Istanbul et les chats

Il y a sûrement autant de désarroi dans les pays nantis que parmi les réfugiés. L’Europe vient de négocier avec la Turquie une entente diabolique selon laquelle pour un réfugié retourné, elle en accepterait un. De la pub d’épicerie, « achetez-en un, le deuxième est gratuit ». Cela sent vraiment mauvais.

La Turquie recevra 6 milliards d’euros pour mettre en œuvre cette atrocité que les États européens ont inventée et elle réclame en plus pour ses citoyens la libre circulation, comme pour mettre le pied dans la porte de l’Europe sans en faire partie et sans en assumer les coûts.

On se demande comment des représentants du peuple, les nôtres, ont pu penser à un tel projet, genre de Traité de Versailles pour les pauvres. On sait que l’Allemagne accueille quelques centaines de milliers de migrants alors que les Français n’en reçoivent que quelques centaines par mois. L’Allemagne veut se retirer d’un guet-apens dans lequel l’Italie et la Grèce sont tombés, les autres États fermant leurs frontières et leur solidarité. Le chef du Royaume-Uni, James Cameron, commandant d’un parti qui ressemble au Titanic, va prier à Bruxelles pour obtenir quelques grâces supplémentaires auprès de l’Europe, par exemple, pour ne pas recevoir de réfugiés. C’est un virus, sorte de victoire de l’extrême-droite qui tétanise les partis traditionnels au point où ces derniers croient conserver leurs électeurs en renonçant ainsi à tous les progrès des deux derniers siècles.

Ce n’est pas une solution. Alors même que l’accord avec la Turquie n’est pas finalisé, les migrants se dirigent vers la Grèce. Ainsi que le soulignent des journalistes du Guardian, ce n’est pas un mur qui arrêtera les flots humains.

Ce qui est tout aussi tragique, c’est que la Turquie alimente sur son propre territoire une guerre contre les Kurdes, par ailleurs alliés des Occidentaux dans leur lutte contre Daesh et d’autres factions diverses. Elle est elle-même une fabrique de révoltés, encore que ces derniers ne la quittent pas encore par centaines de milliers comme les Lybiens et les Syriens le font. Si la Turquie nous achète des armes avec l’argent que nous lui donnons, cela ne tardera pas…

Le vieil adage « si vous ne faites pas partie du problème, vous faites partie de la solution » est caduc puisque désormais tous les participants à la grande tuerie du Moyen-Orient sont à la fois problème et solution, bien que pour cette dernière, personne ne semble empressé d’agir.

Chaque pays croit pouvoir bénéficier de leurs interventions absurdes dans des pays déjà ravagés, mais la réalité, depuis bien longtemps, est à l’opposé. C’est redonner à l’expression « tirer les marrons du feu » le sens que La Fontaine lui avait donné : le chat risquait de se brûler en retirant de la fournaise les marrons… « Pour le profit de quelque roi… »

« Le chat n’était pas content, ce dit-on.

Aussi ne le sont pas la plupart de ces princes

Qui, flattés d’un pareil emploi,

Vont s’échauder en des provinces »

La question : à qui profitent les guerres qui enflamment la planète ? Probablement pas à l’humanité, certainement à personne, même pas au singe du fabuliste.

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