La méthode Parizeau

Le gouvernement Tsipras vient de découvrir la méthode Parizeau. Que faire lorsqu’on a en face de soi une cohorte de gens un peu bornés, qui se sentent honteux de leur politique des 20 (ou des 150) dernières années (depuis l’entrée de la Grèce dans l’Europe) et qui veulent imposer leur loi sans même en référer aux peuples qu’ils sont censés « diriger ».

La réponse : négocier fermement. Si la dette grecque est lourde (mais très comparable à celle d’autres pays d’Europe) par rapport à son PNB, elle reste gérable et remboursable. Internet regorge de sites qui ont fait les calculs : dette divisée par le nombre d’habitants. Ce n’est pas tant par son ampleur qu’elle dérange, mais bien par rapport à son PIB, largement insuffisant pour un pays comme la Grèce. Il n’était pas nécessaire d’imposer des mesures aussi drastiques (et surtout qu’elles soient imposées de très haut sans recours aux débats démocratiques qui auraient pu se tenir depuis des décennies…). Précisément, l’intérêt de l’Union européenne réside dans le pouvoir de protéger ses membres contre les effets pervers de l’économie, en l’occurrence des hauts taux d’intérêt et du manque de liquidités. La Grèce a sans doute une très bonne idée de la conduite à tenir, tout autant que M. Junker, issus du pays-phare de l’évasion fiscale européenne. L’Italie, en son temps, avait assaini sa fiscalité en contraignant les commerçants à émettre des factures. À l’arrière de ces bouts de papier, des coupons-rabais incitaient les clients à exiger leur bon de caisse…

La Grèce a d’autres ressources. L’une d’elles, c’est sans doute les Grecs eux-mêmes qui en ont assez des inégalités, des planqués fiscaux, des magouilles, des médecins déshippocratisés à qui il faut refiler des bakchichs et probablement de tous ces chefs d’États européens qui ont soit fermé les yeux, soit repris les recettes comptables de la Grèce pour présenter, comme eux, des budgets « équilibrés ».

http://www.challenges.fr/economie/20140509.CHA3601/le-classement-qui-rassure-un-peu-sur-la-dette-publique-de-la-france.html

Jacques Parizeau avait raison sur la négociation : ne pas avoir peur du théâtre de l’adversaire, et il avait aussi raison sur la démonisation de la dette.

Bien malin, parmi les négociateurs européens, celui qui engagera le Grexit, la sortie de la Grèce de la zone euro et de l’Europe. D’une part, la dette grecque ne vaudra, du coup, plus un kopeck une fois reconvertie en drachme dévaluée et elle deviendra impayable. D’autre part, les Européens auront à leur porte, un autre pays affaibli, ce qui va exactement à l’encontre de la construction européenne. Il faudra, un jour, que l’Europe devance le reste du monde, qu’elle comprenne l’Italie et ses réfugiés, La Roumanie et son passé, la Grèce, la solidarité et la démocratie. Et la philosophie…grecque.

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Les Rétrokeynésiens

Pour le gouvernement, comme pour l’Institut du Québec, qui vient de publier un rapport justifiant les politiques gouvernementales, tout va pour le mieux. Le Premier ministre et son équipe multiplient leurs analyses et les lois qui en découlent. Les femmes sont égales aux hommes, donc plus besoin d’un système de garderies à prix fixe, ni de dispositions du Code civil pour les protéger en cas de séparation, et même plus besoin d’aide à l’emploi (le budget a été divisé par deux), ce qui va contribuer à l’équilibre budgétaire.

Avec un raisonnement du même type, le rapport de l’Institut nous assure que l’économie québécoise est prête pour le déficit zéro. La politique d’austérité est donc nécessaire. Si nous n’équilibrons pas le budget aujourd’hui, quand allons-nous le faire ? demande-il.

Mais voilà, l’égalité entre les femmes et les hommes est loin d’être chose faite. Bien au contraire, l’actualité nous apprend chaque jour que les acquis disparaissent et que les progrès se font attendre, en particulier dans le domaine du travail et des salaires.

Sur le plan de l’économie, nous parvenons à peine à respirer après le désastre de 2008. D’ailleurs, le même Institut du Québec atteste que les politiques du gouvernement ont pénalisé  l’économie québécoise de 0,5 % à 1 %. Nous entrons probablement dans un cycle économique long avec une croissance lente, et les risques de récession sont bien présents. Rien ne presse et il faut se concentrer sur la relance de l’économie, pas sur son ralentissement.

Dire qu’il faut renflouer les coffres (en engrangeant de plus grands revenus) en période faste, c’est la théorie de Keynes. Ce que dit la théorie keynésienne, ce n’est pas, comme semble le penser l’illustre institut, de diminuer les dépenses en période faste et les augmenter en période de crise, mais plutôt d’investir massivement en période de ralentissement économique, dans le renouvellement des infrastructures, par exemple, la réparation de ponts, le sauvetage d’une industrie en péril…ce que, visiblement, nous n’avons pas fait au Québec ni au Canada.

L’Institut du Québec semble confondre le remboursement de la dette avec les coupures dans les dépenses courantes. Le moyen de rembourser sa dette, c’est d’augmenter ses revenus. Diminuer ses dépenses pourrait avoir un sens si cette réduction n’allait pas ralentir l’économie, et donc les revenus de l’État. En quoi réduire le budget des organismes d’aide à l’emploi des femmes peut-il constituer une solution ?

Ce n’est pas tout : les mêmes Libéraux, tout comme les Conservateurs, n’ont pas su appliquer le concept durant les dernières crises : ils ont dépensé en période faste, gonflant les coûts en accroissant une demande alors en feu. Le cas d’école, c’est la période métro-Expo-Jeux Olympiques qui a fait exploser les coûts et la corruption. En période de crise, seuls les États-Unis ont su réinjecter de l’argent dans les secteurs fragiles. En fait, ils ont renfloué l’économie mondiale.

Enfin, aucune politique économique ne peut avoir de sens si elle n’est qu’un concept aérien, sans lien avec un projet social. Et il est particulièrement difficile de trouver une quelconque orientation dans le projet du gouvernement Couillard, qui d’ailleurs n’a jamais prétendu qu’il en avait un. Moins d’impôt, plus de taxes, ce n’est pas de la philosophie ou de la sociologie, même pas de la politique. Et ce n’est pas le Québec que nous voulons bâtir.

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Jacques Parizeau, le choix de la liberté.

Peu de nations, peu de peuples n’ont eu le privilège d’avoir été emmenés vers le progrès et la liberté par des hommes ou des femmes dont la puissance de la pensée et de la détermination valaient démocratie au sens premier du mot. Cela a été le cas du Québec et plus d’une fois.

La valeur de ces personnages historiques tient au fait qu’ils ont su et vu les aspirations les plus intimes de leurs concitoyens et ont pu leur permettre de les exprimer en créant les moyens et les institutions nécessaires.

M.Parizeau a ainsi jeté les bases d’une véritable démocratie, celle du peuple par le peuple, une véritable émancipation. Dans sa foulée, des milliers de Québécois ont utilisé ces leviers ainsi créés pour installer une société meilleure et plus proche de leurs rêves.

On a cité la SGF ou la Caisse mais il faut aussi penser aux préconstitutionnelles Commissions régionales. Cette exceptionnelle communion entre un peuple et un leader a entraîné le Québec dans une sorte de renaissance dont les effets ne se sont pas encore estompés.

Jacques Parizeau, aujourd’hui, est présenté comme l’homme d’une idée alors qu’il était l’homme d’une libération. Malgré tout le respect que l’on doit à ceux qui veulent débattre de tout parce qu’ils croient que toutes les idées sont bonnes et sont égales, il m’est impossible de ne pas donner la première et la seule place en haut de l’échelle du progrès à la liberté, à l’indépendance, à la création d’une société. Ce ne sont pas des idées parmi d’autres, ce sont des idées de survivance. Jacques Parizeau les incarnait.

Les gouvernants qui lui ont succédé n’ont fait que vivre sur les progrès acquis, sorte d’entropie sociale qui suggère effectivement l’image d’un champ de ruines.

Nobélisable, géant, homme d’exception, tout aura été dit en quelques heures ce 2 juin 2015. Tout sauf l’essentiel : reconnaître l’œuvre de Jacques Parizeau c’est aussi la poursuivre, la reprendre à notre compte. Trop peu de Québécois n’ont osé, aujourd’hui, s’y engager. Vous les reconnaitrez.

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Le supplément du Dr Barrette

Prime Magritte

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L’hôpital qui se moque de la charité, le cas PKP

Plusieurs étudiants en droit se rappelleront le cas d’un résident d’une ville côtière de l’est des États-Unis qui a fait jurisprudence. Le maire de la municipalité avait interdit une race de chien, visant précisément l’animal d’un citoyen qu’il n’aimait pas. Sans autre fondement que cette haine envers un concitoyen, la loi ne pouvait s’appliquer.

Le cas de M.Péladeau laisse entrevoir un scénario du même type. Nous connaissons tous les arguments, en particulier sur la nature des investissements du chef péquiste, mais il est clair que la personnalité et les idées de M.Péladeau commandent, au moins en partie, le zèle de ses opposants à tailler une loi sur mesure.

Nous pouvons craindre, en effet, que M.Péladeau « oriente » ses politiques en fonction des impératifs de son empire médiatique. D’aucuns ont, souvent avec raison, craint les relations du pouvoir avec un autre empire médiatique (La Presse), mais aussi avec d’autres empires, comme celui de M.Paul Martin ou de puissants lobbies portés sur le chantage à l’emploi.

Ce genre de problème se réglait jusqu’à maintenant par la création de véhicules juridiques plus ou moins capables de séparer les activités financières ou commerciales des activités politiques. Mais ce qui est contesté aujourd’hui par les opposants à M.Péladeau, c’est manifestement l’importance de ses possessions et le pouvoir qu’elles impliquent. Fait intéressant, la concentration des médias a été souhaitée par les gouvernements précédents. Elle a aussi permis d’instaurer des contre-pouvoirs fort et solidifié l’industrie face à des voisins coriaces.

Ce qui nous amène à nous demander s’il serait raisonnable d’exiger qu’une personne très riche vende toutes ses actions pour acheter… on ne sait quoi. Quand on est François Legault, il est possible de s’asseoir sur des obligations du Québec, mais lorsqu’on possède des centaines de millions ou un milliard, convertir des titres de conglomérat comprenant à la fois des médias et des entreprises de télécommunication pose le problème évoqué par Warren Buffet : on devient soi-même le marché. Si PKP vendait toutes ses actions aurait-il alors le droit d’acheter des entreprises de travaux publics ? Des minières ? Des pétrolières ? Des super-cliniques ?

Le corollaire est tout aussi impressionant : comment réagir si le fiduciaire décidait de remplacer systématiquement au sein de « l’empire » des journalistes indépendantistes par des fédéralistes ou encore s’il faisait avorter des enquêtes de journalistes ? L’affaire Tapie en France a montré les limites de l’administration « administrative » de grandes sociétés.

C’est évidemment aux citoyens de décider s’ils veulent des gouvernements dirigés par des citoyens riches et très riches. Dans les Constitutions de la plupart des pays, il est impossible d’édicter des lois qui éloigneraient ces citoyens-là de la politique. Dans le cas de M.Péladeau, beaucoup de citoyens se sont d’ailleurs prononcés en sa faveur, sachant qu’il allait devenir chef de l’opposition et probablement Premier ministre promoteur de l’indépendance du Québec. S’il était élu chef d’un gouvernement, le vote des citoyens avaliserait la situation de M.Péladeau au moment du vote. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas aussi définir les conditions d’exercice du pouvoir, mais il faut le faire d’une manière plus sereine, efficace, avec des institutions qui sont capables de les administrer. Le Conseil de Presse serait approprié dans ce cas et dans d’autres (presse canadienne lors du référendum de 1995). Mais il est infiniment plus important de créer de nouvelles institutions pour combattre la corruption institutionnalisée au cours des dernières décennies, un problème qui va bien au-delà de celui posé par la candidature de M.Péladeau et que, semble-t-il, la Commission Charbonneau a enterré.

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Femen ou l’éducation politique

Ce n’est pas par hasard si Radio-Canada a diffusé cette semaine une émission radiophonique sur le rôle des médias lors des manifestations depuis 2012. Gabriel Nadeau-Dubois a mis en exergue des statistiques inquiétantes, montrant, par exemple, que seulement 4 % du temps et de l’espace des médias étaient consacrés à l’exposé des revendications, tout le reste étant réservé à « l’intendance », du refus de donner l’itinéraire aux forces armées à celui de « condamner la violence » et tout le bla-bla radio-télévisuel auquel nous sommes aujourd’hui habitués.

Rien n’a changé. Quand, aujourd’hui même, une Femen a interrompu le point de presse de la ministre Hélène David, la grande question qui a été soulevée était évidemment celle de « la sécurité au Parlement ». À moins que la jeune femme ait eu l’intention de serrer entre ses seins la tête de la ministre comme le suggérait le chanteur Georges Brassens dans ses chansons, il est difficile de voir un danger dans l’action des Femen. Bien au contraire, le groupe fait enfin revivre la démocratie et l’expression des citoyens.

Faisons tout de même notre part : Femen a voulu protester contre une tendance des gouvernements occidentaux d’attaquer les acquis des femmes, en particulier ce qui touche à la disposition de leur propre corps : IVG, médecine, auquel nous ajouterons les garderies et tout le reste, égalité, violence…

On se rappellera l’attaque sur les garderies par le gouvernement Couillard dès son arrivée. Sous le prétexte de « faire payer les riches », l’augmentation des frais de garde fait revivre le vieux concept machiste qui consiste à faire sortir les femmes du travail, les frais de garde venant « diminuer » l’intérêt économique d’aller travailler. « Tu me coûtes moins cher à la maison qu’au travail », rappelez-vous.

Avant lui, en France, le gouvernement de Sarkozy avait conduit à la fermeture de cliniques médicales pour les femmes. Les cliniques obstétriques n’étaient pas touchées ou l’étaient moins, mais elles ne pouvaient assurer les soins auparavant assurés par les cliniques médicales « simples » tout aussi nécessaires pour les femmes. Partout dans le monde, l’accès à l’IVG recule en corrélation avec les autres reculs qui les concernent.

Mais le message de Femen est infiniment plus fort et plus nécessaire que ce que nous pourrions croire. Il suffit de lire les commentaires machistes et violents pour comprendre pourquoi Femen est un bastion important de l’éducation et de la démocratie.

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Qu’avons-nous fait ?

Un documentaire du réalisateur Olivier Toscer (http://www.france3.fr/emission/la-crise-grecque-une-faillite-europeenne) présenté à France 3 le 20 mars devrait faire tomber le taux de participation aux élections près de chez vous au niveau de celui des élections scolaires québécoises, soit environ 8 %.

Le documentaire décrit le B.A. BA de la politique européenne : la manipulation de la comptabilité nationale – en Grèce mais aussi en France – qui consistait à faire sortir des dépenses le budget de l’armée ou encore, scinder une entreprise d’État pour faire supporter les pertes par une nouvelle entité « hors comptabilité », du Enron quoi. La Grèce, jouant d’un lien avec le président français Giscard et avec son emportement à laisser un héritage, échangeait son vote pour l’admission de l’Espagne ou du Portugal contre des subventions. Les autres pays pratiquaient aussi de sinistres trocs, une vraie foire politique. Surtout, tous affichaient la certitude que cette corruption n’aurait pas de conséquences. Pour eux, la corruption est un moyen de « faire » : nous, « on opère », on agit.

Pratiquement tous les politiques européens, ministres, présidents et directeurs des grandes institutions ont pataugé dans ce long scandale financier et politique. Tous savaient depuis le début des années 2000 que les chiffres grecs étaient trafiqués, et l’on disait dans les couloirs qu’un pays ne collectant pas ses impôts ne pouvait être fiable… mais cela ne semblait déranger personne. Le reportage nous montre un joyeux mélange de corruption, d’aveuglement volontaire, de fraude, organisé aux plus hauts niveaux des institutions européennes et des États membres. Quant à l’Allemagne, elle a habilement cessé de payer ses dettes envers la Grèce après 1990 . Et aujourd’hui, l’Europe se retrouve avec ce qu’elle appelle un problème grec.

Revenons à nos moutons, c’est-à-dire les électeurs, particulièrement ceux du Québec qui ont élu un des pires gouvernements de son histoire.

Le Devoir a posé la question : quelles sont les intentions qui sous-tendent la réduction des dépenses, l’austérité comme on la nomme ? La réponse nous est arrivée très vite : baisser les impôts. Il ne s’agit plus de rééquilibrer le budget, mais bien d’assécher le projet de société des Québécois, un projet clairement remis en question à chaque coupure. « La société n’existe pas », disait Thatcher. Pour elle, il n’y avait que des individus et des familles arpentant leur propre destinée, celle de riche, de pauvre, d’exploité, d’abandonné. Pour Couillard ou Barrette, il n’y a que des Bédouins et des princes.

Pour baisser les impôts, point besoin de se priver des primes, des rénovations de bureaux, ou d’augmentations de salaire, ce ne sont que cacahuètes. En gelant les budgets de la santé, du social et de l’éducation, les sommes « dégagées » sont plus consistantes. Garderies, bibliothèques, avortement, universités, collèges et écoles, attendront et pourront ainsi financer rubis sur l’ongle et queue entre les jambes les élucubrations libérales de l’équipe Couillard. On reportera les conséquences de ces actes à plus tard, quand on aura oublié le massacre budgétaire. C’est tout « l’intérêt » d’attaquer l’école la santé et surtout ce « social » qui englobe syndicats et offices de régulation, – là où le progrès réside – cela ne se voit pas tout de suite… Les gouvernements s’arrangent pour que les plus atteints croient que ceux qui ont conquis ces progrès sont les responsables de leur régression. Étudiants, syndiqués, immigrés, sont les boucs (émissaires) de nos moutons.

Couillard dirige comme Poutine : à coup de ballons d’essai très gonflés. Taxer les immeubles près du métro, couper dans la vulgarisation scientifique, dans l’écologie (espèces en péril, espèces envahissantes…), dans l’immigration qualifiée (au moment où le Québec manque de ces compétences), vendre du terrain à pipeline et de la ressource naturelle comme ce bon vieux Duplessis, la liste est longue et nous la connaissons tous : il suffit de lire Le Devoir, d’écouter Le Bigot et d’entendre la population.

Après avoir exprimé brièvement le besoin de sortir d’une période de pillage de la richesse publique, des électeurs (en réalité une toute petite minorité d’électeurs si l’on tient compte de tous ceux qui n’ont pas voté pour ce gouvernement et de ceux qui ne votent pas) nous ont fait replonger dans ces abattoirs de la démocratie.

Quel rapport avec la Grèce ? La preuve, s’il était encore nécessaire de la faire, que le système démocratique de représentation est désuet et dangereux. Nos sociétés sont trop développées et les citoyens trop conscients des avancées qu’ils jugent nécessaires pour supporter les expérimentations de vendeurs de solutions que sont les politiques et les marchands, ceux-là mêmes que Gaston Miron appelait « des pedlers ».

Les quinze années de complaisance frauduleuse des chefs d’États européens ont provoqué la plus importante crise financière de la nouvelle Europe. Certains dommages causés à l’économie grecque sont irréversibles. Les politiques nous parlent de crise, nous parlons de pillage, de vol et d’un peu d’incompétence. Il y a beaucoup d’argent dans nos pays et les travailleurs n’ont jamais été aussi performants, productifs et éduqués. En France, la seule fraude fiscale pourrait combler largement les déficits de la sécurité sociale et des retraites. Ce n’est pas différent au Québec et au Canada. Et puis, foi de comparaison, Le Figaro du 27 mars déplore que le gouvernement français coupe les subventions…aux conservatoires. Vous vous demandez à quoi servent les visites officielles, Davos ou le G20 ?

Une démocratie a besoin du peuple, pas d’apprentis sorciers ni de matons. Il faut les virer sans aucune peur. Il n’y a aucun risque. Sur le strict plan financier, Couillard a tout faux, sauf peut-être en ce qui a trait à sa carrière. Sur le plan du progrès social, nous sommes en grande régression.

Aujourd’hui, les ressources intellectuelles, pratiques, honnêtes se trouvent chez les citoyens, pas chez les personnages politiques. Nous avons les moyens de créer de nouvelles institutions pour permettre aux citoyens de débattre et décider des grandes questions. L’appareil d’État retrouverait son rôle de catalyseur des énergies citoyennes. Actuellement, aucune décision politique n’est prise avec plus de 20 % d’assentiment populaire. Abstention, découragement, délinquance, course à la richesse ont corrompu la recherche fondamentale du progrès, l’essence même de la vie en société, celle qui nous porte.

Le Québec est riche de ses citoyens, de ses ressources, de ses entreprises, d’une certaine société de consensus qui a permis l’extraordinaire Révolution tranquille. Il n’a pas de raisons d’avoir peur de son avenir, sauf de celui que son gouvernement est en train de lui préparer.

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Honte et légitimité

Le sociologue Georges Lapassade a dénoncé durant des décennies l’incurie de l’Europe à la source de l’énorme carnage qui se déroule en Méditerrannée Il a aussi montré la solitude des Italiens. Durant toutes ces années, l’Italie a dû faire face aux conséquences des errements politiques : Albanie, Yougoslavie, Bulgarie, Lybie, Afrique. Depuis le début, l’Italie est seule. Elle reçoit les échappés, les déportés, tous ces malheureux qui flottent sur des coquilles de noix pour fuir les stupidités des gouvernants, de tous les gouvernants, là-bas et ici-même, qu’ils soient dictateurs, complices des dictateurs, simplement incompétents et inhumains et plus souvent les deux ou les trois à la fois.

C’est aussi l’une des conséquences des politiques hypersécuritaires mises en œuvre par tous les gouvernements. De Moscou à New York, on ne passe plus les frontières avec une paire de ciseaux, du moins quand on est touriste, puisque soldats, pots de vin, canons, chars et munitions voyagent librement.

Face à ces blocages « sécuritaires », il n’y a pas d’autre solution, d’autre espoir devrions-nous dire, que l’escalade et c’est bien ce qui s’est passé dans le monde durant ces mêmes décennies. Escalade dans la corruption et les ventes d’armes, escalade dans l’efficacité des factions politiques, escalade dans l’horreur. Pour nous, il n’y a pas de différence entre les morts de l’E.I. et ceux de Méditerranée. Ils sont la conséquence de notre incapacité – notre manque de détermination aussi – à comprendre et régler les rapports équitables entre les peuples. Cette folie politique dessine chaque jour un avenir encore plus horrible que le précédent et, on s’en rapproche, de tout ce que nous avons connu au vingtième siècle.

Ce qui distingue les Italiens, c’est leur refus viscéral de cet état de fait, le parti pris et la conscience que leur travail de récupération des désespérés s’inscrit dans un projet planétaire impérieux. Ils sont pratiquement les seuls à rester les yeux ouverts devant ces macabres entreprises et à en assumer les conséquences. Pour les autres, ce seront des murs, des avions, des infrarouges, des satellites et du silence. L’Italie n’en peut plus. Malgré tout, ils restent, comme la plupart d’entre nous quand nous sommes directement confrontés à des urgences humanitaires, toujours sensibles et militants. Pour mémoire, en France par exemple, il est interdit d’aider un immigrant « illégal ». Les citoyens qui leur apportaient un repas ont été arrêtés…

Nous avons, en Occident seulement, une immense richesse et une immense société capable de secourir puis recevoir ces migrants. L’Europe, les États-Unis et le Canada peuvent les accueillir. Pourtant, tout ce que nos gouvernements consentent à fournir, ce sont encore des avions et des bateaux, pour empêcher ou réduire, croient-ils, le nombre de coquilles de noix. C’est nous, les citoyens, les électeurs qui payons pour cela. Et les milliers qui ne survivent pas.

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Périmètre, périmètre, est-ce que j’ai l’air d’un périmètre ?

Visite de M.Coiteux à TMLEP. Quelques révélations : sur l’évasion fiscale, le ministre a répondu, assez nébuleusement, que le Québec était composé d’une classe moyenne majoritaire et presque unique, assimilable aux entreprises et que, lutter contre l’évasion fiscale, ce serait aussi lutter contre la classe moyenne. Nous avons compris que mettre fin à l’évasion fiscale serait comme augmenter les impôts des entreprises et qu’il ne le fera pas…Une conception plutôt élitiste de l’honnêteté.

Puis une grosse omission. S’il est vrai que les budgets de l’éducation et de la santé continuent d’augmenter, une partie de ces augmentations sont des hausses de salaires des cadres. Dans la même foulée, le ministre refuse les demandes des autres fonctionnaires.

Question de clientélisme, on se rappellera les coupes minables (puis annulées suite aux protestations) de mini-subventions à des organismes culturels et scientifiques et il nous faut bien remarquer que 30 millions ont été dégagés pour un nouveau théâtre à Québec. Ce n’est pas tant le théâtre qui est ici en question, mais le fil conducteur un peu tordu, sinueux et clientéliste de la politique libérale. L’argent continue de couler, mais les robinets ont été déplacés.

Quelques jours auparavant, Anne-Marie Dussault s’était interrogée sur une autre pirouette comptable qui permettait d’arroser le plan nord de milliards de dollars « hors périmètre comptable ». Et vous-mêmes, chère lectrice, cher lecteur, en faites-vous des dépenses en dehors de votre périmètre comptable ?

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Qu’avons-nous fait ?

Un documentaire du réalisateur Olivier Toscer (http://www.france3.fr/emission/la-crise-grecque-une-faillite-europeenne) présenté à France 3 le 20 mars devrait faire tomber le taux de participation aux élections près de chez vous au niveau de celui des élections scolaires québécoises, soit environ 8 %.

Le documentaire décrit le B.A. BA de la politique européenne : manipulation de la comptabilité nationale – en Grèce mais aussi en France – qui consistait à faire sortir des dépenses le budget de l’armée ou encore, scinder une entreprise d’État pour faire supporter les pertes par une entreprise « hors comptabilité », du Enron quoi. La Grèce, jouant d’un lien avec le président français et de son emportement à laisser un héritage, échangeait son vote pour l’admission de l’Espagne ou du Portugal contre des subventions et les autres pays pratiquaient d’autres sinistres trocs, une vraie foire politique. Surtout, tous affichaient la certitude que cette corruption n’aurait pas de conséquences.

Pratiquement tous les politiques européens, ministres ou présidents et directeurs des grandes institutions ont pataugé dans ce qui apparaît comme un long scandale financier et politique. Tous savaient depuis le début des années 2000 que les chiffres grecs étaient trafiqués, et l’on disait dans les couloirs qu’un pays ne collectant pas ses impôts ne pouvait être fiable… mais cela ne semblait déranger personne. Le reportage nous montre un joyeux mélange de corruption, d’aveuglement volontaire, de fraude, organisé aux plus hauts niveaux des institutions européennes et des États membres. Quant à l’Allemagne, elle a elle-même cessé de payer ses dettes envers la Grèce après 1990 . Et aujourd’hui, l’Europe se retrouve avec ce qu’elle appelle un problème grec.

Revenons à nos moutons, c’est-à-dire les électeurs, particulièrement ceux du Québec qui ont élu un des pires gouvernements de son histoire.

Le Devoir a posé la question : quelles sont les intentions qui sous-tendent la réduction des dépenses, l’austérité comme on la nomme ? La réponse nous est arrivée très vite : baisser les impôts. Il ne s’agit plus de rééquilibrer le budget, mais bien d’assécher le projet de société des Québécois, un projet clairement remis en question à chaque coupure. « La société n’existe pas », disait Thatcher. Pour elle, il n’y avait que des individus et des familles arpentant leur propre destinée, celle de riche, de pauvre, d’exploité, d’abandonné. Pour Couillard ou Barrette, il n’y a que des Bédouins et des princes.

Pour baisser les impôts, point besoin de se priver des primes, des rénovations de bureaux, ou d’augmentations de salaire, ce ne sont que cacahuètes. En gelant les budgets de la santé, du social et de l’éducation, les sommes « dégagées » sont plus consistantes. Garderies, bibliothèques, avortement, universités, collèges et écoles, attendront et pourront ainsi financer rubis sur l’ongle et queue entre les jambes les élucubrations libérales de l’équipe Couillard. On reportera les conséquences de ces actes à plus tard, quand on aura oublié le massacre budgétaire. C’est tout « l’intérêt » d’attaquer l’école la santé et surtout ce « social » qui englobe syndicats et offices de régulation, – là où le progrès réside – cela ne se voit pas tout de suite… Les gouvernements s’arrangent pour que les plus atteints croient que ceux qui ont conquis ces progrès sont les responsables de leur régression.

Couillard dirige comme Poutine : à coup de ballons d’essai très gonflés. Taxer les immeubles près du métro, couper dans la vulgarisation scientifique, dans l’écologie (espèces en péril, espèces envahissantes…), dans l’immigration qualifiée (au moment où le Québec manque de ces compétences), vendre du terrain à pipeline et de la ressource naturelle comme ce bon vieux Duplessis, la liste est longue et nous la connaissons tous : il suffit de lire Le Devoir, d’écouter Le Bigot et d’entendre la population.

Après avoir exprimé brièvement le besoin de sortir d’une période de pillage de la richesse publique, des électeurs (en réalité une toute petite minorité d’électeurs si l’on tient compte de tous ceux qui n’ont pas voté pour ce gouvernement et de ceux qui ne votent pas) nous ont fait replonger dans ces abattoirs de la démocratie .

Quel rapport avec la Grèce ? La preuve, s’il était encore nécessaire de la faire, que le système démocratique de représentation est désuet et dangereux. Nos sociétés sont trop développées et les citoyens trop conscients des avancées qu’ils jugent nécessaires pour supporter les expérimentations de vendeurs de solutions que sont les politiques. Ceux-là mêmes que Gaston Miron appelait « des pedlers ».

Les quinze années de complaisance frauduleuse des chefs d’État européens ont provoqué la plus importante crise financière de la nouvelle Europe. Certains dommages causés à l’économie grecque sont irréversibles. Les politiques nous parlent de crise, nous parlons de pillage, de vol et d’un peu d’incompétence. Il y a beaucoup d’argent dans nos pays et les travailleurs n’ont jamais été aussi performants, productifs et éduqués. En France, la seule fraude fiscale pourrait combler largement les déficits de la sécurité sociale et des retraites. Ce n’est pas différent au Québec et au Canada. Et puis, foi de comparaison, Le Figaro du 27 mars déplore que le gouvernement français coupe les subventions…aux conservatoires. Vous vous demandez à quoi servent les visites officielles, Davos où le G20 ?

Une démocratie a besoin du peuple, pas d’apprentis sorciers ni de matons. Il faut les virer sans aucune peur. Il n’y a aucun risque. Sur le strict plan financier, Couillard a tout faux, sauf peut-être en ce qui a trait à son portefeuille personnel, le fameux 600 000 dollars. Sur le plan du progrès social, nous sommes en grande régression.

Aujourd’hui, les ressources intellectuelles, pratiques, honnêtes se trouvent chez les citoyens, pas chez les personnages politiques. Nous avons les moyens de créer de nouvelles institutions pour permettre aux citoyens de débattre et décider des grandes questions. L’appareil d’État retrouverait son rôle de catalyseur des énergies citoyennes. Actuellement, aucune décision politique n’est prise avec plus de20 % d’assentiment populaire. Abstention, découragemnt, délinquance, course à la richesse ont corrompu la recherche fondamentale du progrès, l’essence même de la vie en société, celle qui nous porte.

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