Les Rétrokeynésiens

Pour le gouvernement, comme pour l’Institut du Québec, qui vient de publier un rapport justifiant les politiques gouvernementales, tout va pour le mieux. Le Premier ministre et son équipe multiplient leurs analyses et les lois qui en découlent. Les femmes sont égales aux hommes, donc plus besoin d’un système de garderies à prix fixe, ni de dispositions du Code civil pour les protéger en cas de séparation, et même plus besoin d’aide à l’emploi (le budget a été divisé par deux), ce qui va contribuer à l’équilibre budgétaire.

Avec un raisonnement du même type, le rapport de l’Institut nous assure que l’économie québécoise est prête pour le déficit zéro. La politique d’austérité est donc nécessaire. Si nous n’équilibrons pas le budget aujourd’hui, quand allons-nous le faire ? demande-il.

Mais voilà, l’égalité entre les femmes et les hommes est loin d’être chose faite. Bien au contraire, l’actualité nous apprend chaque jour que les acquis disparaissent et que les progrès se font attendre, en particulier dans le domaine du travail et des salaires.

Sur le plan de l’économie, nous parvenons à peine à respirer après le désastre de 2008. D’ailleurs, le même Institut du Québec atteste que les politiques du gouvernement ont pénalisé  l’économie québécoise de 0,5 % à 1 %. Nous entrons probablement dans un cycle économique long avec une croissance lente, et les risques de récession sont bien présents. Rien ne presse et il faut se concentrer sur la relance de l’économie, pas sur son ralentissement.

Dire qu’il faut renflouer les coffres (en engrangeant de plus grands revenus) en période faste, c’est la théorie de Keynes. Ce que dit la théorie keynésienne, ce n’est pas, comme semble le penser l’illustre institut, de diminuer les dépenses en période faste et les augmenter en période de crise, mais plutôt d’investir massivement en période de ralentissement économique, dans le renouvellement des infrastructures, par exemple, la réparation de ponts, le sauvetage d’une industrie en péril…ce que, visiblement, nous n’avons pas fait au Québec ni au Canada.

L’Institut du Québec semble confondre le remboursement de la dette avec les coupures dans les dépenses courantes. Le moyen de rembourser sa dette, c’est d’augmenter ses revenus. Diminuer ses dépenses pourrait avoir un sens si cette réduction n’allait pas ralentir l’économie, et donc les revenus de l’État. En quoi réduire le budget des organismes d’aide à l’emploi des femmes peut-il constituer une solution ?

Ce n’est pas tout : les mêmes Libéraux, tout comme les Conservateurs, n’ont pas su appliquer le concept durant les dernières crises : ils ont dépensé en période faste, gonflant les coûts en accroissant une demande alors en feu. Le cas d’école, c’est la période métro-Expo-Jeux Olympiques qui a fait exploser les coûts et la corruption. En période de crise, seuls les États-Unis ont su réinjecter de l’argent dans les secteurs fragiles. En fait, ils ont renfloué l’économie mondiale.

Enfin, aucune politique économique ne peut avoir de sens si elle n’est qu’un concept aérien, sans lien avec un projet social. Et il est particulièrement difficile de trouver une quelconque orientation dans le projet du gouvernement Couillard, qui d’ailleurs n’a jamais prétendu qu’il en avait un. Moins d’impôt, plus de taxes, ce n’est pas de la philosophie ou de la sociologie, même pas de la politique. Et ce n’est pas le Québec que nous voulons bâtir.

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