Trois mois après, va-t-on faire ce que nous aurions dû faire dès le premier jour ?

C’est à dire, des tests, un suivi informatisé, un confinement ciblé et rationnel, des masques, la distance et le lavage des mains. Et encore de l’information et un personnel pour rappeler tout cela, dans la rue, dans les espaces publics. Ce n’est pas de la « défiance » envers « l’autre » ni de la peur, comme on nous le dit à la radio, c’est une mesure de l’intelligence collective et individuelle ! Chez nous, à Montréal, à Paris, à Londres, certaines personnes se rapprochent à 1 mètre ou 2 quand elles ne se collent pas parce qu’elles sont pressées ou plus jeunes. Comme celles qui vous assuraient « qu’elles n’avaient rien » quand elles s’apprêtaient à avoir des relations sexuelles en pleine épidémie de VIH, un virus par ailleurs toujours bien présent et sans vaccin. Agissez comme si vous l’aviez.

Point besoin d’être médecin spécialiste pour comprendre l’évolution d’une pandémie quand nous connaissons l’état des connaissances, les faits et les doutes. Plusieurs épidémiologistes et infectiologues, quelques gouvernements ont établi et pratiqué des mesures qui ont réduit la contamination à presque rien. La Nouvelle-Zélande , Taïwan ont des résultats stupéfiants et c’est ce que prône le docteur Raoult à Marseille. C’est une véritable solution. Les autres propositions ont déjà démontré leur folie. Confiner, mais pas tout le monde, faire tourner un peu des entreprises, en attendant d’avoir des tests, des masques et des comportements qui ne sont jamais arrivés nous a conduit là où nous en sommes.

Les erreurs sont mondialisées. Un stock d’un milliard de masques français a fondu en moins de dix ans sans être renouvelé. Dans le même temps, le gouvernement a aussi autorisé l’élimination de la seule entreprise française capable de produire les bouteilles d’oxygène utilisées dans les hôpitaux et celle d’une autre qui produisait les masques N95. Tout le monde s’est plaint durant des années que la Chine produisait tout, y compris les souvenirs pour les touristes chinois, mais nous leur avons laissé volontairement le monopole de la fabrication de l’essentiel des produits destinés à la santé, molécules, masques, blouses, tout.

Puisque ce qu’il fallait faire n’a été fait qu’à moitié, chaque gouvernement a édicté des procédures scientifico-politiques avec une honnêteté variable. Il y a partout beaucoup trop de contacts, trop de situations dangereuses au point ou les personnels de santé, obligés de servir dans trop de lieux et sans réelle protection ont été eux-mêmes victimes et propagateurs de la maladie. Une réalité horrible, qui suscite la colère et la peine, conséquence de politiques irréfléchies. Nous en sommes encore là.

Une idée bien bizarre, l’immunité de groupe a fait son apparition. Cette notion est normalement associée à la vaccination (il faut tant de % de vaccinés pour réduire le risque de contamination), et ce qui est bizarre, c’est l’utilisation que l’on veut en faire en présence d’un virus en liberté qui tue entre 0,5 % et 1% d’une population, voire beaucoup plus si l’on se fie aux dernières statistiques. Tout d’abord, nous ne connaissons pas les paramètres pour parvenir à une telle immunité et nous en sommes très loin. S’il faut de 70 % à 90 % d’infectés, cela représente entre 5 à 7 millions de malades au Québec. Avec 1/2 % de décès, on imagine l’horreur. On manquera de vieux pour obtenir ce 70 %, ils seront tous morts. Un infectiologue français a parlé d’hécatombe et le professeur Raoult dit que l’éthique ne permet pas d’envisager une telle solution. Tant qu’il restera un réservoir humain du nouveau coronavirus (les réservoirs animaux sont plus exotiques que pour l’influenza), le risque restera grand et l’économie devra toujours subir les inconvénients sanitaires. Mais on peut faire autrement.

Si les Chinois avaient choisi cette solution, ils auraient dû laisser un milliard de citoyens s’infecter et 1/2 % mourir. Jusqu’à aujourd’hui, ils sont parvenus à réduire presque à zéro la contamination.

Début mai, plusieurs pays veulent « déconfiner » leurs citoyens, même si la pandémie est loin d’être terminée. Certains, comme le Québec, ont d’abord avoué leur intention de provoquer une « immunité de groupe », en commençant par les enfants dans l’espoir qu’ils « protégeront » leurs parents et, peut-être, leurs professeurs. On s’est demandé comment, mais le même gouvernement vient de jurer qu’il n’est pas ou plus question de cela suite à une réflexion populaire qui nous incite à penser qu’il est temps que les citoyens puissent s’exprimer dans un cadre institutionnel et autrement que par la représentation.

On sent tout de même les intentions derrière les propos des gouvernements. L’horrible phrase d’un politique français qui n’imaginait pas qu’une femme devienne présidente : « qui va garder les enfants », ressort de la poubelle pour s’appliquer cette fois aux deux parents. Clairement, on va parquer les enfants pour laisser les parents faire tourner les entreprises au plus vite. Un risque calculé dit-on en sortant des statistiques d’un chapeau sans fond qui nous disent que les enfants sont moins dangereux que les adultes à tous points de vue. Un risque réel, parce qu’il y a eu des enfants malades, il y a eu des séquelles, des morts qui ne se seraient pas produites sans la Covid-19. Et il y a aussi des conséquences pour les adultes, professeurs, conducteurs, parents, même quand on nous dit qu’elles seront « moins » grandes.

Subitement, on a découvert les hontes de notre société pour en faire des arguments « sociaux ». Les enfants défavorisés seront les premiers à bénéficier de l’école, les femmes et les enfants battus le seront moins, bref, on redécouvre la misère sans toutefois que l’on exprime la moindre intention de ne pas la remettre là où on ne la voyait pas et, en passant, comme si elle ne se trouvait que dans les « quartiers » comme disent les Français. Qu’est-ce qui va changer ? La reprise de l’économie ? Et après !

La question qui se pose à la veille de ce déconfinement ? Trois mois après le début de l’épidémie, allons-nous devoir faire ce que nous aurions dû faire dès le premier jour ?

Un coup d’œil sur la Nouvelle-Zélande : https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/un-monde-d-avance/la-nouvelle-zelande-a-quasiment-remporte-la-bataille-contre-le-coronavirus_3912391.html

 

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