Les raisons de la colère.

Pour une société sans chef.

Qu’est-ce que les Gilets jaunes nous disent ? Bien sûr, ils nous disent tout ce que nous entendons, la pauvreté, même de ceux qui travaillent, qui gagnent 900 euros par mois. Ils nous parlent de l’arrogance des politiciens. Même un député de Macron a dit que sa mère ne gagnait que 700 euros par mois et la réponse d’une Gilets jaune fut cinglante : « votre mère vit avec 700 euros par mois et vous n’êtes pas Gilet jaune ? »

Nous entendons aussi les privilèges, ceux des multinationales, pas Google ou Netflix seulement, mais aussi Total, française qui a, enfin, un peu contribué « volontairement » au fisc à cause de l’indignation causée par sa virginité fiscale ; ceux des très riches qui ne paient plus l’Impôt sur la fortune boursière et bancaire sous le faux prétexte que leurs millions d’actions de Coca ou Carrefour sont de « l’investissement » et non pas l’accumulation de capital.

Les Gilets jaunes n’ont pas de chefs, pas de leaders. Quel bel aphorisme politique ! C’est le non-dit du mouvement de la protestation. Un non-dit si évident. Bien sûr qu’ils n’ont pas de chef, c’est même l’essence de leur colère, de leur rejet de notre démocratie. Parmi tous les chefs que nous connaissons, politiques, syndicaux, entrepreneurs, dirigeants, lobbyistes, aucun ne s’est encore réveillé. Les Gilets jaunes n’ont pas besoin d’être représentés, ils sont là, sur le terrain comme disent les sociologues, ils parlent, ils décrivent la société qu’ils veulent : paix, partage, justice, égalité. Et qu’on ne leur raconte pas qu’augmenter le prix de l’essence et la désindexation de leurs retraite c’est de l’écologie.

Mais la démocratie de représentation n’est pas équipée pour comprendre ce langage. Comme elle ne l’est pas plus pour comprendre celui des femmes qui subissent les violences, ou celui des Premières Nations. La politique ne capte pas. Et quand bien même elle capterait, elle n’a pas de mécanisme pour mettre en place la société imaginée par le peuple. Elle n’y croit pas non plus, elle est incapable de refonder la justice, elle est profondément inégalitaire, elle est une machine à trier, à exclure. Les institutions politiques et ceux qui y pataugent pensent encore au ruissellement, à la richesse, à la production, à une économie pour le peu pour cent, et elles appliquent leur solution. Comme ce Macron qui nous sortirait de « 40 années de malaise ». Il se croit Jésus, Marx et Poutine à la fois, pardon, « en même temps ».

On dira encore que le peuple n’a pas la compétence pour se « diriger » lui-même. On a dit cela des femmes, des Premières Nations, on se répète. Mais pourtant, on connait déjà des mouvements qui sont capables. Des entreprises, des coopératives, des manifestations (un million de citoyens dans la rue, sans incident, c’est devenu courant), des pays (Scandinavie) construisent l’utopie. Les possibilités immédiates d’autogestion et de démocratie directe existent. En Finlande, le ministère de l’éducation assiste les écoles gérées par le milieu, éducateurs et parents, plutôt que de les mettre au pas comme partout ailleurs.

Il faut donc créer des institutions pour l’expression politique du peuple, mais aussi pour la définir, la polir, en débattre et en faire de la décision. La démocratie réelle est dynamique, elle est un apprentissage et a besoin d’un temps alloué aux citoyens pour exister, comme on alloue du temps pour se soigner, se reposer, prendre des vacances ou parler avec les patrons. Il existe bien des moyens de décider en commun.  Parmi ceux là, les conférences de citoyens, appelés aussi conférences de consensus, qui permettent une réflexion poussée sur des problèmes particuliers avec des experts indépendants. Les taux de consensus sont imposant, 70%-80%. Christiane Taubira, ministre de la Justice de France fonctionnait ainsi.

La question qui se pose est celle de la transition entre la démocratie de représentation et la démocratie du peuple. Non pas par des pirouettes électorales, des proportionnelles, de « participative », de mirages et de miracles, mais par la mise en place des institutions nécessaires, par la création de protocoles de décision, par l’instauration d’un système de mandataires responsables chargés de porter d’une instance populaire à une autre, exécutive, toutes les décisions prises en bas.

La démocratie de représentation, celle qui a fait sortir les Gilets jaunes, c’est une concurrence entre idéologues capitalistes et guides du peuple, entre des groupes qui pensent savoir organiser la société avec une arrière pensée de supériorité et de certitude. Chaque parti politique prétend faire valoir une idéologie, en fait adossée à des pouvoirs économiques considérables, pétrole, atome, matières premières ou simplement issue de tours d’ivoire, de messies, d’enchanteurs ou de simples arnaqueurs. C’est un système dépassé. Quand on parle de dictature des minorités…

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