Qu’avons-nous fait ?

Un documentaire du réalisateur Olivier Toscer (http://www.france3.fr/emission/la-crise-grecque-une-faillite-europeenne) présenté à France 3 le 20 mars devrait faire tomber le taux de participation aux élections près de chez vous au niveau de celui des élections scolaires québécoises, soit environ 8 %.

Le documentaire décrit le B.A. BA de la politique européenne : la manipulation de la comptabilité nationale – en Grèce mais aussi en France – qui consistait à faire sortir des dépenses le budget de l’armée ou encore, scinder une entreprise d’État pour faire supporter les pertes par une nouvelle entité « hors comptabilité », du Enron quoi. La Grèce, jouant d’un lien avec le président français Giscard et avec son emportement à laisser un héritage, échangeait son vote pour l’admission de l’Espagne ou du Portugal contre des subventions. Les autres pays pratiquaient aussi de sinistres trocs, une vraie foire politique. Surtout, tous affichaient la certitude que cette corruption n’aurait pas de conséquences. Pour eux, la corruption est un moyen de « faire » : nous, « on opère », on agit.

Pratiquement tous les politiques européens, ministres, présidents et directeurs des grandes institutions ont pataugé dans ce long scandale financier et politique. Tous savaient depuis le début des années 2000 que les chiffres grecs étaient trafiqués, et l’on disait dans les couloirs qu’un pays ne collectant pas ses impôts ne pouvait être fiable… mais cela ne semblait déranger personne. Le reportage nous montre un joyeux mélange de corruption, d’aveuglement volontaire, de fraude, organisé aux plus hauts niveaux des institutions européennes et des États membres. Quant à l’Allemagne, elle a habilement cessé de payer ses dettes envers la Grèce après 1990 . Et aujourd’hui, l’Europe se retrouve avec ce qu’elle appelle un problème grec.

Revenons à nos moutons, c’est-à-dire les électeurs, particulièrement ceux du Québec qui ont élu un des pires gouvernements de son histoire.

Le Devoir a posé la question : quelles sont les intentions qui sous-tendent la réduction des dépenses, l’austérité comme on la nomme ? La réponse nous est arrivée très vite : baisser les impôts. Il ne s’agit plus de rééquilibrer le budget, mais bien d’assécher le projet de société des Québécois, un projet clairement remis en question à chaque coupure. « La société n’existe pas », disait Thatcher. Pour elle, il n’y avait que des individus et des familles arpentant leur propre destinée, celle de riche, de pauvre, d’exploité, d’abandonné. Pour Couillard ou Barrette, il n’y a que des Bédouins et des princes.

Pour baisser les impôts, point besoin de se priver des primes, des rénovations de bureaux, ou d’augmentations de salaire, ce ne sont que cacahuètes. En gelant les budgets de la santé, du social et de l’éducation, les sommes « dégagées » sont plus consistantes. Garderies, bibliothèques, avortement, universités, collèges et écoles, attendront et pourront ainsi financer rubis sur l’ongle et queue entre les jambes les élucubrations libérales de l’équipe Couillard. On reportera les conséquences de ces actes à plus tard, quand on aura oublié le massacre budgétaire. C’est tout « l’intérêt » d’attaquer l’école la santé et surtout ce « social » qui englobe syndicats et offices de régulation, – là où le progrès réside – cela ne se voit pas tout de suite… Les gouvernements s’arrangent pour que les plus atteints croient que ceux qui ont conquis ces progrès sont les responsables de leur régression. Étudiants, syndiqués, immigrés, sont les boucs (émissaires) de nos moutons.

Couillard dirige comme Poutine : à coup de ballons d’essai très gonflés. Taxer les immeubles près du métro, couper dans la vulgarisation scientifique, dans l’écologie (espèces en péril, espèces envahissantes…), dans l’immigration qualifiée (au moment où le Québec manque de ces compétences), vendre du terrain à pipeline et de la ressource naturelle comme ce bon vieux Duplessis, la liste est longue et nous la connaissons tous : il suffit de lire Le Devoir, d’écouter Le Bigot et d’entendre la population.

Après avoir exprimé brièvement le besoin de sortir d’une période de pillage de la richesse publique, des électeurs (en réalité une toute petite minorité d’électeurs si l’on tient compte de tous ceux qui n’ont pas voté pour ce gouvernement et de ceux qui ne votent pas) nous ont fait replonger dans ces abattoirs de la démocratie.

Quel rapport avec la Grèce ? La preuve, s’il était encore nécessaire de la faire, que le système démocratique de représentation est désuet et dangereux. Nos sociétés sont trop développées et les citoyens trop conscients des avancées qu’ils jugent nécessaires pour supporter les expérimentations de vendeurs de solutions que sont les politiques et les marchands, ceux-là mêmes que Gaston Miron appelait « des pedlers ».

Les quinze années de complaisance frauduleuse des chefs d’États européens ont provoqué la plus importante crise financière de la nouvelle Europe. Certains dommages causés à l’économie grecque sont irréversibles. Les politiques nous parlent de crise, nous parlons de pillage, de vol et d’un peu d’incompétence. Il y a beaucoup d’argent dans nos pays et les travailleurs n’ont jamais été aussi performants, productifs et éduqués. En France, la seule fraude fiscale pourrait combler largement les déficits de la sécurité sociale et des retraites. Ce n’est pas différent au Québec et au Canada. Et puis, foi de comparaison, Le Figaro du 27 mars déplore que le gouvernement français coupe les subventions…aux conservatoires. Vous vous demandez à quoi servent les visites officielles, Davos ou le G20 ?

Une démocratie a besoin du peuple, pas d’apprentis sorciers ni de matons. Il faut les virer sans aucune peur. Il n’y a aucun risque. Sur le strict plan financier, Couillard a tout faux, sauf peut-être en ce qui a trait à sa carrière. Sur le plan du progrès social, nous sommes en grande régression.

Aujourd’hui, les ressources intellectuelles, pratiques, honnêtes se trouvent chez les citoyens, pas chez les personnages politiques. Nous avons les moyens de créer de nouvelles institutions pour permettre aux citoyens de débattre et décider des grandes questions. L’appareil d’État retrouverait son rôle de catalyseur des énergies citoyennes. Actuellement, aucune décision politique n’est prise avec plus de 20 % d’assentiment populaire. Abstention, découragement, délinquance, course à la richesse ont corrompu la recherche fondamentale du progrès, l’essence même de la vie en société, celle qui nous porte.

Le Québec est riche de ses citoyens, de ses ressources, de ses entreprises, d’une certaine société de consensus qui a permis l’extraordinaire Révolution tranquille. Il n’a pas de raisons d’avoir peur de son avenir, sauf de celui que son gouvernement est en train de lui préparer.

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