise, n’ont pas fait dès le début les efforts nécessaires pour réussir.

Passons sur la saga de la haute direction. On a essayé, chez Bombardier de trouver des dirigeants efficaces tout en gardant la main haute sur l’entreprise et tout en avalisant les décisions les plus invraisemblables de petits chefs de passage. Pour mémoire, je ne citerai que la remarque en français d’un actionnaire anglophone lors d’une assemblée générale : « pourquoi avez-vous engagé un dirigeant qui a mis à terre une grande compagnie d’alimentation ? » Dans la même foulée, en état de panique, Bombardier a largué sa vache à lait, la division récréative, pour éponger les erreurs de planification. Déjà, la CSeries était à l’agonie parce que rien n’avait été prévu pour la financer. Chaque nouvelle direction, toujours éphémère, enfonçait l’entreprise dans la confusion.

Du côté des gouvernements, c’était pire, certainement pas mieux. La division militaire de Bombardier, vendue, ne pourrait certainement pas permettre de financer Bombardier par la bande comme le font tous les pays. On se rappellera les cafetières à 2 millions d’un avionneur américain qui produisait des chasseurs. Ailleurs, c’est comme cela que l’on aide ses entreprises. Pas ici.

On peut faire encore plus. La France produit et vend du militaire et particulièrement des avions, militaires et civils. Quand un président voyage, il devient représentant de commerce. Ce n’est pas toujours joli, mais ça fonctionne, malgré la concurrence.

Quand le monde entier a compris que rien ne serait fait au Canada pour sauver la nouvelle série d’avions de Bombardier, les cœurs se sont mis à battre. C’était à celui qui allait retenir sa respiration le plus longtemps pour faire baisser les prix. La série avait une valeur, ce sont des avions extraordinaires, un projet mené de mains de maître qui aurait été acheté tôt ou tard. Airbus a bien travaillé. Warren Buffet fait une différence entre la valeur et le prix, pas nous. Tout ce qui nous restera, c’est la crainte de nous lancer dans des projets merveilleux – pas seulement politiques, mais aussi industriels – et peut-être, un droit moral que Bombardier pourrait faire valoir pour que l’on conserve le nom de l’avion et que l’on sache que ce n’est pas Airbus qui a produit la machine.

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Le véritable effet Trump

Point n’était besoin d’être un gourou ou Warren Buffet pour craindre les effets des manigances financières du président américain. Pour rappel, l’économie américaine, après une crise que l’on a appelé « financière », mais qui frôlait le grand banditisme, a été purgée de quelques trolls et remontée grâce à l’action combinée de quelques financiers et du président américain Obama. Peu importe le camp dans lequel on se trouve, il y avait, à cette époque un réel danger qui a été jugulé. Les entreprises non-bancaires en danger ont elles-mêmes été soutenues telle General Motors que l’on a surnommée Government Motors.

L’injection de centaines de milliards de dollars dans l’économie américaine a redonné confiance au public et permis aux entreprises de se refaire. L’injection massive de fonds dans le public en général (quantitative easing) a conduit a une reprise très solide depuis 2008. Non seulement l’économie a connu une croissance ininterrompue depuis, mais elle n’a pas connu d’épisodes de folie, de ces bulles financières qui conduisent l’inflation puis l’effondrement des marchés sans contrôle.

Le taux de chômage, qui était proche de 8 % en 2009 est retombé à 4,5 % à la fin du mandat d’Obama. À ce moment, il n’était toujours pas question de bulle financière ou immobilière, tous les acteurs du marché se comportant d’une manière modérée, aidés par la banque centrale et le gouvernement qui avaient mis en place les mesures nécessaires et surtout par l’impression très répandue que cette reprise était fragile. À l’encontre de cette idée, quelques « visionnaires » ont investi soit à la bourse, soit dans des entreprises avec un succès qui se mesure aujourd’hui.

Tout a changé à l’arrivée de Trump et c’était prévisible. Dans l’esprit de ce pedler (le mot anglais semble plus ironique), l’incompétence, le mensonge, l’injection de fausses croyances et l’annonce de quelques mesures fiscales ainsi d’ailleurs que quelques mesures fiscales réelles allaient faire exploser l’économie américaine. Empruntant à Poutine l’expression d’un nationalisme qui met en avant la fierté de devenir le roi du monde-again, Trump a joué au mammouth dans une cristallerie. Depuis ce jeudi 9 février, une certaine panique s’est à nouveau installée.

Plusieurs facteurs s’entremêlent dans la confusion trumpienne. L’augmentation des salaires constatée au début de 2018 était nécessaire à cette fameuse confiance, la foi en une économie qui récompense, mais plus encore inévitable pour que les travailleurs ne passent pas à la concurrence dans un marché de plein emploi. L’effet de ces augmentations est en partie contrebalancé par la sortie du gouvernement du système de santé et de plusieurs institutions de protection des plus démunis. Finalement, elle touchera tous les secteurs de la consommation, pas seulement la construction ou le militaire.

En réalité, le fameux marché et nous devrions plutôt craindre  la série de promesses ou de mesures propres à jeter à terre tout édifice économique.

Les baisses d’impôt viennent donner un coup de fouet à une économie en plein boom qui risque de partir au galop. Les grands projets gouvernementaux votés, semblables à la construction du barrage Hoover après la crise de 29, qui s’ajoute à l’augmentation des dépenses militaires contribueront aussi à ce tsunami, sans oublier cette criminelle permission de tuer la nature pour produire des bénéfices plus élevés et l’abandon de toutes les mesures de contrôle de qualité décrétées par Obama.

A priori, il n’y avait aucune raison pour les marchés boursiers de s’effondrer cette semaine de manière plus rapide encore qu’en 2008 quand les « subprimes » ont fissuré l’économie des États-Unis. Mais c’est certainement un désaveu de la politique réelle et rêvée par le président. Un coup de semonce qu’il n’aura pas entendu mais que d’autres dans son entourage auront enregistré.

Même si, il n’est pas besoin de collectionner les diplômes pour comprendre ce qui se passe. Par bonheur, Trump n’a pas réalisé beaucoup de ses promesses, mais les milliers de milliards qu’il veut dépenser pour les infrastructures sont déjà du même ordre de ce que le gouvernement d’Obama a dépensé pour ramener l’ordre économique en 2008. Pourtant, en 2018, l’économie n’a pas besoin d’être sauvée, seulement comprise.

Le petit président aura du mal à tuer son pays. Chaque mois, encore, même si le rythme a ralenti depuis qu’il est au pouvoir, près de 200 000 nouveaux emplois sont créés. Ces citoyens vont travailler pendant assez longtemps pour alimenter l’industrie, même avec un dollar faible et des déficits records. De quoi rassurer les marchés jusqu’au prochain tweet.

Consulter aussi : https://www.standard.co.uk/comment/comment/who-was-trump-trying-to-kid-with-his-address-to-congress-a3754466.html

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