Une politique malade

Six mois de pandémie ou quelques années ?

Arrivés en France fin janvier, nous avions décidé de ne plus serrer les mains, de ne plus embrasser les amis. Cette même journée du début de ce qui allait être une pandémie, tous les gouvernements, sauf en Asie, assuraient leurs citoyens que rien n’arriverait jusqu’à eux. On connaît la suite. L’Italie implorait les Français de réagir, l’Allemagne, elle, était déjà prête et quelques semaines plus tard, le méchant Boris faisait son Trump en parlant de « grippette »… juste avant de s’infecter piteusement. Au Québec, comme nous le révèle un reportage de Découverte, les médecins savaient aussi dès janvier que nous entrions en pandémie. Le Québec a suivi le même chemin que la France ou l’Espagne ou le Royaume-Uni, a commis les mêmes erreurs.

En février, les milieux hospitaliers français étaient aussi très inquiets. Inquiets de l’attitude de leurs concitoyens reconnus comme ingérables et de l’ampleur du sinistre à venir. La plupart des pays ont eu un mois ou deux devant eux pour commencer à gérer la pandémie. Peu l’ont compris. En Italie, un véritable exode d’une ville vers une autre où se déroulait un match de football a été le point de débordement initial. Plus de 35 000 personnes ont quitté Bergame pour voir le match à Milan le 19 février.
En France, ce sont des réunions qui ont lancé la pandémie, comme ce rassemblement religieux dans l’est du pays, à Mulhouse, du 17 au 24 février. Il est probable que plus de mille personnes ont été contaminées à cette occasion. Si beaucoup étaient asymptomatiques, elles ont pu contaminer un grand nombre de personnes. Plus tard, il y a eu des « messes clandestines » ailleurs, pour « repousser » la maladie, sans grand effet.

Les gouvernements ont ajouté à ces « bombes atomiques » (c’est comme cela que les professionnels ont nommé ces événements) une vision élitiste et paternaliste de la société. Même si la France a décrété un confinement, il ne s’adressait pas à tout le monde et a été créé dans la confusion. Le président français et les régents d’autres pays, n’ont pas cru que les citoyens pouvaient respecter des consignes précises et sévères et ils les ont allégées très vite. Ils n’ont pas confiné les malades parce qu’ils n’avaient pas prévu de tests pour les identifier et ils ont donc confiné presque tout le monde, laissant les malades non testés et plus ou moins symptomatiques contaminer à souhait. Enfin, ils avaient négligé de conserver des stocks de matériel de protection, masques, blouses, ou ils les avaient simplement jetés, malgré les alertes du SRAS en 2003, puis de l’épidémie H1N1 en 2009. Cela était connu de tous les praticiens en santé et transmis aux autorités… qui n’ont pas cru bon d’en prendre note. Les masques, en 2020, sont simplement devenus « inutiles, voire dangereux » selon la porte-parole de l’Élysée et les ministres de la santé en France, et selon le gouvernement du Québec et même l’OMS. Ils n’ont même pas su faire la différence entre l’utilisation d’un masque lors d’une intubation et l’utilisation par des citoyens dans un bureau avec des mesures de distanciation. Quatre mois plus tard, les masques en tissu étaient bénis.
On peut mieux comprendre pourquoi cette pandémie s’est pratiquement arrêtée en quelques mois en Chine, en Nouvelle-Zélande et dans quelques autres pays alors qu’elle reprend sa course ici et en Europe et qu’elle menace très sérieusement la Guadeloupe et de plus en plus de villes et de régions dans le monde.

Il y aura sans doute des comptes à faire sur la gestion de beaucoup de gouvernements, sur l’écoute des praticiens de la santé, sur la décision politique, monopolisée par les chefs d’État, contre les avis des scientifiques et dans la solitude de leur bureau, parfois même contre l’avis de leurs ministres. Il faut aussi mentionner le clientélisme du président français et du gouvernement du Québec parmi beaucoup d’autres, prompts à réprimer violemment des manifestations (Gilets jaunes, étudiants de la dernière décennie, Black lives) tout en laissant béatement des groupes transmettre sciemment un virus en organisant des fêtes ou des spectacles grandioses, sans même évoquer des contrôles sérieux ou des sanctions pénales. Il n’y a en effet plus de place au doute quand on connait depuis quelques mois les conditions qui permettent à coup sûr la transmission du virus. Malgré tout, ces manifestations se produisent librement en défiant les règles sanitaires au prétexte d’une quelconque nécessité de fêter. C’est, au moins, un manque de respect pour celles et ceux qui sont en première ligne, comme ça l’est aussi pour les citoyens et les entreprises qui en souffrent inutilement. C’est surtout une mise en danger de la vie des citoyens.

Une deuxième « vague » ?

L’idée de deuxième vague évoque la circulation d’un micro-organisme qui infecte une population, qui y circule puis disparait pour reparaitre sous une forme différente, comme la grippe. Dans le cas de la Covid, le virus a toujours circulé, il n’a pas disparu et il n’est pas revenu : c’est le même cycle. On évoque des mutations, mais si elles se sont produites, c’est dans la cadre d’une transmission continue dans les mêmes milieux et jamais après un séjour chez des animaux qui servent de réservoir et de culture de virus. Sauf que nous ne savons pas si des réservoirs vont se constituer ailleurs que chez les pangolins et les chauves-souris, ce qui pourrait produire des virus plus explosifs.

Une première remarque : les grandes contaminations de la « première vague » ont d’abord touché une grande proportion de jeunes dans les catégories football et religion, la dernière comportant peut-être plus de personnes plus âgées. Elles ressemblent donc à ce que nous connaissons actuellement, c’est-à-dire une contamination qui touche d’abord des jeunes et s’étend ensuite très rapidement au reste de la société. Le chemin des contaminations pourrait ne pas être différent de ce que l’on a connu au début de la pandémie : aujourd’hui, les maisons de retraite sont une nouvelle fois touchées. Les soignants, même les nouveaux qui viennent d’être formés au Québec se déplacent toujours dans les chambres et répandent la maladie de la même manière qu’en mars. Les agences d’intérim qui fournissent sur demande du personnel pour ces institutions fonctionnent encore comme si rien ne s’était passé dans les CHSLD. A-t-on appris quelque chose de la « première vague » ?

Un seul facteur reste inconnu qui pourrait inciter au laisser-aller : nous ne savons pas encore si le virus est moins offensif et si les personnes contaminées et celles qui possèdent des anticorps datant du SARS ou d’autres coronavirus constituent une barrière contre la maladie, au moins quant à ses conséquences, séquelles et décès. Le président Macron a parié sur cet espoir, mais de la part d’un dirigeant, c’est un pari dangereux, surtout lorsqu’on rapproche cette attitude avec les résultats obtenus par la France et la plupart des pays occidentaux, des résultats nuls ou catastrophiques.

Cette attitude des dirigeants se reflète, évidemment, dans la population. Quand 10, 50 ou 200 personnes décident d’ignorer les règles sanitaires élémentaires en période de pandémie, peut-on laisser faire ? Imaginons qu’un soir, un groupe de 50 personnes décide de prendre la route après une soirée dans un bar en trainant avec eux un taux d’alcool de 0,08 % dans le sang. Nous en sommes là. Après huit mois, les négligences de quelques citoyens sont assimilables à une conduite dangereuse, une négligence criminelle. L’ensemble des mesures  prises pour faire reprendre l’activité économique est compromis par ces comportements. Et faute d’avoir compris que des citoyens bien informés pouvaient accepter des mesures sévères pendant quelques mois, les gouvernants vont les obliger à en suivre pendant plusieurs années.

Quand un président prétend « vivre avec la Covid », il nous dit, en fait, que nous allons vivre longtemps dans une économie en dent de scie, assortie de fermetures d’entreprises et d’écoles, de faillites, de croissance d’une classe de super-pauvres, d’éclosions cycliques de Covid, de confinements partiels ou complets : c’est le monde de demain que nos dirigeants ont inventé.

A propos alaincognard

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Un commentaire pour Une politique malade

  1. gris dit :

    Dans la liste des négligents, il faut ajouter les militaires.
    Je crois avoir lu combien une réunion internationale en Chine a bcp contribué à la pandémie.

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