L’incompétence uber alles

M.Couillard, tout joyeux et se voulant opportuniste, a assimilé Uber à l’économie du partage. Cette confusion entre l’ultra-capitalisme d’Uber et cette nouvelle économie montre bien que le Premier ministre ne comprendra jamais rien à l’économie et encore moins au partage.

Si un groupe de citoyens avait créé une entreprise de taxi de type coopérative en rémunérant convenablement les chauffeurs, en exigeant qu’ils soient compétents, qu’ils souscrivent une assurance suffisante et partagent les profits tout en payant des impôts, il y aurait là de la belle économie du partage. Il existe une telle coopérative, mais elle a le malheur d’opérer dans le système actuel…

Uber partage avec l’industrie du taxi une certaine réalité qui frise parfois à l’esclavage. Les chauffeurs se sont toujours battus dans le passé, par exemple contre Murray Hill, qui avait le monopole lucratif de desserte de l’aéroport et depuis, il n’y a pas eu de progrès. Le taxi donne du travail aux étudiants, aux immigrants, une « deuxième job » à des salariés déjà sous payés dans leur premier emploi et nous avons accepté cette situation de misère durant des décennies. Revenus minables, horaires de misère, le taxi, comme le disait Germain Archambault dans Parti-pris, est un métier de crève-faim. Si, aujourd’hui, on n’accepte pas les cartes de crédit, c’est, entre autres, parce que les chauffeurs doivent attendre souvent une semaine avant d’encaisser le montant des courses, mais payent leurs dépenses au jour le jour. Le système est désuet, mal géré et les gouvernements successifs n’ont rien fait, sauf instaurer un système de permis coûteux.

Uber a fait son nid là-dessus et aussi sur la course aux bas prix à laquelle le public participe béatement dans trop de domaines. Pourquoi, à ce compte, ne pas permettre à des minières de déplacer des chômeurs dans « le plan nord » pour y extraire le minerai à bon compte ? Sebastiao Salgado ferait de belles photos.

Espérons qu’Uber aura au moins suscité l’envie de faire de l’industrie du taxi un élément de l’équation écologique. Mieux structurée, mieux gérée (on pourrait imaginer un certain nombre de taxis « réservistes » pour les journées de forte demande plutôt que de décupler les tarifs comme le fait Uber), elle pourrait faire diminuer la circulation de voitures particulières dans les villes et contribuer à l’économie grâce aux salaires et aux impôts perçus. Il faudra faire vite, cependant, avant que le taxi disparaisse complètement, remplacé par les pousse-pousse technologiques d’Uber, images d’un néo-colonialisme financier.

 

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Un commentaire pour L’incompétence uber alles

  1. Christiane Cadieux dit :

    Merci! Toujours aussi rigoureux…

    Envoyé de mon iPhone

    >

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