Quand la politique perd conscience

Christiane Taubira, ex-ministre de la Justice de France, vient de démissionner. Le parcours de madame Taubira est admirable et inspirant. Elle n’a jamais été fidèle – enchaînée- à un dogme, à un parti, parfois avec une certaine douleur ; elle est restée fidèle à l’intelligence et pas seulement à la sienne. Elle a en effet souvent établi ses politiques grâce à des conférences de consensus, une brique de la construction d’une véritable (et future) démocratie et à une compréhension de la nécessité et de l’éthique collectives.

Christiane Taubira est une militante. Son nom est rattaché à la mouvance indépendantiste de la Guyane, à la reconnaissance de la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité, au mariage pour tous, à un projet de révision profonde du système pénal et carcéral, en particulier pour les jeunes contrevenants en passant par la mise en place des moyens nécessaires.

Elle a été sollicitée et chargée de mission par différents partis, même pour Nicolas Sarkozy à qui elle présentera un rapport critique plutôt mal reçu. Ses positions ont toujours dépassé la politique ordinaire en se référant à une recherche philosophique et humaniste qui a été le moteur de son action politique. Sociologue, économiste, ethnologue, diplômée en agroalimentaire mais aussi poétesse, elle a l’extraordinaire capacité d’asseoir son discours politique sur l’art et la littérature autant que sur des bases académiques et scientifiques solides et souvent sur l’humour. Elle n’était – elle n’est – pas seulement la conscience du parti socialiste, elle est, en ces temps de remise en question de la base de la démocratie et de la place des citoyens dans leur société, la conscience de son pays.

Madame Taubira n’a pas démissionné sur un petit désaccord, mais sur un point d’éthique essentiel pour l’avenir de l’esprit de la République. Le Premier ministre, celui qui a sans doute présidé à son départ, a cru bon de dire que les limites de la loi sur la déchéance de la nationalité qu’il va lui-même présenter sont celles des conventions internationales, un bien petit dénominateur commun. Ainsi, de phare que la France a souvent été en matière de droits humains, elle risque de devenir lanterne, tant ses gouvernants, ses politiques, ses lois fuient ce qui autrefois les inspirait

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