Honte et légitimité

Le sociologue Georges Lapassade a dénoncé durant des décennies l’incurie de l’Europe à la source de l’énorme carnage qui se déroule en Méditerrannée Il a aussi montré la solitude des Italiens. Durant toutes ces années, l’Italie a dû faire face aux conséquences des errements politiques : Albanie, Yougoslavie, Bulgarie, Lybie, Afrique. Depuis le début, l’Italie est seule. Elle reçoit les échappés, les déportés, tous ces malheureux qui flottent sur des coquilles de noix pour fuir les stupidités des gouvernants, de tous les gouvernants, là-bas et ici-même, qu’ils soient dictateurs, complices des dictateurs, simplement incompétents et inhumains et plus souvent les deux ou les trois à la fois.

C’est aussi l’une des conséquences des politiques hypersécuritaires mises en œuvre par tous les gouvernements. De Moscou à New York, on ne passe plus les frontières avec une paire de ciseaux, du moins quand on est touriste, puisque soldats, pots de vin, canons, chars et munitions voyagent librement.

Face à ces blocages « sécuritaires », il n’y a pas d’autre solution, d’autre espoir devrions-nous dire, que l’escalade et c’est bien ce qui s’est passé dans le monde durant ces mêmes décennies. Escalade dans la corruption et les ventes d’armes, escalade dans l’efficacité des factions politiques, escalade dans l’horreur. Pour nous, il n’y a pas de différence entre les morts de l’E.I. et ceux de Méditerranée. Ils sont la conséquence de notre incapacité – notre manque de détermination aussi – à comprendre et régler les rapports équitables entre les peuples. Cette folie politique dessine chaque jour un avenir encore plus horrible que le précédent et, on s’en rapproche, de tout ce que nous avons connu au vingtième siècle.

Ce qui distingue les Italiens, c’est leur refus viscéral de cet état de fait, le parti pris et la conscience que leur travail de récupération des désespérés s’inscrit dans un projet planétaire impérieux. Ils sont pratiquement les seuls à rester les yeux ouverts devant ces macabres entreprises et à en assumer les conséquences. Pour les autres, ce seront des murs, des avions, des infrarouges, des satellites et du silence. L’Italie n’en peut plus. Malgré tout, ils restent, comme la plupart d’entre nous quand nous sommes directement confrontés à des urgences humanitaires, toujours sensibles et militants. Pour mémoire, en France par exemple, il est interdit d’aider un immigrant « illégal ». Les citoyens qui leur apportaient un repas ont été arrêtés…

Nous avons, en Occident seulement, une immense richesse et une immense société capable de secourir puis recevoir ces migrants. L’Europe, les États-Unis et le Canada peuvent les accueillir. Pourtant, tout ce que nos gouvernements consentent à fournir, ce sont encore des avions et des bateaux, pour empêcher ou réduire, croient-ils, le nombre de coquilles de noix. C’est nous, les citoyens, les électeurs qui payons pour cela. Et les milliers qui ne survivent pas.

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