Un nouveau nom pour la barbarie ?

Dans les années 60, les Français et parmi eux, ma mère, comme bien d’autres personnes, imaginaient que l’ingéniosité et le travail des Israéliens allaient transformer le désert, le pays puis la région en un paradis exemplaire.

Nous ne connaissions pas à l’époque les rachats de terres palestiniennes par la diaspora sioniste, bédouins et agriculteurs sédentaires inclus, depuis le début du XXème siècle. Nous n’avions pas vraiment entendu parler de la Nakba – la catastrophe qu’a constitué le partage arbitraire de la Palestine en 1947 puis l’exode des Palestiniens et la destruction de leurs biens. Elle n’était rien d’autre pour nous qu’un dommage collatéral parce qu’Israël devait devenir le modèle du développement humain. Grands chirurgiens, grands ceci et grands cela, pourvu que leurs noms se terminent par « ein » on ne faisait déjà plus la différence entre juif et Israélien, entre Français et Israélien. Même nés en Pologne ou en Allemagne et éduqués en France, ils devenaient de fait des symboles d’Israël. Oubliés aussi, les bandits terroristes qui avaient fait sauter des casernes de l’armée anglaise, des terroristes devenus des héros de la politique israélienne.

Qu’importe, un peuple qui avait autant souffert devait retrouver le destin dont il avait toujours été privé. C’était tout au moins ce que pensaient tous nos contemporains dans les années 60, confortés par l’éducation religieuse. Certains allaient même passer leurs vacances dans des kibboutz…

Soixante-sept ans plus tard, la Nakba est devenue quotidienne pour les Palestiniens. Entraînés dans un rejet viscéral du destin qui leur a été tracé par les nations occidentales et par Israël, les Palestiniens ne pourront jamais exercer leur droit de se défendre et ni celui de revenir chez eux. Ils perdent chaque jour un peu plus de leurs terres, volées par des colonisateurs venus des pays de l’est ou de l’intérieur des frontières de 1947, comme ceux qui achèvent de les évincer de Jérusalem, histoire de mettre la communauté internationale devant un « fait accompli » et faire de la ville une capitale juive. Pour justifier ces spoliations, Israël se présente comme le pays des juifs et non des Israéliens, ce qui l’autoriserait à accueillir un nombre illimité d’étrangers de religion juive tout en niant le droit au retour des Palestiniens qui ont pourtant été chassés des territoires occupés !

Massacrés au nom d’un principe – œil pour œil dent pour dent – autant barbare que biblique, les Palestiniens ont pourtant la force et le rêve de retrouver le pays qui leur a été volé, ou au moins une fraction. Israël n’a ni le talent, ni l’intelligence, pour participer à ce projet et quitter un esprit de vengeance qui attire de plus en plus la planète entière dans une course absurde vers l’absolue paranoïa.

Les Occidentaux, particulièrement les Européens, assument l’humiliation de voir les hôpitaux qu’ils ont financés à coup de millions se faire détruire en même temps que les patients qui s’y faisaient soigner. Le président Hollande, après avoir entonné un « chant d’amour pour Israël », selon sa propre expression, vient de donner huit millions à la Palestine, le prix du silence de la France. Les Américains vendent les armes.

Des anchormen nous infligent des commentaires stupides : « Il y a eu des morts, dans les deux camps », sans jamais préciser qu’il y en a eu 40 côté israélien dont 90% de militaires et 1300 côté Palestinien dont 95 % de civils. Les chefs d’état s’indignent vite quand trois Israéliens sont tués et restent de glace quand il s’agit de massacres de femmes et d’enfants palestiniens. Les journalistes de terrain sont les seuls à nous décrire le carnage.

Cet extraordinaire addition d’incompétences, de lâcheté, d’agressivité et de sadisme a une autre conséquence : la haine. Si des citoyens lointains peuvent accepter de ne rien voir ou si peu de choses, il est impossible de penser que ceux qui sont touchés de près ou parce qu’ils partagent une même condition ethnique ne sortiront pas des limites étroites que nos sociétés hyperprotégées se sont données en termes d’indignation. La colère des Palestiniens et de ceux qui compatissent ne pourra pas toujours être contenue comme elle l’est à Gaza et, de fait, ne l’a jamais été que par des mesures extrêmes, des fouilles, des écoutes généralisées, des interdictions et de la censure pratiquées dans tous les pays.

Que pouvons-nous faire ? D’abord relire l’histoire, puis exiger des politiques qu’ils cessent d’alimenter la folie d’Israël qui exacerbe celle d’extrêmistes religieux des deux côtés. Parler de la sécurité d’Israël sans parler de celle, tout aussi légitime et nécessaire, des Palestiniens et des autres peuples de la région est une erreur qui dure maintenant depuis un siècle.

http://blog.mondediplo.net/2014-07-23-Qui-seme-le-vent-recolte-la-tempete
http://www.monde-diplomatique.fr/recherche?s=%40auteurs+Dominique+Vidal

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Un commentaire pour Un nouveau nom pour la barbarie ?

  1. Julie Sigouin dit :

    Très touchant cet article Alain. Il résume bien la situation et met en évidence l’injustice des mesures politiques mondiales, notre participation passive à celles-ci et les conséquences qui seront certainement néfastes pour tout le monde

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