Télétravail et démocratie.

Depuis des années, le télétravail est vu comme un pas vers la modernité, vers l’économie du transport, vers l’économie du temps. Aujourd’hui, plusieurs se demandent pourquoi le télétravail n’a pas été adopté plus tôt dans le monde du travail.

Il est vrai que le développement d’internet et du très fort développement de la bande passante, c’est-à-dire la capacité de transmettre une très grande quantité d’informations, a changé l’accès à toutes sortes d’activités comme le cinéma, le jeu, la distribution (Amazon), qui appartiennent au monde de la consommation.

Le monde du travail, avec le B 2 B (business to business) et la robotisation a évolué plus discrètement. Ce n’est que dans quelques entreprises, des GAFAM parmi d’autres et dans des TPE spécialisées que la manière de travailler a changé. Pas toujours dans le bon sens et il y a eu des néo-patrons qui étaient de véritables dictateurs, d’autres qui ont été inscrits sur des listes metoo, mais la tendance de fond est tout autre.

Nous avons constaté dans un nombre impressionnant de pays une demande de participation à la décision politique. Depuis le printemps arabe, en passant par les Gilets jaunes ou le printemps érable au Québec, la définition de la démocratie s’est élargie, même si les institutions propres à mettre en œuvre cette exigence citoyenne n’ont pas encore été imaginées. Dans le même temps, dans les mêmes contrées, on assiste à des « barouds d’honneur » de dirigeants qui se sont appropriés les processus de décision en limitant le pouvoir législatif des Assemblées de représentants, députés et sénateurs.

Pourtant l’entreprise a, depuis longtemps, expérimenté avec succès plusieurs formes de démocratie industrielle, des plus douces aux plus avancées. Régitex, une entreprise québécoise créée par Lisa Fecteau, est aujourd’hui totalement dirigée par ses employés. La connaissance, la compétence n’appartiennent pas à une seule personne, elles sont partagées au sein de comités. La propriétaire s’assure seulement que les décisions des comités ne nuisent pas à l’entreprise. Thomas Piketty va un peu plus loin en envisageant que les employés deviennent l’actionnaire majoritaire des entreprises.

Ce modèle reprend la plupart des procédés mis en place par des entreprises qui ont remis, à diverses échelles, le pouvoir à l’ensemble de leurs employés, patrons inclus [1]. Ce qui est flagrant dans ces modèles, c’est la disparition des cadres intermédiaires, la disparition du pouvoir hiérarchique traditionnel. C’est aussi ce que l’on retrouve aujourd’hui dans le télétravail imposé par la pandémie de coronavirus.

La raison en est bien simple : en prenant à son compte l’entière responsabilité de son travail, de sa part dans le fonctionnement de l’entreprise, une grande partie de l’éventuelle nécessité de la contrainte, de l’autorité a disparu. L’employé qui travaille à la maison ne travaillerait pas du tout s’il n’avait pas intégré sa propre légitimité de travailleur au sein de la communauté de son entreprise.

Or, cette idée va à l’encontre de ce que bien des directeurs, bien des leaders pensent.

L’une des causes du retard pris par la plupart des pays durant la pandémie du coronavirus, c’est bien ce manque de confiance envers les citoyens, une crainte que nous ne pourrons pas accepter que nos droits et notre comportement soient limités comme en Chine. Pourtant, la Corée, libre, a fait aussi bien, puis les autres. Il s’agissait simplement que les citoyens soient impliqués, qu’ils soient bien conscients du danger et qu’ils intègrent ces mesures dans leur propre vie. Malheureusement, les citoyens n’ont pas partout été impliqués dès le début, ils ont été contraints à des mesures parfois contradictoires, teintées d’opportunisme politique et, de surcroit, édictées par des dirigeants parfois distants du milieu scientifique. Dans d’autres pays libres, pas seulement ceux dirigés par des « dictateurs », le confinement a été largement respecté par les citoyens dès qu’ils ont eu accès à l’information, avec des résultats probants.

On ne se serait pas attendu à ce que le changement des institutions démocratiques vienne de l’entreprise. Il y a bien sûr d’autres sources, les célèbres utopies dont certaines subsistent encore aujourd’hui, telle Christiana à Copenhague, nombre de coopératives dans tous les domaines, taxi, grande distribution , grands magasins, alimentation, comme John Lewis Partnership en Angleterre qui a édicté sa propre Constitution d’entreprise. Comme dans beaucoup de sociétés de ce genre, le progrès social fait aussi partie des buts. Des systèmes de protection des employés sont instaurés, parfois des années avant qu’un système identique soit adopté par les gouvernements (sécurité sociale, enseignement, assurances)[2] .

Il faut noter que tout cela s’est fait avec une éducation économique, sociale et politique plutôt modérée. Nous ne sommes pas instruits de ces possibilités et même dans les universités peu d’enseignements nous orientent vers des formes nouvelles de sociétés. Imaginons seulement ce que pourrait devenir le monde libéré des anciens paradigmes. Les inégalités, les ségrégations et la violence sont encore courants et occupent pour l’instant tous les champs du progrès. Mais toutes ces luttes sont concomitantes, elles sont liées, elles ne sont pas dissociables.

Espérons que cette « fantastique expérience de terrain » comme l’aurait défini mon ethnologue préféré, Georges Lapassade, nous permettra d’évoluer.

[1] Alain Cognard, Misère de la démocratie, pour une réingénierie de la politique, L’Harmattan

[2] https://www.johnlewispartnership.co.uk/about/who-we-are/our-history.html

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Pandémie et ambition politique

La France restera un cas d’école. Dès le début de l’épidémie, le président Macron et la plupart des économistes se sont engagés dans une course (folle dirions-nous) contre la croissance des contaminations, course perdue comme celle du lièvre de La Fontaine.

En Chine, pays de près d’un milliard et demi d’habitants, attendre un pic naturel c’est-à-dire une population suffisamment infectée pour que le nombre de nouveaux cas commence à diminuer était une politique de lemming. Il fallait plutôt stopper l’épidémie. L’Europe et les autres retardataires ont fini par adopter une idéologie de fatalité. Certains spécialistes européens, rejoints par Madame Merkel, ont dit que 60 à 65 % de la population européenne pourrait être atteinte selon un tel scénario attentiste.

On a pensé, en Europe et aux États-Unis, que l’on devait retarder la propagation du virus, étaler la contamination en laissant croire qu’on le pouvait. La raison était de permettre au système local de santé d’accueillir les personnes infectées avec les moyens du bord, en fuyant la nécessité de rouvrir les lits fermés durant les années précédentes ou de décréter un confinement « que les citoyens libres ne pourraient accepter ». En France, ces moyens consistent en 4500 lits de réanimation. Jusqu’à maintenant, c’était suffisant et la situation permettait à l’économie de « tourner » selon l’expression du président et des économistes.

Mais pour combien de temps ? Pendant que l’économie « tournait » au ralenti bien que plus rapidement que l’économie de Wuhan, le taux de nouvelles contaminations commençait à augmenter trop vite pour éviter à court terme la submersion des hôpitaux.

Au début de l’épidémie, chaque jour pouvait amener 25 ou 30 % de nouveaux cas. Aujourd’hui, il s’agit de triplement en trois jours et, dans le monde de dizaines de milliers de nouveaux cas chaque jour.

Brusquement, après la Chine et la Corée qui avaient vu juste, l’Italie, puis la France viennent de décider de fermer écoles, bars, restaurants pour ne laisser ouverts que les commerces nécessaires à la survie des citoyens et aussi des marchés publics et pourquoi pas des librairies et d’autres lieux.

Outre la peur de se voir reprocher d’avoir éteint l’économie, des mobiles plus politiques sous-tendent l’action et l’inaction du gouvernement : les élections municipales. En France, les partis politiques nationaux figurent aussi au niveau municipal. Le parti au pouvoir, LREM en fait une fixation. Parfois plusieurs comme dans le cas de Cédric Villani et de l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn quand le président rêve d’installer des satellites, des munitions.. Cette dernière remplace le candidat présidentiel qui avait dû abandonner la course après avoir envoyé des images de son système reproducteur à une amante. Quant à Villani, il a été exclu du parti présidentiel, mais il se pourrait que le président conserve de bonnes relations avec lui. Comme le Premier ministre candidat au Havre, il pourrait revenir au cœur du pouvoir en cas d’échec à la mairie de Paris.

Malgré la fermeture de tous les lieux publics, le premier tour des élections municipales a eu lieu. Mais, comme l’épidémie s’est aggravée, le deuxième tour a été reporté, et l’ensemble de l’épisode électoral sera revu par le pouvoir présidentiel. Il suffira d’invoquer le faible taux de participation. La réforme des retraites fera l’objet d’autres tractations.

La France a connu ce que l’on appelle « la comm », la proposition d’une idéologie qui laissait croire que l’on pouvait vaincre l’épidémie et préserver une activité économique plus forte que celle qui prévalait dans les sociétés confinées, en Chine et en Italie. On ne voit pas pourquoi ce rêve aurait pu se produire : il apparait évident que limiter rapidement les contaminations est la recette pour faire revivre l’économie. Organiser la contamination générale peut conduire à une catastrophe économique et humanitaire.

Pour justifier ces discours truffés de demi-vérités et de mauvaises intentions, le Premier ministre a tenu à dire que les Français n’avaient pas suivi les directives de confinement, des directives que le gouvernement n’avait évidemment jamais énoncées, prétendant plutôt qu’il fallait « faire tourner » l’économie et ne pas paniquer… les seules « barrières » – lavage des mains, distance d’un mètre entre les citoyens – étant suffisantes. Tous les membres du gouvernement se sont vantés « d’écouter la science », reprenant ainsi le mantra de Greta, mais sans jamais donner la parole aux scientifiques. L’un de ces scientifiques a même pu dire que le fameux conseil scientifique n’a existé que bien après que le président ne lui attribue ses décisions! Ceux qui s’expriment s’offusquent de l’incohérence des décisions, du manque de moyens (le gel hydroalcoolique coule dans les bureaux de vote quand eux-mêmes en manquent), mais ils le font bien timidement. On a tendance, ici, à respecter la hiérarchie.

Rien ne dit, pour l’instant que la Chine et la Corée ont mis fin à l’épidémie. Un pic a été atteint et le nombre de nouveaux cas diminue, comme d’ailleurs dans la ville italienne de Codogno qui a enregistré une baisse des nouveaux cas. Personne n’est en mesure de dire ce que la pandémie deviendra. Des foyers retardataires (Inde, Afrique, Russie) pourraient recontaminer d’autres pays bien après la fin de l’épidémie. Mais l’expérience nous apprend déjà qu’une action rapide, concertée fonctionne. Et que dans l’urgence, il faut montrer un peu de décence et de maturité politique.

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McSween dans le champ

J’ai adoré le fameux slogan de Pierre-Yves McSween « En as-tu vraiment besoin ? » C’est la base de la survivance dans un système capitaliste agressif. Mais parfois, il entre dans la rumeur et peut-être dans la crainte que sa profession entretient. On se souviendra que notre Premier ministre, comptable lui aussi, a placé les millions de la vente de ses actions de Transat dans des obligations du Québec… Allo Warren Buffet.

Pierre-Yves McSween, dans sa chronique du 10 janvier sur 98,5, traitait de Jarislowsky et du coût de l’immobilier. L’exemple choisi était un duplex à 715 000 $ comportant un logement au rez-de-chaussée et deux petits appartements à l’étage rapportant chacun 750 $ par mois.

Le calcul du comptable montrait une mise de fonds de 157 000 $, une hypothèque de 628 000 $, sachant qu’il fallait ajouter 70 000 $ (ou au moins 60 000 $) pour stabiliser les fondations. Il indiquait aussi près de 200 000 $ de rénovations pour moderniser l’immeuble.

Ce qui, selon McSween, allait constituer un loyer mensuel de 2500 $ pour l’acheteur auquel il faudrait ajouter 6000 $ de taxes et 2500 $ d’assurance, sans les rénovations. Un peu craintif, Pierre-Yves nous parle du « risque » qui plane au-dessus de la tête des proprios, représenté par la location des deux appartements. Pourtant, à Montréal, le taux d’inoccupation tourne autour de 1,5 %. René Lévesque aurait aimé ce beau risque.

Refaisons les calculs. Une hypothèque à 4 % représente environ 28 000 $ d’intérêts par année. Actuellement, les taux sont plus bas. Il faut ajouter à cette dépense 8500 $ en taxe et assurance, déductible en partie du revenu (en fait 50 % des dépenses pourront être déduites des revenus du couple). Les logements rapportent 18 000 $ par année. Le total des dépenses redescend donc à 18 500 $ moins les déductions d’impôt. On ne parle déjà plus d’un « loyer » de 2200 ou 2500 $ par mois, mais plutôt de 1500 $ par mois.

Il faut maintenant considérer l’avenir. Les loyers ne seront plus de 1500 $ par mois, mais bientôt de 1800 $, puis 2000 $, puis 2500 $ par mois dans quelques années. Le coût du logement du couple, lui, ne bougera pas.

Historiquement, le prix de l’immobilier augmente toujours à long terme, il suit l’inflation et protège contre elle mieux que l’or. En 1981, elle a culminé à 18 %. Les locataires ont vu leurs loyers multipliés par 10 ou 15 en quelques années et les propriétaires ont alors décuplé leur capital immobilier sans rien faire, la valeur d’un immeuble se calculant comme un multiple de ce qu’il rapporte, autour de vingt fois le revenu brut. On ne parle pas de justice ici, mais de comptabilité.

Dans cet exemple, McSween parlait d’un couple gagnant chacun environ 60 000 $ par année, 120 000 $ pour les deux, largement capables de payer 1500 $ de loyer et plus pour diminuer l’emprunt. En fait, on dit que le coût du logement tourne autour de 25 % du revenu selon les normes, soit 30 000 $ pour le couple. Dans une dizaine d’années, leur immeuble vaudra plus de 1 000 000 $ alors qu’ils auront versé 180 000 $, leurs locataires au moins autant et remboursé une bonne partie de l’hypothèque grâce à l’augmentation de leurs salaires. Rappelons que lorsque les salaires augmentent, le coût du duplex et de la dette ne bouge pas, il reste à 785 000 $, pieux inclus. Le couple aura déjà gagné 225 000 $ (1 000 000 $ moins 775 000 $) sans avoir versé un sou de plus, un rendement de 150 % (sur la mise de fonds) sur une décennie.

Entre 1976 et 2009, le prix des maisons du Plateau a été multiplié par 20. Pour notre duplex, cela voudrait dire qu’il se vendrait 14 millions en 2048 et que le couple ne serait toujours pas à l’âge de la retraite. Cela ne se reproduira peut-être pas à cette échelle, mais la pression à la hausse est toujours forte : augmentation de la population mondiale, migration, bien-être économique font grimper les prix dans toutes les capitales.

S’ils avaient plutôt loué un appartement, ils n’auraient rien du tout aujourd’hui, sauf des obligations du Québec peut-être, et payeraient probablement 4000 $ ou 8000 $ de loyer par mois en 2038 ou 2048. En 1980, un logement sur la rue Duluth se louait 80 $ par mois. 20 ans plus tard, en 2000, c’était déjà 8 fois plus sans aucune rénovation.

Mais ce n’est pas tout, McSween a aussi parlé des « vieilles maisons pièce sur pièce dont le goudron qui servait à bloquer l’air avait séché ». Des maisons « chauffées à l’eau chaude ». Or il existe plusieurs moyens d’isoler parfaitement ces maisons extrêmement solides et très confortables. De nombreux programmes d’aide à la rénovation donnent des subventions et de la valeur aux propriétaires en plus de leur permettre d’augmenter les loyers et de diminuer les dépenses !

Si l’immobilier devient parfois un peu fou, c’est justement pour ces raisons : protection contre l’inflation, stabilité dans le temps, confort modulable au goût des propriétaires et parfois, exploitation des locataires, du moins de leur volonté de ne pas s’impliquer dans leur propre vie financière. Sans compter qu’il s’agit « d’épargne forcée ».

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La démocratie est une dynamique.

La récente loi anti avortement votée en Alabama pose le vrai problème de la liberté et de la démocratie, du progrès humain et du sens de la vie : que voulons-nous devenir, nous humains et gestionnaires principal sinon propriétaires, de la planète.

Bien des citoyens veulent croire que la démocratie est, seulement, l’expression d’une pensée, d’une volonté. Que chacun est libre de s’exprimer et que la volonté majoritaire est la bonne, quand bien même cette majorité se réduit aujourd’hui à quelque 25 % des citoyens pouvant voter.

Je pense le contraire. La démocratie est dynamique. Elle est avant tout un processus d’évolution, une méthode empirique de gérer notre existence et celle de notre arche vivante.

Maintenant qu’il est devenu clair que la « nature » ne pourra plus assurer elle-même sa survie, que les espèces disparaissent, que la pollution a rempli les espaces qui servaient autrefois à rétablir son équilibre, forêts, océans et continents polaires, ce travail revient à notre espèce.

Quel est le lien avec l’avortement en Alabama ? Tout d’abord, la philosophie, la pensée, tout ce qui nous permet d’élaborer un système politique et social soutenable. Les femmes ne sont plus (l’ont-elles jamais été autrement que par la force et l’absurdité de religions) une ressource gérée par les hommes. Les lois qui ont permis l’avortement ne sont rien d’autre que la prise en compte de cette réalité. Il ne s’agit plus ici d’être, ou pas, d’accord avec l’avortement, mais de permettre l’inclusion des femmes dans leurs propres affaires, et celles de nos sociétés, de la manière la plus intelligente et la plus démocratique qui soit.

Cela ne vaut pas que pour l’avortement, mais pour toutes les avancées reconnues par un nombre de plus en plus grands de citoyens dans le monde : la paix, les méthodes de résolution des conflits, des droits fondamentaux enchassés dans des Constitutions, la reconnaissance de la science et de ses limites, l’égalité, parmi tant d’autres.

Mais il manque un chaînon : l’éducation. C’est une constante, pour les femmes comme pour les hommes. Si les projets ne sont pas enracinés dans l’éducation, ils resteront toujours provisoires.

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Macron : une certaine misogynie.

Durant sa conférence de presse, une journaliste a demandé au président comment il pouvait dire aux Français qu’ils ne travaillaient pas assez, moins que les autres pays d’Europe. Macron, toujours condescendant, lui a lancé un « vous avez sans doute confondu avec la productivité ».

Macron ne pouvait pas ignorer les chiffres de la journaliste, comme président, à cause des écoles qu’il a fréquentées et comme un enfant de la banque Rothschild. Il savait que la journaliste avait raison : les Français sont parmi ceux qui travaillent le plus en Europe après les Anglais et les Espagnols.

Les Français travaillent plus que les autres et leur productivité est meilleure. Certains disent même que si cette productivité est bonne, c’est aussi parce qu’en France, ce sont les diplômés qui travaillent le plus et bénéficient de ces fameuses heures supplémentaires « défiscalisées », propices au burning, tandis que les plus pauvres se contentent de travail temporaire de ces fameux CDD (contrats à durée déterminée) qui permettent aux entreprises de conserver des employés sans leur accorder les avantages reliés à l’emploi. Ils sont moins scolarisés et travaillent souvent dans des conditions difficiles. On croirait voir l’image sociale des États-Unis Et c’est justement celle que Macron semble vouloir imposer comme une réponse aux problèmes « hérités des décennies précédentes ».

Contrairement à ce qu’un journaliste a dit (l’un des seuls à avoir remarqué l’erreur), Macron ne s’est pas trompé. Il s’est payé la journaliste, la deuxième de la conférence. Sans possibilité de réaffirmer sa position, de rectifier le président, la journaliste n’a pas eu de réponse à sa question. Le président a repris sa comm, fort de sa position, sachant bien en bon publicitaire que personne ne remarquerait sa glissade.

Macron vogue sur son image de « baby’s face ». Il ne s’embarrasse pas de considérations économiques ou sociales, il veut mettre en place un système fortement inspiré des demandes de sa clientèle. Une politique écrite sur le coin d’une nappe sans aucune base économique ou scientifique.

La fameuse « erreur » d’Emmanuel Macron est un véritable révélateur. Il ne pouvait pas se tromper. Il savait que la journaliste avait raison. Par bonheur pour lui, c’était une femme qui contestait sa parole. Il y avait peu de chances que l’incident prenne de l’importance dans les commentaires qui allaient suivre. Mais pour nous, le président a voulu faire sortir du débat une journaliste, une femme, en attaquant sa crédibilité pour éluder la question et hypnotiser la salle. En même temps, Macron s’est montré comme un vrai misogyne.

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Art ou appropriation ?

De l’appropriation politique à l’appropriation culturelle :

Quand la lettre de l’auteur et metteur en scène Robert Lepage est enfin sortie, le 28 décembre, l’écart entre la réalité et la représentation de la réalité par les artistes s’est imposé avec la même force que l’écart entre les élites politiques et ceux qu’ils représentent. À peine quelques semaines après les Gilets jaunes de France ou l’incroyable budget alimentaire du chef du Québec à 75 $ par semaine, nous voici replongés dans une ambiance prérévolutionnaire.

On parle ici de représentation. Et comme dans toute représentation, parfois les artistes, tout comme les politiques, sont en avance sur le réel qu’ils décodent, qu’ils anticipent, ou bien ils sont largués, dépassés par l’humanité dont ils s’inspirent pour remplir les salles. Ce que l’on appelle l’appropriation  est bien un détournement de la culture ou de la politique à des fins autres que l’intérêt de ceux que l’on prétend représenter.

Il n’y a pas de parole politique, disait Christiane Taubira, pour décrire la misère, ou les problèmes de l’environnement. La parole théâtrale, artistique est tout aussi rare dans notre culture dorée. Ce qui se joue dans les théâtres se réduit trop souvent à une chanson, à quelques images, à des symboles édulcorés d’un monde qui a perdu une dimension, même sur une scène.

Si l’appropriation culturelle semble aujourd’hui si évidente, c’est justement parce qu’elle n’est qu’un accessoire, un argument publicitaire, parce qu’elle détourne la réalité avec les habits de la vérité. Elle se contente de clichés, de décors. Elle est facile, vendable. Si le droit de s’exprimer est inconditionnel, on attend un véritable engagement, une sensibilité, une profondeur, un respect et peut-être une reconnaissance concrète de cette diversité « qui fait notre richesse ». Mais quand ceux que l’on a représentés montent aux grilles du palais, des artistes ou des journalistes appellent aux grandes valeurs qui ont, paraît-il, forgé leur identité voire une identité terrienne. C’est peut-être parce qu’ils volent un peu trop haut et ne travaillent pas assez en profondeur, sauf peut-être sur une apparence de compassion. En politique comme en culture, on parle même d’arrogance.

Les artistes ont invoqué la liberté d’expression. Ils se sont fait répondre que personne ne voulait les en priver, mais qu’il était temps qu’elle s’applique à tous et avec plus de rigueur. Rien d’étonnant alors, que la parole des représentés se confronte à celle, plus convenue, des artistes confirmés et des politiques.

Si l’on parle autant aujourd’hui de dictature des minorités, de cette montée aux créneaux des femmes, des Afros-descendants, des pauvres, des oubliés, c’est sans doute qu’il faut maintenant »augmenter » la réalité que nous voyons, refonder cet universalisme, cette démocratie, officielle et convenue, que nous utilisons comme des œillères ou un château fort.

Mais laisser porter ce poids par les artistes est trop facile. Si la machine culturelle applique des recettes, c’est surtout parce que nous, public complaisant, lui en faisons tacitement la demande. Nous n’agissons pas différemment en politique, il faut qu’elle soit confortable, comme le théâtre ou le cinéma. L’appropriation culturelle est une forme d’appropriation politique.

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Les raisons de la colère.

Pour une société sans chef.

Qu’est-ce que les Gilets jaunes nous disent ? Bien sûr, ils nous disent tout ce que nous entendons, la pauvreté, même de ceux qui travaillent, qui gagnent 900 euros par mois. Ils nous parlent de l’arrogance des politiciens. Même un député de Macron a dit que sa mère ne gagnait que 700 euros par mois et la réponse d’une Gilets jaune fut cinglante : « votre mère vit avec 700 euros par mois et vous n’êtes pas Gilet jaune ? »

Nous entendons aussi les privilèges, ceux des multinationales, pas Google ou Netflix seulement, mais aussi Total, française qui a, enfin, un peu contribué « volontairement » au fisc à cause de l’indignation causée par sa virginité fiscale ; ceux des très riches qui ne paient plus l’Impôt sur la fortune boursière et bancaire sous le faux prétexte que leurs millions d’actions de Coca ou Carrefour sont de « l’investissement » et non pas l’accumulation de capital.

Les Gilets jaunes n’ont pas de chefs, pas de leaders. Quel bel aphorisme politique ! C’est le non-dit du mouvement de la protestation. Un non-dit si évident. Bien sûr qu’ils n’ont pas de chef, c’est même l’essence de leur colère, de leur rejet de notre démocratie. Parmi tous les chefs que nous connaissons, politiques, syndicaux, entrepreneurs, dirigeants, lobbyistes, aucun ne s’est encore réveillé. Les Gilets jaunes n’ont pas besoin d’être représentés, ils sont là, sur le terrain comme disent les sociologues, ils parlent, ils décrivent la société qu’ils veulent : paix, partage, justice, égalité. Et qu’on ne leur raconte pas qu’augmenter le prix de l’essence et la désindexation de leurs retraite c’est de l’écologie.

Mais la démocratie de représentation n’est pas équipée pour comprendre ce langage. Comme elle ne l’est pas plus pour comprendre celui des femmes qui subissent les violences, ou celui des Premières Nations. La politique ne capte pas. Et quand bien même elle capterait, elle n’a pas de mécanisme pour mettre en place la société imaginée par le peuple. Elle n’y croit pas non plus, elle est incapable de refonder la justice, elle est profondément inégalitaire, elle est une machine à trier, à exclure. Les institutions politiques et ceux qui y pataugent pensent encore au ruissellement, à la richesse, à la production, à une économie pour le peu pour cent, et elles appliquent leur solution. Comme ce Macron qui nous sortirait de « 40 années de malaise ». Il se croit Jésus, Marx et Poutine à la fois, pardon, « en même temps ».

On dira encore que le peuple n’a pas la compétence pour se « diriger » lui-même. On a dit cela des femmes, des Premières Nations, on se répète. Mais pourtant, on connait déjà des mouvements qui sont capables. Des entreprises, des coopératives, des manifestations (un million de citoyens dans la rue, sans incident, c’est devenu courant), des pays (Scandinavie) construisent l’utopie. Les possibilités immédiates d’autogestion et de démocratie directe existent. En Finlande, le ministère de l’éducation assiste les écoles gérées par le milieu, éducateurs et parents, plutôt que de les mettre au pas comme partout ailleurs.

Il faut donc créer des institutions pour l’expression politique du peuple, mais aussi pour la définir, la polir, en débattre et en faire de la décision. La démocratie réelle est dynamique, elle est un apprentissage et a besoin d’un temps alloué aux citoyens pour exister, comme on alloue du temps pour se soigner, se reposer, prendre des vacances ou parler avec les patrons. Il existe bien des moyens de décider en commun.  Parmi ceux là, les conférences de citoyens, appelés aussi conférences de consensus, qui permettent une réflexion poussée sur des problèmes particuliers avec des experts indépendants. Les taux de consensus sont imposant, 70%-80%. Christiane Taubira, ministre de la Justice de France fonctionnait ainsi.

La question qui se pose est celle de la transition entre la démocratie de représentation et la démocratie du peuple. Non pas par des pirouettes électorales, des proportionnelles, de « participative », de mirages et de miracles, mais par la mise en place des institutions nécessaires, par la création de protocoles de décision, par l’instauration d’un système de mandataires responsables chargés de porter d’une instance populaire à une autre, exécutive, toutes les décisions prises en bas.

La démocratie de représentation, celle qui a fait sortir les Gilets jaunes, c’est une concurrence entre idéologues capitalistes et guides du peuple, entre des groupes qui pensent savoir organiser la société avec une arrière pensée de supériorité et de certitude. Chaque parti politique prétend faire valoir une idéologie, en fait adossée à des pouvoirs économiques considérables, pétrole, atome, matières premières ou simplement issue de tours d’ivoire, de messies, d’enchanteurs ou de simples arnaqueurs. C’est un système dépassé. Quand on parle de dictature des minorités…

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Trump n’est pour rien dans la santé de l’économie.

Quand le taux de chômage américain a commencé à fondre, il y a plus de cinq ans, il était devenu évident que nous étions au début d’une reprise économique exceptionnelle et durable. On ne passe pas d’un taux de chômage qui frise les 10 % à un taux de moins de 5 % sans un bouleversement de l’économie d’un pays, voire celle de la planète économique et sociale.

Personne n’y croyait sauf peut-être Warren Buffet et le signataire de cet article. Comme lors de chaque crise économique, le premier constat que nous pouvons faire, c’est le mauvais état général du pays. Les automobiles sont anciennes, les immeubles sont gris, les routes et les infrastructures n’ont pas été entretenues. Contrairement à l’esprit de Keynes, les gouvernants n’osent pas entreprendre de grands travaux en temps de crise. Ils auraient pourtant stimulé l’économie mais la peur d’agrandir un déficit qu’ils ont souvent décuplé lors de la période de croissance précédente. Pire, ils ont souvent eux-mêmes réduit, en temps de crise, la participation de l’État dans tous les secteurs, organisant des coupures sombres dans l’éducation et la santé, fragilisant encore plus la société.

Il n’y a pas que l’économie qui est déprimée en cas de vaches maigres, les citoyens le sont encore plus. Il est probable qu’ils deviennent eux-mêmes des déclencheurs des reprises. Beaucoup de facteurs y contribuent : les salaires moindres (les citoyens sont prêts à travailler à moindre coût), la nécessité aigüe de rééquiper presque tout : les véhicules des citoyens qui travaillent, les transports publics, la mise à jour des usines, la mise en pratique de progrès de la recherche (téléphones intelligents, ordinateurs, robotisation et autres moyens de production, changements dans la manière de produire et vendre tels qu’Amazon ou Google). Les économistes pensent que les crises sont justement là pour changer les habitudes, mettre à jour l’économie, le travail et la consommation.

Il ne s’agit pas d’analyser ici les mécanismes des reprises, mais bien de constater qu’elles s’auto-entretiennent. Dès le moment où une partie importante de citoyens se remettent au travail,, un nouveau cycle dynamique s’installe. Les vieux équipements sont remplacés. On ne peut pas voir tout de suite les magasins de détail fleurir, mais les citoyens commenceront par renouveler l’indispensable. Par la suite, l’alimentation, l’habillement et le reste exploseront. Le taux de chômage continuera à baisser, les citoyens renouvelleront alors des biens plus importants : habitation (rénovation ou achat), s’offriront des loisirs – ils voyageront plus -, achèteront des marchandises nouvelles, et reprendrons des activités oubliées, sports, hobbies, sorties. Les grands gagnants de la présente reprise étant probablement le tourisme et la « bouffe » qui explose dans la plupart des pays, appuyés par l’édition de livres, des émissions de télévision et les réseaux sociaux,

Un certain nombre de facteurs feront qu’une reprise sera durable ou pas. L’investissement de l’État et les synergies établies avec l’entreprise privée sont déterminants. L’investissement de Warren Buffet dans General Motors, après celui du gouvernement Obama, le désormais fameux Quantitative easing (achats massifs de titres d’État ou d’institutions financières), tout comme l’écrémage des banques a amorcé l’actuelle reprise en incitant les acteurs financiers (tel que vous et moi ou les entreprises) à emprunter et travailler pour réaliser des projets.

Ces outils ne créent pas un retournement de l’économie en quatre semaines, ni même en une année. Quand des partisans de Trump et Trump lui-même prétendaient quatre mois après son élection qu’il était responsable de la flambée économique, ils étaient loin de la vérité. Pourtant, même à l’époque, des gens d’affaires, des entrepreneurs croyaient à ce mythe. Ils y croient encore plus aujourd’hui, même si le taux de chômage sous son règne n’a diminué que de quelques dixièmes de pourcentage alors que sous l’administration d’Obama, il est passé de 9 % à 5 %.

À l’inverse, plusieurs agents économiques se demandent aujourd’hui si la reprise n’est pas terminée. Certains prévoient un ralentissement, voire une récession dans un avenir proche d’une ou deux années. Est-ce possible ? Quelles sont les conditions nécessaires pour qu’une telle prédiction se réalise ?

On se doute bien qu’une fois que tous les citoyens ont acheté ce qu’ils voulaient, rénové leur maison, acheté un ou deux véhicules, sont passés au travers de cinq versions d’iPhone, la production industrielle va baisser. Par la suite, ce sera au tour des services, voyages, dépôts bancaires, investissements des particuliers et des entreprises. Rien n’interdit, en revanche que ces ralentissements soient seulement provisoires, puis suivis par des reprises qui maintiendront l’économie à un niveau constant durant des décennies. Mais pour entrer dans une récession importante, il faut des suites d’événements plus importants.

Depuis l’arrivée de Trump, on se demande chaque jour ce qu’il pourrait faire pour provoquer l’effondrement de l’économie américaine. Ce sera probablement l’étranglement des finances de l’État. S’il se réalise, son plan de rénovation des infrastructures du pays drainera des sommes considérables dans un système très endetté. Si rien n’interdit de penser que la solidité de l’économie pourrait encaisser les coûts, dans la même foulée, ces dépenses extraordinaires et colossales viendront fouetter une économie qui n’en a pas besoin en ce moment, bien au contraire. La Fed prévoit remonter les taux d’intérêt pour juguler une éventuelle inflation ou la tenir autour de 2% par année, mais des travaux gigantesques pourraient faire monter les taux d’intérêt à des sommets.

Ce jeu sur les taux, déjà critiqué par des économistes, sera très insuffisant pour compenser les effets stimulants du projet et pourrait entraîner une panique financière. Montréal a connu ce genre de conséquences, avec la construction de l’expo, du métro puis des J.O. En 1980, l’inflation grimpait vers de sommets inégalés. À l’époque, un particulier pouvait acheter des « CPG » au taux de 20 % pour cinq ans et le prix des appartements doublait en un ou deux ans !

L’autre problème, c’est que ces dépenses se feront après les fortes réductions d’impôt du gouvernement Trump. Là encore, si des économistes croient à « la fin de l’impôt » qui pourrait éventuellement être compensé par d’autres moyens, il reste que le pays est déjà aux prises avec d’énormes problèmes de financement. En rajouter, comme 200 milliards de droits de douane annoncés aujourd’hui, pourrait achever la reprise, voire provoquer une crise profonde.

Depuis que Trump est arrivé au pouvoir, et contrairement à ce qu’il prétend, la bourse n’a jamais été si volatile et craintive. Non seulement le « marché » n’aime pas ce qu’il fait, mais il ne sait pas ce qu’il va faire, ce qui pour le « marché » est pire que tout. Comme il est peu probable que Trump réalise ce qu’il dit et dédit, les marchés vont continuer de grimper bon an mal an, soutenus par un capital de travail imposant et des entreprises en pleine forme.

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Requiem pour Bombardier

Pendant que le Québec lève la tête pour regarder le doigt dirigé vers la clôture alors qu’en réalité il montre le chemin de la liberté, l’une des pires aventures industrielles canadiennes vient de prendre fin. Cette catastrophe devrait à elle seule justifier que le Québec tente de divorcer une fois de plus de ses 9 conjoints.

L’aventure de la C Series ne date pas d’hier. Son histoire débute en 2004, comme projet, pour se concrétiser avec une décision définitive en 2008, après des hésitations qui ont sans doute absorbé beaucoup d’énergie. Peut-être pourrions-nous voir dans cette date le début du cauchemar.

Dans la plupart des pays, quand une place peut être prise au sein de l’industrie mondiale, dans un domaine de pointe, tout le monde se polarise. Les gouvernements, tous les ouvriers du projet, du mécanicien à l’ingénieur, le bureau de marketing, les publicitaires, les banques travaillent à sa réalisation. Au Canada, le développement de la CSeries n’a été que l’œuvre des employés de Bombardier, d’acharnés et de visionnaires, excluant de multiples directions de l’entreprise qui, même si elles ont installé le projet dans l’entreprise, n’ont pas fait dès le début les efforts nécessaires pour réussir.

Passons sur la saga de la haute direction. On a essayé, chez Bombardier de trouver des dirigeants efficaces tout en gardant la main haute sur l’entreprise et tout en avalisant les décisions les plus invraisemblables de petits chefs de passage. Pour mémoire, je ne citerai que la remarque en français d’un actionnaire anglophone lors d’une assemblée générale : « pourquoi avez-vous engagé un dirigeant qui a mis à terre une grande compagnie d’alimentation ? » Dans la même foulée, en état de panique, Bombardier a largué sa vache à lait, la division récréative, pour éponger les erreurs de planification. Déjà, la CSeries était à l’agonie parce que rien n’avait été prévu pour la financer. Chaque nouvelle direction, toujours éphémère, enfonçait l’entreprise dans la confusion.

Du côté des gouvernements, c’était pire, certainement pas mieux. La division militaire de Bombardier, vendue, ne pourrait certainement pas permettre de financer Bombardier par la bande comme le font tous les pays. On se rappellera les cafetières à 2 millions d’un avionneur américain qui produisait des chasseurs. Ailleurs, c’est comme cela que l’on aide ses entreprises. Pas ici.

On peut faire encore plus. La France produit et vend du militaire et particulièrement des avions, militaires et civils. Quand un président voyage, il devient représentant de commerce. Ce n’est pas toujours joli, mais ça fonctionne, malgré la concurrence.

Quand le monde entier a compris que rien ne serait fait au Canada pour sauver la nouvelle série d’avions de Bombardier, les cœurs se sont mis à battre. C’était à celui qui allait retenir sa respiration le plus longtemps pour faire baisser les prix. La série avait une valeur, ce sont des avions extraordinaires, un projet mené de mains de maître qui aurait été acheté tôt ou tard. Airbus a bien travaillé. Warren Buffet fait une différence entre la valeur et le prix, pas nous. Tout ce qui nous restera, c’est la crainte de nous lancer dans des projets merveilleux – pas seulement politiques, mais aussi industriels – et peut-être, un droit moral que Bombardier pourrait faire valoir pour que l’on conserve le nom de l’avion et que l’on sache que ce n’est pas Airbus qui a produit la machine.

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Le véritable effet Trump

Point n’était besoin d’être un gourou ou Warren Buffet pour craindre les effets des manigances financières du président américain. Pour rappel, l’économie américaine, après une crise que l’on a appelé « financière », mais qui frôlait le grand banditisme, a été purgée de quelques trolls et remontée grâce à l’action combinée de quelques financiers et du président américain Obama. Peu importe le camp dans lequel on se trouve, il y avait, à cette époque un réel danger qui a été jugulé. Les entreprises non-bancaires en danger ont elles-mêmes été soutenues telle General Motors que l’on a surnommée Government Motors.

L’injection de centaines de milliards de dollars dans l’économie américaine a redonné confiance au public et permis aux entreprises de se refaire. L’injection massive de fonds dans le public en général (quantitative easing) a conduit a une reprise très solide depuis 2008. Non seulement l’économie a connu une croissance ininterrompue depuis, mais elle n’a pas connu d’épisodes de folie, de ces bulles financières qui conduisent l’inflation puis l’effondrement des marchés sans contrôle.

Le taux de chômage, qui était proche de 8 % en 2009 est retombé à 4,5 % à la fin du mandat d’Obama. À ce moment, il n’était toujours pas question de bulle financière ou immobilière, tous les acteurs du marché se comportant d’une manière modérée, aidés par la banque centrale et le gouvernement qui avaient mis en place les mesures nécessaires et surtout par l’impression très répandue que cette reprise était fragile. À l’encontre de cette idée, quelques « visionnaires » ont investi soit à la bourse, soit dans des entreprises avec un succès qui se mesure aujourd’hui.

Tout a changé à l’arrivée de Trump et c’était prévisible. Dans l’esprit de ce pedler (le mot anglais semble plus ironique), l’incompétence, le mensonge, l’injection de fausses croyances et l’annonce de quelques mesures fiscales ainsi d’ailleurs que quelques mesures fiscales réelles allaient faire exploser l’économie américaine. Empruntant à Poutine l’expression d’un nationalisme qui met en avant la fierté de devenir le roi du monde-again, Trump a joué au mammouth dans une cristallerie. Depuis ce jeudi 9 février, une certaine panique s’est à nouveau installée.

Plusieurs facteurs s’entremêlent dans la confusion trumpienne. L’augmentation des salaires constatée au début de 2018 était nécessaire à cette fameuse confiance, la foi en une économie qui récompense, mais plus encore inévitable pour que les travailleurs ne passent pas à la concurrence dans un marché de plein emploi. L’effet de ces augmentations est en partie contrebalancé par la sortie du gouvernement du système de santé et de plusieurs institutions de protection des plus démunis. Finalement, elle touchera tous les secteurs de la consommation, pas seulement la construction ou le militaire.

En réalité, le fameux marché et nous devrions plutôt craindre  la série de promesses ou de mesures propres à jeter à terre tout édifice économique.

Les baisses d’impôt viennent donner un coup de fouet à une économie en plein boom qui risque de partir au galop. Les grands projets gouvernementaux votés, semblables à la construction du barrage Hoover après la crise de 29, qui s’ajoute à l’augmentation des dépenses militaires contribueront aussi à ce tsunami, sans oublier cette criminelle permission de tuer la nature pour produire des bénéfices plus élevés et l’abandon de toutes les mesures de contrôle de qualité décrétées par Obama.

A priori, il n’y avait aucune raison pour les marchés boursiers de s’effondrer cette semaine de manière plus rapide encore qu’en 2008 quand les « subprimes » ont fissuré l’économie des États-Unis. Mais c’est certainement un désaveu de la politique réelle et rêvée par le président. Un coup de semonce qu’il n’aura pas entendu mais que d’autres dans son entourage auront enregistré.

Même si, il n’est pas besoin de collectionner les diplômes pour comprendre ce qui se passe. Par bonheur, Trump n’a pas réalisé beaucoup de ses promesses, mais les milliers de milliards qu’il veut dépenser pour les infrastructures sont déjà du même ordre de ce que le gouvernement d’Obama a dépensé pour ramener l’ordre économique en 2008. Pourtant, en 2018, l’économie n’a pas besoin d’être sauvée, seulement comprise.

Le petit président aura du mal à tuer son pays. Chaque mois, encore, même si le rythme a ralenti depuis qu’il est au pouvoir, près de 200 000 nouveaux emplois sont créés. Ces citoyens vont travailler pendant assez longtemps pour alimenter l’industrie, même avec un dollar faible et des déficits records. De quoi rassurer les marchés jusqu’au prochain tweet.

Consulter aussi : https://www.standard.co.uk/comment/comment/who-was-trump-trying-to-kid-with-his-address-to-congress-a3754466.html

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