Les raisons de la colère.

Pour une société sans chef.

Qu’est-ce que les Gilets jaunes nous disent ? Bien sûr, ils nous disent tout ce que nous entendons, la pauvreté, même de ceux qui travaillent, qui gagnent 900 euros par mois. Ils nous parlent de l’arrogance des politiciens. Même un député de Macron a dit que sa mère ne gagnait que 700 euros par mois et la réponse d’une Gilets jaune fut cinglante : « votre mère vit avec 700 euros par mois et vous n’êtes pas Gilet jaune ? »

Nous entendons aussi les privilèges, ceux des multinationales, pas Google ou Netflix seulement, mais aussi Total, française qui a, enfin, un peu contribué « volontairement » au fisc à cause de l’indignation causée par sa virginité fiscale ; ceux des très riches qui ne paient plus l’Impôt sur la fortune boursière et bancaire sous le faux prétexte que leurs millions d’actions de Coca ou Carrefour sont de « l’investissement » et non pas l’accumulation de capital.

Les Gilets jaunes n’ont pas de chefs, pas de leaders. Quel bel aphorisme politique ! C’est le non-dit du mouvement de la protestation. Un non-dit si évident. Bien sûr qu’ils n’ont pas de chef, c’est même l’essence de leur colère, de leur rejet de notre démocratie. Parmi tous les chefs que nous connaissons, politiques, syndicaux, entrepreneurs, dirigeants, lobbyistes, aucun ne s’est encore réveillé. Les Gilets jaunes n’ont pas besoin d’être représentés, ils sont là, sur le terrain comme disent les sociologues, ils parlent, ils décrivent la société qu’ils veulent : paix, partage, justice, égalité. Et qu’on ne leur raconte pas qu’augmenter le prix de l’essence et la désindexation de leurs retraite c’est de l’écologie.

Mais la démocratie de représentation n’est pas équipée pour comprendre ce langage. Comme elle ne l’est pas plus pour comprendre celui des femmes qui subissent les violences, ou celui des Premières Nations. La politique ne capte pas. Et quand bien même elle capterait, elle n’a pas de mécanisme pour mettre en place la société imaginée par le peuple. Elle n’y croit pas non plus, elle est incapable de refonder la justice, elle est profondément inégalitaire, elle est une machine à trier, à exclure. Les institutions politiques et ceux qui y pataugent pensent encore au ruissellement, à la richesse, à la production, à une économie pour le peu pour cent, et elles appliquent leur solution. Comme ce Macron qui nous sortirait de « 40 années de malaise ». Il se croit Jésus, Marx et Poutine à la fois, pardon, « en même temps ».

On dira encore que le peuple n’a pas la compétence pour se « diriger » lui-même. On a dit cela des femmes, des Premières Nations, on se répète. Mais pourtant, on connait déjà des mouvements qui sont capables. Des entreprises, des coopératives, des manifestations (un million de citoyens dans la rue, sans incident, c’est devenu courant), des pays (Scandinavie) construisent l’utopie. Les possibilités immédiates d’autogestion et de démocratie directe existent. En Finlande, le ministère de l’éducation assiste les écoles gérées par le milieu, éducateurs et parents, plutôt que de les mettre au pas comme partout ailleurs.

Il faut donc créer des institutions pour l’expression politique du peuple, mais aussi pour la définir, la polir, en débattre et en faire de la décision. La démocratie réelle est dynamique, elle est un apprentissage et a besoin d’un temps alloué aux citoyens pour exister, comme on alloue du temps pour se soigner, se reposer, prendre des vacances ou parler avec les patrons. Il existe bien des moyens de décider en commun.  Parmi ceux là, les conférences de citoyens, appelés aussi conférences de consensus, qui permettent une réflexion poussée sur des problèmes particuliers avec des experts indépendants. Les taux de consensus sont imposant, 70%-80%. Christiane Taubira, ministre de la Justice de France fonctionnait ainsi.

La question qui se pose est celle de la transition entre la démocratie de représentation et la démocratie du peuple. Non pas par des pirouettes électorales, des proportionnelles, de « participative », de mirages et de miracles, mais par la mise en place des institutions nécessaires, par la création de protocoles de décision, par l’instauration d’un système de mandataires responsables chargés de porter d’une instance populaire à une autre, exécutive, toutes les décisions prises en bas.

La démocratie de représentation, celle qui a fait sortir les Gilets jaunes, c’est une concurrence entre idéologues capitalistes et guides du peuple, entre des groupes qui pensent savoir organiser la société avec une arrière pensée de supériorité et de certitude. Chaque parti politique prétend faire valoir une idéologie, en fait adossée à des pouvoirs économiques considérables, pétrole, atome, matières premières ou simplement issue de tours d’ivoire, de messies, d’enchanteurs ou de simples arnaqueurs. C’est un système dépassé. Quand on parle de dictature des minorités…

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Trump n’est pour rien dans la santé de l’économie.

Quand le taux de chômage américain a commencé à fondre, il y a plus de cinq ans, il était devenu évident que nous étions au début d’une reprise économique exceptionnelle et durable. On ne passe pas d’un taux de chômage qui frise les 10 % à un taux de moins de 5 % sans un bouleversement de l’économie d’un pays, voire celle de la planète économique et sociale.

Personne n’y croyait sauf peut-être Warren Buffet et le signataire de cet article. Comme lors de chaque crise économique, le premier constat que nous pouvons faire, c’est le mauvais état général du pays. Les automobiles sont anciennes, les immeubles sont gris, les routes et les infrastructures n’ont pas été entretenues. Contrairement à l’esprit de Keynes, les gouvernants n’osent pas entreprendre de grands travaux en temps de crise. Ils auraient pourtant stimulé l’économie mais la peur d’agrandir un déficit qu’ils ont souvent décuplé lors de la période de croissance précédente. Pire, ils ont souvent eux-mêmes réduit, en temps de crise, la participation de l’État dans tous les secteurs, organisant des coupures sombres dans l’éducation et la santé, fragilisant encore plus la société.

Il n’y a pas que l’économie qui est déprimée en cas de vaches maigres, les citoyens le sont encore plus. Il est probable qu’ils deviennent eux-mêmes des déclencheurs des reprises. Beaucoup de facteurs y contribuent : les salaires moindres (les citoyens sont prêts à travailler à moindre coût), la nécessité aigüe de rééquiper presque tout : les véhicules des citoyens qui travaillent, les transports publics, la mise à jour des usines, la mise en pratique de progrès de la recherche (téléphones intelligents, ordinateurs, robotisation et autres moyens de production, changements dans la manière de produire et vendre tels qu’Amazon ou Google). Les économistes pensent que les crises sont justement là pour changer les habitudes, mettre à jour l’économie, le travail et la consommation.

Il ne s’agit pas d’analyser ici les mécanismes des reprises, mais bien de constater qu’elles s’auto-entretiennent. Dès le moment où une partie importante de citoyens se remettent au travail,, un nouveau cycle dynamique s’installe. Les vieux équipements sont remplacés. On ne peut pas voir tout de suite les magasins de détail fleurir, mais les citoyens commenceront par renouveler l’indispensable. Par la suite, l’alimentation, l’habillement et le reste exploseront. Le taux de chômage continuera à baisser, les citoyens renouvelleront alors des biens plus importants : habitation (rénovation ou achat), s’offriront des loisirs – ils voyageront plus -, achèteront des marchandises nouvelles, et reprendrons des activités oubliées, sports, hobbies, sorties. Les grands gagnants de la présente reprise étant probablement le tourisme et la « bouffe » qui explose dans la plupart des pays, appuyés par l’édition de livres, des émissions de télévision et les réseaux sociaux,

Un certain nombre de facteurs feront qu’une reprise sera durable ou pas. L’investissement de l’État et les synergies établies avec l’entreprise privée sont déterminants. L’investissement de Warren Buffet dans General Motors, après celui du gouvernement Obama, le désormais fameux Quantitative easing (achats massifs de titres d’État ou d’institutions financières), tout comme l’écrémage des banques a amorcé l’actuelle reprise en incitant les acteurs financiers (tel que vous et moi ou les entreprises) à emprunter et travailler pour réaliser des projets.

Ces outils ne créent pas un retournement de l’économie en quatre semaines, ni même en une année. Quand des partisans de Trump et Trump lui-même prétendaient quatre mois après son élection qu’il était responsable de la flambée économique, ils étaient loin de la vérité. Pourtant, même à l’époque, des gens d’affaires, des entrepreneurs croyaient à ce mythe. Ils y croient encore plus aujourd’hui, même si le taux de chômage sous son règne n’a diminué que de quelques dixièmes de pourcentage alors que sous l’administration d’Obama, il est passé de 9 % à 5 %.

À l’inverse, plusieurs agents économiques se demandent aujourd’hui si la reprise n’est pas terminée. Certains prévoient un ralentissement, voire une récession dans un avenir proche d’une ou deux années. Est-ce possible ? Quelles sont les conditions nécessaires pour qu’une telle prédiction se réalise ?

On se doute bien qu’une fois que tous les citoyens ont acheté ce qu’ils voulaient, rénové leur maison, acheté un ou deux véhicules, sont passés au travers de cinq versions d’iPhone, la production industrielle va baisser. Par la suite, ce sera au tour des services, voyages, dépôts bancaires, investissements des particuliers et des entreprises. Rien n’interdit, en revanche que ces ralentissements soient seulement provisoires, puis suivis par des reprises qui maintiendront l’économie à un niveau constant durant des décennies. Mais pour entrer dans une récession importante, il faut des suites d’événements plus importants.

Depuis l’arrivée de Trump, on se demande chaque jour ce qu’il pourrait faire pour provoquer l’effondrement de l’économie américaine. Ce sera probablement l’étranglement des finances de l’État. S’il se réalise, son plan de rénovation des infrastructures du pays drainera des sommes considérables dans un système très endetté. Si rien n’interdit de penser que la solidité de l’économie pourrait encaisser les coûts, dans la même foulée, ces dépenses extraordinaires et colossales viendront fouetter une économie qui n’en a pas besoin en ce moment, bien au contraire. La Fed prévoit remonter les taux d’intérêt pour juguler une éventuelle inflation ou la tenir autour de 2% par année, mais des travaux gigantesques pourraient faire monter les taux d’intérêt à des sommets.

Ce jeu sur les taux, déjà critiqué par des économistes, sera très insuffisant pour compenser les effets stimulants du projet et pourrait entraîner une panique financière. Montréal a connu ce genre de conséquences, avec la construction de l’expo, du métro puis des J.O. En 1980, l’inflation grimpait vers de sommets inégalés. À l’époque, un particulier pouvait acheter des « CPG » au taux de 20 % pour cinq ans et le prix des appartements doublait en un ou deux ans !

L’autre problème, c’est que ces dépenses se feront après les fortes réductions d’impôt du gouvernement Trump. Là encore, si des économistes croient à « la fin de l’impôt » qui pourrait éventuellement être compensé par d’autres moyens, il reste que le pays est déjà aux prises avec d’énormes problèmes de financement. En rajouter, comme 200 milliards de droits de douane annoncés aujourd’hui, pourrait achever la reprise, voire provoquer une crise profonde.

Depuis que Trump est arrivé au pouvoir, et contrairement à ce qu’il prétend, la bourse n’a jamais été si volatile et craintive. Non seulement le « marché » n’aime pas ce qu’il fait, mais il ne sait pas ce qu’il va faire, ce qui pour le « marché » est pire que tout. Comme il est peu probable que Trump réalise ce qu’il dit et dédit, les marchés vont continuer de grimper bon an mal an, soutenus par un capital de travail imposant et des entreprises en pleine forme.

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Requiem pour Bombardier

Pendant que le Québec lève la tête pour regarder le doigt dirigé vers la clôture alors qu’en réalité il montre le chemin de la liberté, l’une des pires aventures industrielles canadiennes vient de prendre fin. Cette catastrophe devrait à elle seule justifier que le Québec tente de divorcer une fois de plus de ses 9 conjoints.

L’aventure de la C Series ne date pas d’hier. Son histoire débute en 2004, comme projet, pour se concrétiser avec une décision définitive en 2008, après des hésitations qui ont sans doute absorbé beaucoup d’énergie. Peut-être pourrions-nous voir dans cette date le début du cauchemar.

Dans la plupart des pays, quand une place peut être prise au sein de l’industrie mondiale, dans un domaine de pointe, tout le monde se polarise. Les gouvernements, tous les ouvriers du projet, du mécanicien à l’ingénieur, le bureau de marketing, les publicitaires, les banques travaillent à sa réalisation. Au Canada, le développement de la CSeries n’a été que l’œuvre des employés de Bombardier, d’acharnés et de visionnaires, excluant de multiples directions de l’entreprise qui, même si elles ont installé le projet dans l’entreprise, n’ont pas fait dès le début les efforts nécessaires pour réussir.

Passons sur la saga de la haute direction. On a essayé, chez Bombardier de trouver des dirigeants efficaces tout en gardant la main haute sur l’entreprise et tout en avalisant les décisions les plus invraisemblables de petits chefs de passage. Pour mémoire, je ne citerai que la remarque en français d’un actionnaire anglophone lors d’une assemblée générale : « pourquoi avez-vous engagé un dirigeant qui a mis à terre une grande compagnie d’alimentation ? » Dans la même foulée, en état de panique, Bombardier a largué sa vache à lait, la division récréative, pour éponger les erreurs de planification. Déjà, la CSeries était à l’agonie parce que rien n’avait été prévu pour la financer. Chaque nouvelle direction, toujours éphémère, enfonçait l’entreprise dans la confusion.

Du côté des gouvernements, c’était pire, certainement pas mieux. La division militaire de Bombardier, vendue, ne pourrait certainement pas permettre de financer Bombardier par la bande comme le font tous les pays. On se rappellera les cafetières à 2 millions d’un avionneur américain qui produisait des chasseurs. Ailleurs, c’est comme cela que l’on aide ses entreprises. Pas ici.

On peut faire encore plus. La France produit et vend du militaire et particulièrement des avions, militaires et civils. Quand un président voyage, il devient représentant de commerce. Ce n’est pas toujours joli, mais ça fonctionne, malgré la concurrence.

Quand le monde entier a compris que rien ne serait fait au Canada pour sauver la nouvelle série d’avions de Bombardier, les cœurs se sont mis à battre. C’était à celui qui allait retenir sa respiration le plus longtemps pour faire baisser les prix. La série avait une valeur, ce sont des avions extraordinaires, un projet mené de mains de maître qui aurait été acheté tôt ou tard. Airbus a bien travaillé. Warren Buffet fait une différence entre la valeur et le prix, pas nous. Tout ce qui nous restera, c’est la crainte de nous lancer dans des projets merveilleux – pas seulement politiques, mais aussi industriels – et peut-être, un droit moral que Bombardier pourrait faire valoir pour que l’on conserve le nom de l’avion et que l’on sache que ce n’est pas Airbus qui a produit la machine.

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Le véritable effet Trump

Point n’était besoin d’être un gourou ou Warren Buffet pour craindre les effets des manigances financières du président américain. Pour rappel, l’économie américaine, après une crise que l’on a appelé « financière », mais qui frôlait le grand banditisme, a été purgée de quelques trolls et remontée grâce à l’action combinée de quelques financiers et du président américain Obama. Peu importe le camp dans lequel on se trouve, il y avait, à cette époque un réel danger qui a été jugulé. Les entreprises non-bancaires en danger ont elles-mêmes été soutenues telle General Motors que l’on a surnommée Government Motors.

L’injection de centaines de milliards de dollars dans l’économie américaine a redonné confiance au public et permis aux entreprises de se refaire. L’injection massive de fonds dans le public en général (quantitative easing) a conduit a une reprise très solide depuis 2008. Non seulement l’économie a connu une croissance ininterrompue depuis, mais elle n’a pas connu d’épisodes de folie, de ces bulles financières qui conduisent l’inflation puis l’effondrement des marchés sans contrôle.

Le taux de chômage, qui était proche de 8 % en 2009 est retombé à 4,5 % à la fin du mandat d’Obama. À ce moment, il n’était toujours pas question de bulle financière ou immobilière, tous les acteurs du marché se comportant d’une manière modérée, aidés par la banque centrale et le gouvernement qui avaient mis en place les mesures nécessaires et surtout par l’impression très répandue que cette reprise était fragile. À l’encontre de cette idée, quelques « visionnaires » ont investi soit à la bourse, soit dans des entreprises avec un succès qui se mesure aujourd’hui.

Tout a changé à l’arrivée de Trump et c’était prévisible. Dans l’esprit de ce pedler (le mot anglais semble plus ironique), l’incompétence, le mensonge, l’injection de fausses croyances et l’annonce de quelques mesures fiscales ainsi d’ailleurs que quelques mesures fiscales réelles allaient faire exploser l’économie américaine. Empruntant à Poutine l’expression d’un nationalisme qui met en avant la fierté de devenir le roi du monde-again, Trump a joué au mammouth dans une cristallerie. Depuis ce jeudi 9 février, une certaine panique s’est à nouveau installée.

Plusieurs facteurs s’entremêlent dans la confusion trumpienne. L’augmentation des salaires constatée au début de 2018 était nécessaire à cette fameuse confiance, la foi en une économie qui récompense, mais plus encore inévitable pour que les travailleurs ne passent pas à la concurrence dans un marché de plein emploi. L’effet de ces augmentations est en partie contrebalancé par la sortie du gouvernement du système de santé et de plusieurs institutions de protection des plus démunis. Finalement, elle touchera tous les secteurs de la consommation, pas seulement la construction ou le militaire.

En réalité, le fameux marché et nous devrions plutôt craindre  la série de promesses ou de mesures propres à jeter à terre tout édifice économique.

Les baisses d’impôt viennent donner un coup de fouet à une économie en plein boom qui risque de partir au galop. Les grands projets gouvernementaux votés, semblables à la construction du barrage Hoover après la crise de 29, qui s’ajoute à l’augmentation des dépenses militaires contribueront aussi à ce tsunami, sans oublier cette criminelle permission de tuer la nature pour produire des bénéfices plus élevés et l’abandon de toutes les mesures de contrôle de qualité décrétées par Obama.

A priori, il n’y avait aucune raison pour les marchés boursiers de s’effondrer cette semaine de manière plus rapide encore qu’en 2008 quand les « subprimes » ont fissuré l’économie des États-Unis. Mais c’est certainement un désaveu de la politique réelle et rêvée par le président. Un coup de semonce qu’il n’aura pas entendu mais que d’autres dans son entourage auront enregistré.

Même si, il n’est pas besoin de collectionner les diplômes pour comprendre ce qui se passe. Par bonheur, Trump n’a pas réalisé beaucoup de ses promesses, mais les milliers de milliards qu’il veut dépenser pour les infrastructures sont déjà du même ordre de ce que le gouvernement d’Obama a dépensé pour ramener l’ordre économique en 2008. Pourtant, en 2018, l’économie n’a pas besoin d’être sauvée, seulement comprise.

Le petit président aura du mal à tuer son pays. Chaque mois, encore, même si le rythme a ralenti depuis qu’il est au pouvoir, près de 200 000 nouveaux emplois sont créés. Ces citoyens vont travailler pendant assez longtemps pour alimenter l’industrie, même avec un dollar faible et des déficits records. De quoi rassurer les marchés jusqu’au prochain tweet.

Consulter aussi : https://www.standard.co.uk/comment/comment/who-was-trump-trying-to-kid-with-his-address-to-congress-a3754466.html

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À la guerre (économique) comme à la guerre.

C’est numérique ! Le scandale fiscal Netflix nous a révélé, après Uber et quelques autres que les gouvernements n’ont pas vraiment compris leur rôle. Puisque c’est numérique, la notion de taxe disparait, et même celle d’impôt et de société !

Pourtant, Apple, qui produit du matériel très tangible, ou Burger King, dont la production comestible pose à plusieurs un problème, jouent elles-mêmes avec la taxation et les frontières. La première a situé (d’une certaine manière « virtuellement ») certaines de ses activités dans des pays où la fiscalité est légère et la seconde a acheté une entreprise canadienne (Tim Horton) de manière à déplacer son siège social des États-Unis au Canada dans le but de payer moins d’impôt. Rien de virtuel là-dedans.

Les disparités fiscales que nous connaissons constituent de fait une tentative d’équilibrer l’économie et la richesse. Si un pays parvient à créer des entreprises lucratives, un autre qui ne le fait pas, pour diverses raisons, voudra attirer des activités de ces entreprises pour faire travailler ses citoyens grâce à une imposition inférieure à celle du pays d’origine. Cela n’est pas très différent du système des paradis fiscaux : notre économie n’est pas développée, mais nous pouvons offrir une imposition plus faible et éventuellement des emplois moins rémunérés.

Bien entendu, comme on l’a vu pour Apple, l’État et les tribunaux du pays d’origine, en l’occurrence les États-Unis, encouragent cette ingénierie fiscale dans la mesure où elle donne à ces entreprises un avantage concurrentiel sur celles des autres pays…Qui, évidemment vont essayer de copier le même système.

Nous sommes donc bien dans un problème identique à celui des paradis fiscaux, si décrié mais surutilisé par les grandes entreprises et les grandes banques beaucoup plus encore que par des particuliers désireux de cacher leurs revenus.

Pourquoi alors Bombardier ne déplacerait-il pas son siège social en Irlande ou dans une île et pourquoi Bombardier a-t-elle vendu ses activités militaires il y a quelques années, un autre moyen efficace de transférer des subventions de l’État d’une activité vers une autre comme Boeing ?

Nous comprenons seulement à comprendre que sortir les individus de la misère permet à des sociétés de s’enrichir et nous commençons même à comprendre que transférer des technologies vers les pays pauvres contribue à l’économie mondiale et en premier lieu à la nôtre. Les accords commerciaux ne devraient viser que cette évolution en s’assurant que les tricheurs pourront facilement être découverts tout au long de ce processus évolutif. L’exemple, c’est le plan Marshall qui a permis à l’Europe et à l’Allemagne en particulier de devenir des partenaires de l’économie mondiale plutôt que d’agir comme prédateurs militaires. Et cela n’a rien à voir avec le numérique et le virtuel.

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L’Europe sans l’idée de l’Europe

Dans la violente et ridicule bataille du gouvernement espagnol contre les Catalans, il faut voir plus que des échauffourées locales. Bien sûr, il y a ce conservatisme espagnol qui ne tolère pas l’expression démocratique, un vague relent de franquisme, une incapacité d’imaginer une Espagne partenaire avec une de ses provinces, mais il y a aussi plusieurs niveaux, plusieurs « degrés » comme disent les humoristes, à cette réaction extrêmement violente du gouvernement de Madrid.

L’Europe, parce qu’il s’agit bien de l’Europe, « s’étatsunise ». Entre les pays nordiques qui y ont adhéré et l’Espagne, il y a maintenant autant de différence qu’entre la Californie et les plus sombres recoins racistes des Caroline et de quelques autres sombres États. Pas seulement parce que les citoyens sont si différents, mais parce que l’apprentissage et l’expression politiques y sont différents. La démocratie espagnole a disparu du jour au lendemain non pas parce que les citoyens n’étaient pas compétents, mais parce que les gouvernements ont décidé qu’ils ne l’étaient pas. Cela fait des siècles que cet argument de l’incompétence et de la bêtise populaire est invoqué. Le peuple serait toujours trop stupide pour dire ce qu’il veut. Même si cela n’a jamais été vrai, même si ce sont toujours les citoyens qui font la société, ceux qui alimentent l’entraide et la compassion, l’économie comme le droit, cet argument est encore moins vrai aujourd’hui où la compétence des politiques est largement dépassée par celles des citoyens.

Entre les silences et les yeux tournés vers le haut des dirigeants européens et l’air abruti de Trump qu’il adopte lorsque des questions raciales sautent aux yeux, il y a une certaine similitude. Seul M.Junker a donné les limites de la non-intervention, sans toutefois pouvoir intervenir. Durant les dernières années, des interventions allemande et suédoise et norvégienne[1], entre autres sur l’accueil des réfugiés, ont atténué les effets du racisme et de l’intolérance, mais pas pour l’éternité.

L’épisode espagnol arrive après la fin tragique de la Yougoslavie, après la Grèce, après plusieurs vagues dramatiques d’immigration absorbées et amorties par le peuple italien depuis l’éclatement des pays satellites de l’URSS jusqu’à aujourd’hui. Il arrive après les barbelés hongrois pour « arrêter » les migrants, après le « deal » trumpien avec la Turquie pour rejeter à la mer les évadés des guerres au Moyen-Orient, après Calais et les jeunes clochards multiethniques dénoncés par Mediapart, après aussi le Brexit. Et, pourquoi pas, les révélateurs de l’Europe étant multiples, nous ajouterons l’intervention en Libye à la suite de la crise de nerfs de deux taureaux déjantés. Le bilan de l’Europe a peine à justifier l’Europe.

La politique et l’Europe vont mettre beaucoup d’années à se remettre de l’intervention armée du gouvernement espagnol pour essayer d’arrêter – sans grand succès – un référendum tout à fait légitime comme tous les référendums.

Se pose, sur le plan politique, l’éternel problème de la légitimité du peuple, en fait, celle de la représentation, du système démocratique tel qu’il nous est imposé. Les images sont fortes : quand la police envoyée par Madrid se bat contre celle de Barcelone, défonce des écoles, matraque des électeurs, nous nous éloignons du domaine, de la zone démocratique. Il est impossible de croire que les Espagnols ont voulu cela, impossible de penser que des Madrilènes et les autres citoyens espagnols aient songé à faire mal aux Catalans. Les lois existent pour régler de tels problèmes, mais probablement que Madrid ne voulait pas risquer de perdre le PIB catalan ni penser à conclure de lucratives et évidentes ententes avec une Catalogne libre. Pour cela il aurait fallu réfléchir et ce n’est pas le truc de Rajoy. Ni celui du nouveau dieu provisoire de la France, Jupiter Macron.

[1] La Norvège avait un taux d’accroissement migratoire de 8,3 pour mille contre 1,1 pour la France, en 2015. Source : Géo août 2017 n°462.

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Péril en la demeure

Parfois, on appelle les services de sécurité « l’intelligence ». Au Port de Montréal, cette faculté manque cruellement. Le Devoir[1] a évoqué des manques sérieux à la sécurité réelle dans le port : scanneur en panne, abandon de l’inspection des conteneurs vides, une conception de leur mission obscure et inacceptable.

Comme, apparemment la « sécurité » du Port de Montréal ne sait pas vraiment comment l’assurer, elle se rabat sur des procédures qui visent n’importe quoi qui peut occuper un agent flânant au volant d’un véhicule super informatisé qui ne sert pas à grand-chose.

Au cours d’une balade à bicyclette avec ma conjointe nous sommes entrés dans ce que le gardien appellera une zone interdite sans d’ailleurs qu’aucune barrière physique empêche quiconque d’y entrer. Nous avons roulé jusqu’au pont Jacques-Cartier. J’ai pris 5 ou 6 photos, dont une ou deux d’un bateau rouillé. Il n’y avait là que deux ouvriers en train d’empiler du bois. À part la Corée du Nord, aucun autre pays n’aurait vu dans cette intrusion autre chose que de la curiosité de promeneurs.

Mais la loi étant la loi, du moins quand elle n’est pas trop compliquée à appliquer, le gardien flânant au volant de son véhicule a « procédé à mon arrestation ». En fait il a tenu à vérifier mon identité et à confisquer mon film. On me le rendrait développé. Espionnage, Corée du Nord, nous y sommes. Ailleurs, rappelez-vous, les scanneurs sont en panne et les contrôles sérieux sont refilés à Ottawa. Certains aspects de la sécurité fonctionnent de là avec une télécommande, une Jerrold en québécois. Dans le Port, la sécurité se concentre sur les vraies affaires, c’est-à-dire sur nous deux. Je parle chinois à des gens qui se prennent pour des agents de la CIA qui ont arrêté un fils de Poutin.

Pour comprendre l’enjeu stratégique défendu par nos matons, il faut savoir que durant l’été 2016, j’avais été invité, avec quelques centaines de personnes, à un grand tour du port en bateau, organisé par les mêmes autorités portuaires. À cette occasion j’avais pu photographier toutes les installations, le pont, les bateaux et les grues, bref, le même marétiel top secret du Port de Montréal, tout comme tous les invités qui ont mitraillé la moindre mouette durant plus d’une heure.

Comme cela semble devenir une habitude de quelques services de police, le service qui a récupéré mon film a menti en me disant qu’ils allaient le développer et me rendre les photos qui ne poseraient pas de problème… de sécurité toujours. En bon québécois, Ayeoye. J’ai émis des doutes quant à leur capacité de développer un Technical Pan de Kodak, mais peu importe, leur intention était certainement de le détruire.

Nous aurions pu nous échapper, ne pas donner le film, mais l’occasion était trop belle de comprendre pourquoi nous sommes un peuple de satisfaits. Toujours indépendantiste, convaincu de la nécessité de détenir les pouvoirs d’un pays, je ne peux oublier les mots de Jacques Hébert : « des petits notaires, des petits avocats  » quand il nous voyait nous empêtrer dans nos institutions.

Mon ami Georges Lapassade appelait ce genre d’incident (la saisie du film) un révélateur… comme en photographie. Cet instantané de la sécurité du Port de Montréal, confirme d’autres révélations, d’autres images : le verglas, les inondations, ou la nuit de la tempête sur l’autoroute 13, nos gouvernants, nos fraudeurs, nos convictions étiques enfin.

Révélateur de ce que nous sommes, de la manière dont nous envisageons et pratiquons la vie quotidienne, en l’occurrence « by the books », sans réfléchir, sans intelligence (dans tous les sens du terme), en nous moquant des conséquences et en faisant fi du travail à accomplir. L’absence de discernement, cette faculté inconnue en Amérique du Nord, est le plus sûr moyen de parvenir au ridicule et à l’inefficacité.

Au milieu de ce 375è anniversaire-rodéo de Montréal, de la volonté médiatisée de « redonner le fleuve aux citoyens », il est toujours contraire à la sécurité du Port (et du Canada probablement) de se balader en vélo le long du Saint-Laurent et de vivre en liberté.

[1] http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/497114/la-surveillance-des-conteneurs-est-defaillante-au-port-de-montreal

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