Écosse, québec, même combat.

Dans quelques semaines, les Écossais choisiront entre l’indépendance et le statu quo au sein du Royaume-Uni. Pourtant, aucune information sérieuse ne parvient au « reste du Royaume-Uni » et tous les commentaires que l’on entend montrent la misère du débat politique.

Il est très difficile de trouver un journal écossais à Londres. Il semble aussi qu’il soit tout aussi difficile d’y trouver quelques représentants du pouvoir capables de réfléchir. Comme si des gens habituellement intelligents perdaient une partie de leurs facultés rien qu’en pensant à l’Écosse. Pourtant, l’Écosse n’a pas menacé le reste du Royaume de ne plus lui vendre son whisky en cas de séparation. Pourquoi alors ces cerveaux de la politique anglaise ont-ils tous l’air d’en avoir abusé ? Sauf un journaliste, tout de même, qui a parlé de « Marché commun » avec une Écosse indépendante.

Plusieurs contestent même la légitimité du choix de la population. Le peuple est idiot nous disent-ils, comme nos libéraux d’ici : le peuple ne désire l’indépendance que parce qu’un gouvernement indépendantiste est au pouvoir. Avec des fédéralistes au pouvoir, le projet d’indépendance va disparaître. Des petits historiens qui n’ont pas remarqué la soif d’indépendance de leurs anciennes colonies et la nécessité pour certaines provinces de se donner le pouvoir de faire mieux que rester à la remorque d’une mère-nation qui les ignore. En 1945, une soixantaine de pays formaient le monde. En 1994, 184. La démocratie, que l’on dit parfois inventée en Angleterre, du moins en partie, disparaît quand on prétend l’exercer, semble-t-il.

Comme dans le divorce, les grands principes ne tiennent plus quand ils touchent ceux qui hier s’en réclamaient. N’est-ce pas le Général de Gaulle qui parlait « de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes » ?

Vous vous rappellerez sans doute la déclaration de Claude Garcia président de la Standard Life Québec et membre du CA de l’UQÀM. Il voulait « écraser » les tenants du oui. Devinez qui, 19 ans plus tard croit devoir menacer la population écossaise ? Standard Life-Écosse là où se trouve son siège social. L’entreprise, si le oui gagnait, déménagerait son siège en Angleterre.

En politique, aujourd’hui, la démocratie n’a plus cours, même pas son esprit. Ainsi, David Bowie a cru bon de lancer un cri d’amour, « Écosse, reste avec nous », comme si l’Écosse allait disparaître au lendemain de l’indépendance. Mick Jagger a, lui aussi, pensé que sa voix devait compter. Madame Rowling, mère d’Harry Potter, a donné plus d’un million de livres (sterling) au camp du non, rejouant là le volet « argent » évoqué par l’admirable Jacques Parizeau dans son testament politique.

Pourquoi, en effet, des « élites » en musique, littérature pour enfants ou en assurance devraient-ils se poser en experts ? Certes, au cours de débats publics – s’il en existait de tels – l’opinion d’experts en économie, en écologie, en exclusion, en exploitation pétrolière pourraient donner des avis intéressants, mais c’est au seul peuple Écossais de décider de ce projet de société.

Politiques, Premier ministre, députés se sont mis à plagier le Canada anglais de 1995 en menaçant l’Écosse de toutes les plaies. Séparation définitive, plus de pétrole de mer du nord (les Écossais seraient incapables de l’exploiter), plus de monnaie, plus de tableaux dans les musées écossais, plus de BBC qui a déclaré que les Écossais ne pourraient plus recevoir certaines émissions. Elle couperait les câbles, brouillerait les ondes, même, au besoin, pour priver les Scots des émissions d’Attenborough ? Quels mauvais commerçants !

Le pétrole de la mer du Nord leur serait retiré ? Difficile de déménager des trous, mais la menace en a été faite. De toute façon, les Écossais n’auraient pas les compétences ni les fonds pour forer les puits… ce à quoi un Écossais formé à l’humour british a répondu qu’il demanderait les conseils de la Norvège, plus proche d’elle que l’Angleterre.

Plus de rien, comme si l’Angleterre avait déjà décidé de voler les siècles d’impôts payés par les Écossais qui ont construit le Royaume-Uni, la BBC, la Monnaie Royale, financé les guerres d’Irak, les dommages des années Thatcher ou qui ont simplement entretenu la Reine. Encore récemment, des Anglais voulaient interdire l’usage de la livre par une Écosse libre. Pourtant, n’importe qui peut utiliser la monnaie qu’il choisit. Le Panama utilise des dollars américains, et nous-mêmes pourrions-nous échanger des roubles ou des renmibi si le cœur nous le disait (et s’il était bien accroché, quand même). Les Écossais, qui savent qu’ils partageraient avec le reste du Royaume sa royale dette, menacent de renoncer à ce royal privilège si on l’empêchait d’utiliser la livre par la force. Le Canadien Mark Carney voudrait bien continuer de contrôler les taux d’intérêt, les emprunts, les déficits et tout, quoi, dans une Écosse indépendante. Comme si de rien n’était.

David (Bowie et Cameron) auraient dû depuis longtemps poser la question dans l’autre sens, à l’endroit. Pourquoi les Écossais ne sont-ils pas tous satisfaits de l’alliance avec le Royaume-Uni ? Et même s’ils l’étaient, l’idée de démocratie exigerait tout de même que chacun des peuples constituant une alliance, un pays, une entité, puisse en sortir quand elle le veut. C’est toujours le seul moyen de parvenir à une véritable entente.

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