Istanbul et les chats

Il y a sûrement autant de désarroi dans les pays nantis que parmi les réfugiés. L’Europe vient de négocier avec la Turquie une entente diabolique selon laquelle pour un réfugié retourné, elle en accepterait un. De la pub d’épicerie, « achetez-en un, le deuxième est gratuit ». Cela sent vraiment mauvais.

La Turquie recevra 6 milliards d’euros pour mettre en œuvre cette atrocité que les États européens ont inventée et elle réclame en plus pour ses citoyens la libre circulation, comme pour mettre le pied dans la porte de l’Europe sans en faire partie et sans en assumer les coûts.

On se demande comment des représentants du peuple, les nôtres, ont pu penser à un tel projet, genre de Traité de Versailles pour les pauvres. On sait que l’Allemagne accueille quelques centaines de milliers de migrants alors que les Français n’en reçoivent que quelques centaines par mois. L’Allemagne veut se retirer d’un guet-apens dans lequel l’Italie et la Grèce sont tombés, les autres États fermant leurs frontières et leur solidarité. Le chef du Royaume-Uni, James Cameron, commandant d’un parti qui ressemble au Titanic, va prier à Bruxelles pour obtenir quelques grâces supplémentaires auprès de l’Europe, par exemple, pour ne pas recevoir de réfugiés. C’est un virus, sorte de victoire de l’extrême-droite qui tétanise les partis traditionnels au point où ces derniers croient conserver leurs électeurs en renonçant ainsi à tous les progrès des deux derniers siècles.

Ce n’est pas une solution. Alors même que l’accord avec la Turquie n’est pas finalisé, les migrants se dirigent vers la Grèce. Ainsi que le soulignent des journalistes du Guardian, ce n’est pas un mur qui arrêtera les flots humains.

Ce qui est tout aussi tragique, c’est que la Turquie alimente sur son propre territoire une guerre contre les Kurdes, par ailleurs alliés des Occidentaux dans leur lutte contre Daesh et d’autres factions diverses. Elle est elle-même une fabrique de révoltés, encore que ces derniers ne la quittent pas encore par centaines de milliers comme les Lybiens et les Syriens le font. Si la Turquie nous achète des armes avec l’argent que nous lui donnons, cela ne tardera pas…

Le vieil adage « si vous ne faites pas partie du problème, vous faites partie de la solution » est caduc puisque désormais tous les participants à la grande tuerie du Moyen-Orient sont à la fois problème et solution, bien que pour cette dernière, personne ne semble empressé d’agir.

Chaque pays croit pouvoir bénéficier de leurs interventions absurdes dans des pays déjà ravagés, mais la réalité, depuis bien longtemps, est à l’opposé. C’est redonner à l’expression « tirer les marrons du feu » le sens que La Fontaine lui avait donné : le chat risquait de se brûler en retirant de la fournaise les marrons… « Pour le profit de quelque roi… »

« Le chat n’était pas content, ce dit-on.

Aussi ne le sont pas la plupart de ces princes

Qui, flattés d’un pareil emploi,

Vont s’échauder en des provinces »

La question : à qui profitent les guerres qui enflamment la planète ? Probablement pas à l’humanité, certainement à personne, même pas au singe du fabuliste.

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Quand la politique perd conscience

Christiane Taubira, ex-ministre de la Justice de France, vient de démissionner. Le parcours de madame Taubira est admirable et inspirant. Elle n’a jamais été fidèle – enchaînée- à un dogme, à un parti, parfois avec une certaine douleur ; elle est restée fidèle à l’intelligence et pas seulement à la sienne. Elle a en effet souvent établi ses politiques grâce à des conférences de consensus, une brique de la construction d’une véritable (et future) démocratie et à une compréhension de la nécessité et de l’éthique collectives.

Christiane Taubira est une militante. Son nom est rattaché à la mouvance indépendantiste de la Guyane, à la reconnaissance de la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité, au mariage pour tous, à un projet de révision profonde du système pénal et carcéral, en particulier pour les jeunes contrevenants en passant par la mise en place des moyens nécessaires.

Elle a été sollicitée et chargée de mission par différents partis, même pour Nicolas Sarkozy à qui elle présentera un rapport critique plutôt mal reçu. Ses positions ont toujours dépassé la politique ordinaire en se référant à une recherche philosophique et humaniste qui a été le moteur de son action politique. Sociologue, économiste, ethnologue, diplômée en agroalimentaire mais aussi poétesse, elle a l’extraordinaire capacité d’asseoir son discours politique sur l’art et la littérature autant que sur des bases académiques et scientifiques solides et souvent sur l’humour. Elle n’était – elle n’est – pas seulement la conscience du parti socialiste, elle est, en ces temps de remise en question de la base de la démocratie et de la place des citoyens dans leur société, la conscience de son pays.

Madame Taubira n’a pas démissionné sur un petit désaccord, mais sur un point d’éthique essentiel pour l’avenir de l’esprit de la République. Le Premier ministre, celui qui a sans doute présidé à son départ, a cru bon de dire que les limites de la loi sur la déchéance de la nationalité qu’il va lui-même présenter sont celles des conventions internationales, un bien petit dénominateur commun. Ainsi, de phare que la France a souvent été en matière de droits humains, elle risque de devenir lanterne, tant ses gouvernants, ses politiques, ses lois fuient ce qui autrefois les inspirait

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Jacqueline Sauvage ou pourquoi punir une victime ?

Bonsoir, c’est un appel,

Je viens juste de signer la pétition, « François Hollande, accordez la grâce présidentielle à Jacqueline Sauvage. » Jacqueline Sauvage a tué son mari après des décennies de violences et de viols contre elle-même et ses enfants. Bien des citoyennes et des citoyens considèrent qu’elle était en état de légitime défense.

Si vous voulez la signer, voici le lien :

http://www.change.org/p/fran%C3%A7ois-hollande-accordez-la-gr%C3%A2ce-pr%C3%A9sidentielle-%C3%A0-jacqueline-sauvage

Merci,

Et voici pourquoi je l’ai signée :

Pour une égalité devant la Justice. Parce que le contrat « social » dont on n’a jamais autant parlé est un contrat bilatéral, parce que l’État doit alors reconnaître qu’il aurait dû éviter à tant de femmes et particulièrement à Madame Sauvage, après l’horreur d’être battue,  l’horreur de la prison ; après la violence d’un mari, celle de la société. Pour faire avancer, enfin, la cause des femmes victimes à vie des violences masculines et de l’indifférence d’État qui traverse aussi notre siècle.

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Les écœurants

Ce titre d’un livre de Jacques Hébert résume à peu près ce que l’on ressent après la parution du rapport Charbonneau. La juge, que l’on croyait acquise au parti qui l’a nommée, s’est révélée au contraire la plus fidèle à la lettre du mandat qui lui avait été confié. Pour le reste, c’est une bien triste journée.

Couillard, quelque peu perroquet, a répété qu’il fallait tenir compte que la corruption effleurée par la Commission Charbonneau correspondait à la norme de l’époque. Autrefois on battait les femmes, giflait les enfants, subornait les ministres et cela devait donc être « normal ».

Malheureusement, on faisait cela et on le fait encore. Il est difficile de croire que corrompre un politique, organiser des soupers-bénéfice avec des membres de la mafia, voguer sur ses bateaux ait jamais constitué une norme, tout au plus…une habitude. Et puis, les temps anciens de l’éthique pourrie à laquelle M. Couillard faisait allusion, cet « autrefois », c’est la période 2003-2012, Cro-Magnon quoi !

En matière de transparence, particulièrement de transparence politique, les gens de pouvoir invoquent la notion juridique du « hors de tout doute raisonnable », celle-là même qui a sans doute guidé le petit commissaire Renaud Lachance dans sa fuite. Pourtant, il n’était pas question de procès criminel, mais de politique et les principes du droit criminel ne s’appliquent pas, surtout pas la présomption d’innocence. Si vous engagez quelqu’un pour gérer votre argent et vos affaires, vous ne devriez pas vous contenter d’une présomption d’honnêteté !

Bien au contraire, qu’un seul doute plane sur la conduite d’un dirigeant devrait suffire à l’exclure comme cela se pratique parfois dans le club : l’ex-député Daniel Breton a démissionné à l’occasion d’une affaire qui ne remettait pas en cause sa capacité. Pourtant le règne des Libéraux n’aura été (cela n’a guère changé) qu’une suite de manœuvres antidémocratiques, anti-femmes, de comportements pour le moins louches, illégaux ou immoraux (les lois sur les manifestations, le financement), d’aveuglements conscients associés à des systèmes de défense pyramidaux qui rendent les dirigeants à l’abri de toute preuve de contact avec leurs hommes de main.

Les lanceurs d’alerte subissent encore les conséquences de leurs dénonciations. L’un est assigné à résidence, l’autre, d’abord exilée en Alberta (!), est persona non grata dans son domaine d’activité. La juge Charbonneau les a tout de même remerciés, eux qui ont tant contribué à son enquête. Jean Charest est un guide dans une grande firme d’avocats et d’autres ont été saupoudrés sur des institutions prestigieuses[1]. L’ex-maire Vaillancourt, toujours en liberté, aura peut-être un procès en 2019, un délai de complaisance dont M.Zambito n’a pu évidemment bénéficier. Vaillancourt aura alors 79 ans, dont 5 de vacances en Floride. Cette saga aura non seulement discrédité la politique mais aura aussi rendu la justice émétique.

L’argument suprême, abordé par les juristes, quelques médias et la plupart des politiques est bien qu’une transparence totale, l’étalage des liens entre politique et mafia et de la corruption dans les contrats avec le gouvernement….nuirait à la démocratie ! Mieux vaut alors ne rien savoir et ne rien dire.

Il faut en effet être soi-même aveugle, et sourd, pour ne pas avoir vu et entendu, lors des audiences Charbonneau tout ce qu’il fallait pour comprendre ce que nous, contribuables et électeurs, avons fait de notre presque pays et envoyer les Libéraux et tous les « nominés » de la Commission dans l’enfer du quotidien de ceux qui travaillent honnêtement. Dommage, parce que, petit pays, nous avions l’immense privilège de changer du même coup notre démocratie à la manière des Scandinaves… Il n’y aura peut-être jamais plus de « prochaine fois ».

[1] http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201409/10/01-4798999-quebec-rebrasse-les-cartes-dans-les-delegations.php

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La politique : vocation ou tremplin ?

Avant même de penser à tripoter les revenus des députés, notre démocratie aurait besoin d’un débat solide sur les professions de la politique, le statut et la rémunération des élus.

Pour une grande partie des politiques, être élu constitue une promotion[1]. De l’avocat pas trop performant au journaliste, nombre d’entre eux entrent dans une carrière qui ne peut qu’être bénéfique, qu’ils la quittent ou qu’ils y restent.

André Boisclair, Jean Charest et Lucien Bouchard du Québec, comme Sarah Palin, Clinton, Blair, Sarkozy gagnent des fortunes comme conférenciers, avocats, lobbyistes depuis que leur mandat est terminé.

Si l’entreprise privée impose des clauses de non-concurrence à un associé et même à un garçon coiffeur qui quitte son patron pour ouvrir son propre salon, les anciens élus ont la possibilité de mettre leur connaissance de l’État et leur carnet d’adresses au service de l’entreprise privée. Ainsi, Catherine Loubier, devenue conseillère du Premier ministre canadien Harper en juillet 2013 a oscillé entre le privé et le public pendant plusieurs années. Vice-présidente d’une firme de « communications et d’affaires publiques » après avoir été conseillère de ministres fédéraux, elle ne pouvait exercer comme lobbyiste sur la scène fédérale, la loi lui imposant un délai de cinq ans. Truc légal, cela ne l’empêchait nullement d’agir auprès d’autres paliers de gouvernement (ville, province), y compris bien sûr dans des domaines (aviation) qui sont du ressort du gouvernement fédéral… qui lui étaient donc, selon la loi, interdits. Puis de revenir à la politique ! Pantouflage ou délit ? Le délit d’initié, interdit dans le privé, est courant, un must, en politique…[2]

Le Huffington post nous rappelle les performances de Lucien Bouchard (gaz et pétrole), André Boisclair (gaz et pétrole), Nathalie Normandeau (mines), Guy Chevrette (forêt), Pierre Corbeil (santé), Denis Duteau (ancien maire d’Anticosti, pétrole). Ces gens-là n’auraient évidemment jamais pu travailler comme lobbyistes ou conférenciers sans un passage au gouvernement, un véritable tremplin pour des carrières lucratives, ce qui peut d’ailleurs, a posteriori, susciter des doutes sur leurs réelles convictions quand ils étaient ministres…

Dans ces conditions, une réalité dans la plupart des pays démocratiques, le projet de loi sur le salaire des députés, même s’il est cautionné par la juge L’Heureux-Dubé, ne parviendra certainement pas à redorer l’image de la politique. Ceux qui en font la promotion répètent à l’envi que les députés et les ministres ne sont pas payés pour ce qu’ils réalisent et le temps qu’ils y consacrent. Mais en même temps, les mêmes nous disent que les 140 000 dollars du nouveau régime équivalent aux 90 000 de la rémunération actuelle et ne constituent donc pas une augmentation…

Nous en doutons. Plusieurs points restent à vérifier, entre autres, comment chiffrer le coût réel de la participation des députés à leur merveilleux régime de retraite, particulièrement s’ils quittent la politique après seulement quelques années.

On nous dit que la fameuse allocation annuelle de dépenses des députés désormais imposable devrait passer de ce fait de 16 000 $ à 31 000 $. Pourtant, nous croyons que les députés auront droit à de nouvelles déductions fiscales qui leur permettront de conserver une bonne partie de ce surplus de 15 000 $. Le même argument vaut pour le « passage » du salaire de 90 000 $ à 140 000 $ au prétexte qu’ils paieront désormais 43% au lieu de 20% de leur cotisation au fabuleux régime de retraite dont ils bénéficieront très longtemps.

Fatalité, grâce à la réforme, les contribuables québécois paieront donc l’impôt fédéral sur l’allocation annuelle, un bon geste envers Ottawa du PQ qui a commandé le rapport en 2013 et de Couillard qui va l’appliquer.

http://www.assnat.qc.ca/fr/abc-assemblee/fonction-depute/indemnites-allocations.html

[1] « C’est pas mal plus cher que ce que je gagnais avant d’entrer en politique, » dira Daniel Breton, ex-député et ministre, parlant de son salaire.

[2] Extrait de : Alain Cognard Misère de la démocratie, L’Harmattan.

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Blague ou pas, c’est lourd.

Y a pas de limite à la liberté d’expression, ni à la bêtise. Dommage.
Un « chroniqueur » du journal Metro y est allé d’un article de légende sur la présence des femmes dans le hockey. Sans hésitation aucune, il poursuit dans la présence des femmes en politique. Alors que beaucoup de citoyens croient que le sport, certains en particulier, gagnerait à créer des équipes mixtes, pour un peu plus de nuances et un peu moins de violence dans les compétitions, le supermacho penche pour une élimination totale des femmes dans les très sérieux domaines du hockey et de la politique. Sa compréhension de la discrimination positive le porte à réclamer un parlement réservé aux femmes qui, par définition, la sienne, ne peuvent être qu’inférieures aux hommes. Difficile, après la lecture d’un tel article de ne pas sombrer dans l’analyse des Bush et croire que le Mal existe, mais avec un accent circonflexe et un e final pas très féminin. Nous sommes en 2015, les filles. Attaquez ! Tout n’est pas perdu.

http://journalmetro.com/opinions/le-sportnographe/869595/on-ne-veut-pas-de-femmes-dans-la-lnh/

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Bombardier, le bon choix

Une fois n’est pas coutume, le gouvernement du Québec n’a pas vraiment commis une grossière erreur en fondant une co-entreprise avec Bombardier.

Il y avait urgence. Une entreprise n’annonce pas sur les toits qu’elle ne sera pas capable de financer le plus gros projet de sa division aéronautique, mais il semble que c’était le cas. Il fallait donc refinancer le projet qui, redisons-le, déterminera l’avenir de la division, d’autant plus que c’est le seul projet en cours, les autres n’étant plus porteur. D’ailleurs, Bombardier a mis fin au Learjet, probablement pas seulement parce que les ventes étaient faibles,mais parce qu’elle n’était plus en mesure de s’en occuper sans mettre en péril la C series.

M.Legault a évoqué le cas de GM refinancé par le gouvernement Obama. La situation n’est pas comparable à celle da la C series. GM partageait la crise économique avec l’ensemble des entreprises américaines. GM vend des autos, non pas des machines sophistiquées comme des avions. La fin de la crise économique américaine ne pouvait que faire augmenter les ventes d’automobiles, dont celles de GM. Ce n’est pas la cas des avions de Bombardier.

Si le gouvernement du Québec avait simplement acquis des actions de Bombardier, des actions ordinaires ou privilégiées et convertibles, il n’aurait probablement pas été en mesure de contrôler l’usage des fonds ainsi mis à disposition de la société. Une entreprise, c’est un peu comme le fonds consolidé de la province qui reçoit nos impôts : une fois reçu, c’est le gouvernement qui décide où va l’argent, aux pauvres, à la santé, à l’éducation ou dans l’administration, ce n’est pas vous et ce n’est même pas en fonction de la raison pour laquelle il vous a ponctionné tel ou tel montant. Dans une entreprise, c’est pareil, à moins que celui qui a acheté un bloc d’actions siège au conseil d’administration et soit en mesure de vérifier que son investissement se rend bien à la division pour laquelle il a acheté des actions, à savoir la C series…

Ce n’est pas tout. Si le gouvernement était actionnaire au lieu de partenaire dans la C series comme c’est maintenant le cas, rien n’indique qu’il aurait un jour profité d’une remontée des cours de l’action ou de profits sous forme de dividendes. En effet, si la C series tombait, ses pertes iraient gruger tous les bénéfices du ferroviaire, l’autre activité de la société. Actuellement, on ne peut pas dire que les actionnaires s’enrichissent avec les profits du ferroviaire ni qu’ils espèrent des profits à moyen terme. Qui plus est, l’émission de ces nouvelles actions aurait diminué d’office la valeur de chaque action dont celles détenues par la Caisse de dépôt : une perte immédiate. Le gouvernement aurait alors dû attendre probablement très longtemps avant d’engranger des profits en revendant ses actions. Il ne faut pas oublier que même après la création de la société en commandite avec le gouvernement, Bombardier supporte encore la moitié des dépenses. On aurait pu aussi émettre des actions privilégiées qui auraient été rachetées au gouvernement même en cas de pertes sévères de la division aéronautique, mais cela aurait aussi mis en péril la totalité de Bombardier bourrée de dettes.

La société en commandite règle une partie de ces problèmes. On saura rapidement si la C series décolle et si les ventes rapportent de l’argent. Si c’est le cas, le gouvernement prendra la moitié des profits qui seront enlevés d’ailleurs aux actionnaires qui ne recevront que l’autre moitié (Bombardier et le gouvernement partagent les profits). Le gouvernement pourra suivre de très près la marche du projet et éventuellement se retirer en cours de production en limitant sa perte en cas d’échec. Bonus : la société en commandite permet à de nouveaux investisseurs d’entrer facilement dans le projet avec des conditions flexibles.

Et puis la présence du gouvernement dans Bombardier est un atout lors des rencontres avec d’autres gouvernements. C’est un moyen d’échange ou de pression, comme l’est le Rafale pour la France, un autre excellent avion qui a du mal à décoller pour les mêmes raisons que la C series.

Enfin, on ne connaît pas les clauses du contrat. Les risques ne sont peut-être pas tous pris par le gouvernement, ce qui est possible dns ce genre de société. Cela reste à voir.

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Premières Nations, la politique du pire

Le directeur de la SQ nous dit que les 8 policiers désignés par les femmes autochtones ne sont pas visés par des « allégations » de nature sexuelle. Un policier impliqué dans ces agressions serait mort et un autre ne pourrait être identifié.

Il fait l’âne. Ce ne sont pas les 8 policiers qui inquiètent le plus, mais la SQ elle-même, l’institution. Même si tous les policiers impliqués dans les faits rapportés étaient morts, la SQ et plus encore le gouvernement (qui était au courant depuis 6 mois) doivent faire l’objet d’une enquête. C’est surtout là que réside l’épouvante, dans le fait que ces institutions maintiennent les Premières Nations dans des conditions de vie indignes.

Depuis 24 heures, la SQ a multiplié les arguments pour nier l’évènement central : la conduite de la SQ et du gouvernement. Responsables de méfaits morts ou inconnus, femmes plaignantes droguées ou prostituées, lois sur les « Indiens » désuète…

D’une manière criante, tous les responsables de cette situation veulent éviter qu’elle soit exposée publiquement et que l’on trouve ou que l’on ébauche des solutions.

C’est pourtant une occasion rare de réunir ce que l’on appelle la société civile pour éradiquer des pratiques honteuses vieilles de plus d’un siècle à l’égard des Premières Nations.

Ce n’est pas non plus en changeant le nom ou les termes de la loi que la situation va changer. Le racisme est un fait, les conditions de vie sont proprement épouvantables dans beaucoup de réserves et l’on découvrira certainement que même les canaux de financement sont truqués.

Si la réflexion était véritablement poussée, nous pourrions démontrer que la politique même de nos sociétés conduit à de telles situations. En stigmatisant les plus démunis, en refusant d’élaborer les politiques nécessaires pour maintenir dans la société ceux qui s’en éloignent, en refusant de créer de nouveaux espaces sociaux pour que chacun trouve une place, et surtout, en agissant comme si « notre société » telle que la concevons a le monopole de l’espace, de la terre et de ses ressources, nous les condamnons à l’affrontement et à la révolte. Nous entrons dans une guerre permanente entre des exclus et des polices et nous confions à ces dernières le soin de protéger nos avoirs. Cela n’excuse aucun geste, mais décrit bien une situation qui serait explosive sans l’exceptionnelle retenue propre aux opprimés.

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SQ et Premières Nations : nous n’avons encore rien entendu

Ni le ministre, ni le chef de la SQ, ni aucune autorité gouvernementale d’ailleurs n’a dit un seul mot pour « calmer le jeu » et commencer à traiter cette crise. Il s’est écoulé six mois depuis que ces faits sont connus. Qu’ils restent encore à l’état d’allégations a de quoi remettre en question la capacité d’enquête de ce monde de la sécurité.

Selon le chef de la SQ, il n’y a pas de racisme. Il appelle au calme la population et reproche aux citoyens leur indignation. Il ne semble pas plus intéressé à protéger ses policiers puisqu’il ne les encourage pas à faire la lumière sur ce qui leur est reproché.

Que voudrions-nous entendre ?

Nous aurions aimé que les policiers de Val d’Or et le directeur de la SQ condamnent en tout premier lieu ce que les femmes ont dénoncé et qu’ils s’en excusent, au besoin en ajoutant « si ces faits sont avérés » , et nous assurent que toute la vérité sera faite en collaboration avec les victimes, leurs représentants, le gouvernement et des citoyens.

En 2012, le ministre de l’époque disait, en parlant du fameux bureau d’enquête des polices qui devait être chargé des enquêtes dans les cas impliquant un corps policier : « Ce bureau aurait pu être impliqué dans des incidents qui sont survenus le printemps dernier. Par exemple, le jeune homme qui a perdu son oeil lors de l’émeute à Victoriaville, en mai [2012ndlr], c’est un incident grave qui aurait pu tomber sous la responsabilité de ce bureau. » (Stéphane Bergeron, ministre de la Sécurité publique).

Trois ans plus tard, ce bureau n’est pas encore formé et pourtant, il suffirait aujourd’hui à calmer les craintes justifiées des Premières Nations et des citoyens en général.

Plutôt que voir les légions de la SQ former un carré solidaire, nous aurions aimé qu’ils nous disent qu’ils étaient déterminés à collaborer entièrement avec les autorités et les Autochtones. Au lieu de cela, le directeur de la SQ nous a servi encore les mêmes propos déplacés et les mêmes amalgames au sujet des victimes : problèmes d’alcool, de drogue, de prostitution (rappelons qu’une plaignante a déclaré ne jamais avoir bu une bière de sa vie).

Le ministre responsable des Affaires autochtones se joint à la légion. Il se défausse de son problème sur Ottawa. Il n’est plus ministre, ni responsable ni chargé des affaires autochtones. Il a vidé son portefeuille de ministre.

Devant le désastre révélé par l’émission Enquête, les rangs se sont resserrés. Les avocats sont à l’œuvre, les conseillers ne veulent pas « d’admission », d’aveu de la part de quiconque. Le terrain est préparé pour que rien ne soit prouvé, que rien ne soit fait et qu’aucun acte ne puisse être reproché à personne, sauf aux victimes. Nous avons même entendu, ce soir, qu’aucune allégation d’inconduite sexuelle n’existe, seulement des abus de pouvoir.

Les conseillers sont à l’œuvre. Si M.Couillard veut provoquer des élections et profiter de ce qu’il appelle le désarroi des indépendantistes, il faut nettoyer la table avant que l’opposition se ressaisisse. Rechercher les preuves, changer notre attitude à l’égard des Premières Nations ? Nous allons assister à des combats acharnés pour les dissimuler, pour éviter d’éventuelles accusations et les procès qui devraient en découler. Visiblement, personne, à part les victimes évidemment, ne veut la vérité et tout le monde veut se protéger. Grosse facture d’avocats, gros combat du syndicat. Nous allons nous rouler dans la nullité intellectuelle et sociale. Gomery, Charbonneau, commandites et corruption, rien ne se sera jamais passé. Faudra-t-il créer une UPAC des polices ? Peut-être, mais là aussi comme les journalistes nous le disent, des commandes politiques facilitent la condamnation de quelques petits truands et le blanchiment des autres. Ce n’est pas cela qui va faire un Québec meilleur.

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Premières Nations : la dignité en héritage

L’histoire de la brutalité envers les Premières Nations, particulièrement envers les femmes des Premières Nations a commencé avec l’arrivée des « Blancs », des colons. Et malheureusement, cet écrasement, ce mépris n’a jamais cessé jusqu’à aujourd’hui.

À l’instant même où la politique veut nous redire que nous sommes un beau pays, le Canada, que nous sommes fiers d’être Québécois, nous apprenons qu’une partie de nous parmi les garants de « la démocratie » se comporte comme des tortionnaires, de vulgaires racistes violents et que nous en avons peur.

Ces choses-là n’arrivent pas par hasard, elles ne sont pas le fait de quelques-uns, de quelques têtes brûlées, elles sont courantes comme l’était l’apartheid ou comme le sont les « bavures » volontaires des policiers du sud des États-Unis. Elles sont, hélas, institutionnalisées. La plupart ne feront jamais l’objet d’un procès ni ne seront connues.

Pire, un plus grand nombre se borne à croire que les Autochtones sont seuls responsables de leur misère, de l’alcoolisme, de la violence dans les réserves et dans nos villes. Comme si  ces agressions de la pensée pouvaient justifier les terribles conditions de vie des citoyennes et des citoyens des Premières Nations.

Ce n’est certainement pas M. Couillard, en train de couler dans le béton sa réputation de misogyne (http://www.luxediteur.com/content/les-lib%C3%A9raux-naiment-pas-les-femmes), qui va prendre les mesures urgentes pour mettre fin immédiatement à cette situation. Il laisse au renard le soin de juger les poules et le choix de la police de Montréal par sa ministre n’est guère plus rassurant si l’on en juge par son absence d’expérience avec les itinérants.

Le premier moyen serait de placer sous tutelle le poste de Val d’Or et probablement quelques autres qui ont des relations avec les Autochtones. Non seulement il faut empêcher les suspects de travailler, mais il faut reconstruire l’ensemble des postes. Ce n’est plus la présomption d’innocence qui prime ici, mais la sécurité de dizaines de femmes qui ont subi des sévices que l’on peut assimiler à des enlèvements et à d’autres crimes plus graves. Le faisceau de preuves est accablant : policiers qui prennent les sous-vêtements pour faire disparaître les preuves, témoins au quotidien. Devant de telles allégations, la ministre Thériault aurait dû réagir au mois de mai, lorsqu’elle a été informée, sans attendre que la « comm » de son patron s’énerve de ses tergiversations et de son intention de provoquer des élections générales pour contrer une éventuelle remontée de PKP, ou de la réaction de Justin.

Il faudrait aussi, dans tous les corps de police comme dans l’armée, créer des bureaux indépendants pour recevoir et traiter rapidement les plaintes concernant des délits et des crimes graves. Ce n’est pas la délation qu’il faut encourager, mais la justice.

À cet égard, les journalistes d’Enquête ont fait plus que tous les électeurs de la province en dénonçant ce que les élus pensaient traiter « en interne », c’est à dire classer comme une simple dérive des crimes contre les femmes, une moitié de notre démocratie. Peut-être faudrait-il remettre l’enquête à …Enquête.

Nous ne pouvons pas discréditer l’ensemble des polices, mais il est naïf de croire que les policiers qui n’ont pas participé à ces actes barbares pouvaient les dénoncer, même si c’était leur devoir. Un corps de police, c’est un ensemble, une institution. Lors d’opérations, c’est l’esprit de corps qui domine, comme chez les militaires et, comme chez eux, chacun est perçu comme celui qui doit défendre le corps entier. Il y a ceux qui font « le travail » et ceux qui sont là et qui voient et d’autres qui écoutent ou entendent les histoires qu’on leur raconte sur les « opérations » qui se sont déroulées lors de la dernière nuit et qui ont une famille à nourrir dans une petite ville isolée.

Il serait tout aussi naïf de croire à l’exception. Sous une autre page de ce blog titrée « En 1970 », il y a deux histoires qui décrivent l’état des mentalités de fonctionnaires qui travaillent avec les Premières Nations. Il était impossible de les exposer ici tant elles n’ont pas la même importance, même si elles font froid dans le dos.

Bravo les filles et bon courage, ainsi qu’aux journalistes d’Enquête. Au Québec, comme au Canada, la lutte pour l’égalité, ce n’est pas seulement la parité dans les C.A. ni les salaires. Il n’était pas besoin d’aller dans des pays lointains pour en avoir conscience, c’est au coin de chez nous qu’il faut regarder, devant nos yeux.

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