La politique : vocation ou tremplin ?

Avant même de penser à tripoter les revenus des députés, notre démocratie aurait besoin d’un débat solide sur les professions de la politique, le statut et la rémunération des élus.

Pour une grande partie des politiques, être élu constitue une promotion[1]. De l’avocat pas trop performant au journaliste, nombre d’entre eux entrent dans une carrière qui ne peut qu’être bénéfique, qu’ils la quittent ou qu’ils y restent.

André Boisclair, Jean Charest et Lucien Bouchard du Québec, comme Sarah Palin, Clinton, Blair, Sarkozy gagnent des fortunes comme conférenciers, avocats, lobbyistes depuis que leur mandat est terminé.

Si l’entreprise privée impose des clauses de non-concurrence à un associé et même à un garçon coiffeur qui quitte son patron pour ouvrir son propre salon, les anciens élus ont la possibilité de mettre leur connaissance de l’État et leur carnet d’adresses au service de l’entreprise privée. Ainsi, Catherine Loubier, devenue conseillère du Premier ministre canadien Harper en juillet 2013 a oscillé entre le privé et le public pendant plusieurs années. Vice-présidente d’une firme de « communications et d’affaires publiques » après avoir été conseillère de ministres fédéraux, elle ne pouvait exercer comme lobbyiste sur la scène fédérale, la loi lui imposant un délai de cinq ans. Truc légal, cela ne l’empêchait nullement d’agir auprès d’autres paliers de gouvernement (ville, province), y compris bien sûr dans des domaines (aviation) qui sont du ressort du gouvernement fédéral… qui lui étaient donc, selon la loi, interdits. Puis de revenir à la politique ! Pantouflage ou délit ? Le délit d’initié, interdit dans le privé, est courant, un must, en politique…[2]

Le Huffington post nous rappelle les performances de Lucien Bouchard (gaz et pétrole), André Boisclair (gaz et pétrole), Nathalie Normandeau (mines), Guy Chevrette (forêt), Pierre Corbeil (santé), Denis Duteau (ancien maire d’Anticosti, pétrole). Ces gens-là n’auraient évidemment jamais pu travailler comme lobbyistes ou conférenciers sans un passage au gouvernement, un véritable tremplin pour des carrières lucratives, ce qui peut d’ailleurs, a posteriori, susciter des doutes sur leurs réelles convictions quand ils étaient ministres…

Dans ces conditions, une réalité dans la plupart des pays démocratiques, le projet de loi sur le salaire des députés, même s’il est cautionné par la juge L’Heureux-Dubé, ne parviendra certainement pas à redorer l’image de la politique. Ceux qui en font la promotion répètent à l’envi que les députés et les ministres ne sont pas payés pour ce qu’ils réalisent et le temps qu’ils y consacrent. Mais en même temps, les mêmes nous disent que les 140 000 dollars du nouveau régime équivalent aux 90 000 de la rémunération actuelle et ne constituent donc pas une augmentation…

Nous en doutons. Plusieurs points restent à vérifier, entre autres, comment chiffrer le coût réel de la participation des députés à leur merveilleux régime de retraite, particulièrement s’ils quittent la politique après seulement quelques années.

On nous dit que la fameuse allocation annuelle de dépenses des députés désormais imposable devrait passer de ce fait de 16 000 $ à 31 000 $. Pourtant, nous croyons que les députés auront droit à de nouvelles déductions fiscales qui leur permettront de conserver une bonne partie de ce surplus de 15 000 $. Le même argument vaut pour le « passage » du salaire de 90 000 $ à 140 000 $ au prétexte qu’ils paieront désormais 43% au lieu de 20% de leur cotisation au fabuleux régime de retraite dont ils bénéficieront très longtemps.

Fatalité, grâce à la réforme, les contribuables québécois paieront donc l’impôt fédéral sur l’allocation annuelle, un bon geste envers Ottawa du PQ qui a commandé le rapport en 2013 et de Couillard qui va l’appliquer.

http://www.assnat.qc.ca/fr/abc-assemblee/fonction-depute/indemnites-allocations.html

[1] « C’est pas mal plus cher que ce que je gagnais avant d’entrer en politique, » dira Daniel Breton, ex-député et ministre, parlant de son salaire.

[2] Extrait de : Alain Cognard Misère de la démocratie, L’Harmattan.

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