Le niqab, banal ou bâillon ?

Identifier une femme qui porte la burka n’est pas un problème. Un officier peut l’identifier à tout moment. Ce n’est pas non plus une question « d’habit ». Ce qui me dérange, c’est d’abord d’être confronté brutalement à une oppression masculine très forte, puis voir un principe « religieux » et surtout masculiniste piétiner des siècles de combats des femmes pour l’égalité. C’est cette régression, ce déni de progrès, cette soumission à des coutumes d’un lointain passé très fortement réinjectées dans le présent par des communautés de citoyens, qui pose problème. Je ne sais pas vous, mais quand j’entends une chanson de Bertrand Cantat, je ne danse plus. Le niqab, la burka évoquent aussi un univers dans lequel les femmes sont bafouées. Mariages forcés, interdits, crimes « d’honneur » forment, dans le cadre d’États religieux, un continuum qui ne permet pas de croire que ces voiles représentent seulement une communion avec un Dieu ainsi qu’on nous le présente.

Dire que le port du niqab n’est pas un inconvénient important pour l’ensemble des citoyens n’est pas vrai et ne peut pas servir d’argument juridique pour aller à l’encontre du principe d’égalité. C’est une pratique bien plus qu’un symbole et encore plus significative que les tavernes d’autrefois réservées aux hommes. Je comprends bien que des femmes veuillent le porter, que le niqab ou la burqa leur permette d’assumer leur corps pour elle seule, mais c’est précisément le problème : la liberté, c’est le corps public, ouvert, l’affirmation, pas le retrait lorsqu’il est guidé par un état de fait masculin. Sans le regard des hommes, il est peu probable que ces voiles existeraient encore.

Les droits des citoyennes et des citoyens exprimés dans les constitutions modernes et tels qu’ils sont perçus par le plus grand nombre ne peuvent être atteints, atténués, modifiés par l’exercice du droit de pratiquer une religion. Si cela constitue une hiérarchisation des droits, eh bien, hiérarchisons ! [1] L’égalité est la base des sociétés occidentales, même si elles sont imparfaites par ailleurs et ces voiles ne constituent pas un rempart contre ces imperfections. 

Avant d’être associés à une religion, une orientation sexuelle, une couleur de peau, nous sommes d’abord des humains, femmes ou hommes. Cette existence et les libertés qui y sont rattachées sont très largement au-dessus de toutes les autres considérations. Les constitutions protègent contre la discrimination, garantissent l’exercice d’une religion ou d’une orientation sexuelle, mais en aucun cas ces dernières ne peuvent modifier le statut de femme ou d’homme libre et c’est d’ailleurs ce statut qui permet et justifie les garanties accordées par ces constitutions.

Franz Fanon disait que les femmes algériennes se sentaient pratiquement dénudées quand elles quittaient le voile. Ce « dévoilement » était imposé par les colons dans un pays qui n’était pas le leur. Mais depuis Fanon, le temps est passé. Difficile de dire que les Français ou les Québécois sont des colons lorsqu’ils habitent dans leur géographie d’origine et difficile aussi de ne pas savoir que, dans plusieurs pays, maintes générations de femmes dévoilées sont passées avant de se revoiler après l’arrivée de dictateurs religieux. Les générations actuelles, dans bien des cas, sont des femmes nouvellement voilées, formées ou parfois réformées par des gouvernements religieux comme c’est le cas en Iran et par des prescriptions d’ordre religieux comme c’est aussi le cas au Québec.

Dans le monde, d’autres cultures, d’autres religions imposent des traditions inacceptables. Au Royaume-Uni, les autorités se penchent de temps en temps sur des cas dramatiques : un chirurgien qui « recoud » les lèvres d’une femme qui vient de subir une opération. Il dira, pour se défendre, avoir remis la patiente « dans l’état où il a l’a reçue », ou « refuser » de lui causer un problème lorsqu’elle revient au sein de sa famille. Parfois illégale, parfois cas limite lorsque l’opération ne demandait pas qu’il « découse » la patiente, la pratique risque de passer inaperçue dans des milieux ou des villes où domine une culture qui se déclare adverse ou plus pure. Il faut alors toute la diplomatie, l’aide et toute la rigueur des lois pour y remédier.

Au Québec, comme en France, les intérêts financiers et religieux se sont conjugués au point où les pratiques d’abattage barbares sont revenues en force, des abattoirs ayant une certaine propension économique à suivre les prescriptions musulmanes et juives pour saigner tous les animaux de la même manière. Jadis, ces pratiques pouvaient correspondre à une tradition sanitaire comme la récolte de sang frais, qui, chez les Masaï par exemple, pourrait être une sorte de prescription médicale mais aujourd’hui, dans nos pays, elles n’ont plus aucun lien avec cette nécessité ancienne traduite dans un concept religieux. Elles ont perdu tout leur sens et ne sont plus que barbares. Le rapport que nous avons, tous, avec les animaux doit aussi changer, progresser, comme avec le reste de la nature.

Comment alors ne pas voir dans l’univers religieux qui renaît en Occident une forme d’entrisme qui vise à vivre ici à la manière de citoyens de certains États (Dubaï), dans le meilleur des deux mondes, l’apparence de la vertu et la brutalité de la domination ? Le pape lui-même s’est éloigné des catholiques les plus traditionnels pour tenter de rapprocher la religion de cette spiritualité à laquelle nous nous référons aujourd’hui et réviser des pratiques traditionnelles injustes. Nous n’avons pas attendu l’Église catholique pour abolir la peine de mort ou autoriser l’avortement… La laïcité n’est pas arrivée par hasard mais parce qu’elle était un préalable au progrès social.

Opposants au niqab, nous avons du mal à refuser à une citoyenne le droit de s’habiller comme elle le veut mais en même temps à l’accepter comme une citoyenne forcément soumise à la réalité sociale de ses origines malgré qu’elle en soit sortie : ici, c’est aux hommes de maitriser leur regard et leur geste ou au moins d’apprendre à le faire. Ce qui constitue pour le pays d’accueil un progrès, l’égalité, doit s’imposer comme les autres mesures sociales, de l’école obligatoire, à la solidarité, à la justice. Que nous ne sachions pas vraiment comment procéder pour garantir les libertés acquises face à cet entrisme qui joue avec des règles imparfaites ne change rien aux principes auxquels nous croyons. Nous aussi avons dû nous imposer des règles strictes, contraignantes, abandonner des privilèges d’hommes, de citoyens, pour créer une société égalitaire.

[1] Voir Alain Cognard, Un petit pas pour la femme, un grand pas pour l’égalité, Michel Brûlé 2009

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Diluer les rejets et noyer le poisson

Un ingénieur de Poly, M. Desjardins est venu défendre, à l’émission 24/60, la thèse de la « dilution des eaux usées » du maire et du ministre de l’Environnement. Selon lui, les rejets se retrouveront immédiatement dilués dans une masse d’eau colossale. Serait-il possible qu’un manque de rigueur gouverne les jugements de nos experts ? Quand des pétroliers déballastent en mer, on suit leur trace sur des dizaines de kilomètres et la pollution n’est parfois concentrée que sur quelques dizaines de mètres. L’océan, un peu plus grand que le St-Laurent, ne dilue pas vite. Les accidents ne se produisent jamais comme on aurait voulu qu’ils se produisent.

On pourrait d’ailleurs se poser la question de savoir s’il serait préférable que les matières organiques, les solides, les objets que l’on imagine, et les liquides composant le déversement restent groupés ou au contraire se dispersent. Dans un cas, la faune du fleuve pourrait les éviter, dans l’autre, tous les animaux seraient atteints, où qu’ils se trouvent.

Dans cette affaire, il est certainement question de science, mais nous pouvons douter que des simulations de dispersion aient été pratiquées. Pour l’instant, la dilution n’est qu’une théorie ou un vœu pieux. Il reste le bon sens, y compris celui qui préside en science, le doute. Rappelons qu’une sonde spatiale de quelques centaines de millions de dollars s’est déjà écrasée parce que les équipes avaient confondu miles et kilomètres, à l’instar d’Air Canada qui avait confondu litres et gallons. Peut-être qu’il aurait été possible de trouver une solution plus écologique au problème posé par les travaux du pont Champlain, comme des bassins de décantation ou de rétention, voire une meilleure préparation des travaux. Nos élus ont laissé passer 24 ans sans y réfléchir pour se réveiller il y a à peine un an et s’accuser mutuellement de ce silence.

Parions qu’au-delà de ce mutisme d’État se cache un désengagement du politique face aux retards accumulés dans la gestion écologique du pays. Nous ne voyons pas encore le jour où les eaux rejetées dans la nature ne tueront pas la nature. Même quand les super-usines de traitement et de filtration seront construites toutes les eaux, fleuves, lacs, mers resteront polluées et de plus en plus, simplement un peu moins que si rien n’était fait. De quoi, peut-être, justifier une certaine désinvolture.

Travaux pratiques : faites des crêpes : farine, œufs, puis ajoutez le lait jusqu’à former une pâte liquide. Versez dans la pâte une cuillerée de vanille et continuez de mélanger avec une fourchette. Observez le résultat. Vous verrez la vanille former une petite pointe dans la pâte et s’y mélanger très lentement et rester très dense sur le bord du contenant. Extrapolez : les poisson qui se trouvent près des rives (les plus jeunes…) absorbent des hyperdoses de ce qui est rejeté…

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Les égouts dans le fleuve ? Marketing et politique pathogènes.

Cela fait au moins 25 ans que les fonctionnaires, les élus, députés, ministres, Premiers ministres et maires, savent que le pont Champlain devait être refait. Et c’est seulement la semaine dernière que les mêmes nous annoncent qu’ils n’ont rien fait, rien prévu, rien planifié. Ils viennent juste de découvrir qu’ils devront nettoyer un collecteur d’égouts géant et rejeter dans le fleuve le tiers des eaux usées de Montréal pendant une semaine. En fait, la ville a demandé l’autorisation de procéder ainsi il y a seulement un an. La raison ? Pour protéger les ouvriers des émanations et des accidents, une noble cause qui pue la manipulation comme toujours lorsqu’il s’agit d’écologie et de santé publique.

Pour le maire Coderre et pour le ministre de l’Environnement, il n’y a aucun problème : « ça se dilue » disent-ils. Leur compétence en microbiologie peut être mise en doute. Le ministre est un fier marketer diplômé en management. Du stade olympique à Juste pour rire en passant par Evenko, le ministre connaît tout des 100 pollutions du Québec comme son homologue des 100 fromages. Quant au maire de Montréal, fixé sur un plateau tournant, il n’a même pas besoin de vent pour changer de direction, qu’il s’agisse des trottoirs du parc Laurier ou de la pollution du fleuve. Des experts.

La réalité est tout autre. Des métaux lourds, habituellement retenus lors du traitement des eaux seront relâchés. Des produits radio-actifs et des « gros morceaux », tout ce que nous jetons chez nous, dans la rue, dans les entreprises et les hôpitaux, les graisses des restaurants, flottera en surface et entre deux eaux, comme ceux qui prétendent nous diriger. Même quand les eaux usées sont traitées, on ressent encore les effets de leur pollution à plus de 100 kilomètres…et on ne parle que des effets visibles.

Les eaux usées ne seront pas désinfectées à Montréal avant 2018, c’est à dire débarrassées de la plupart des virus et bactéries. Il reste que le bouillon des égouts, une fois traité, est moins dangereux que lorsqu’il est rejeté directement. Durant la semaine de déversement, des agents pathogènes en grandes quantités se retrouveront dans l’air chargé d’aérosols circulant au-dessus du fleuve. Cet air pollué peut voyager à plusieurs centaines de mètres des rives du St-Laurent. Il n’est même pas nécessaire de se baigner ou de faire du kayak pour être contaminé.

Nos experts en écologie ont oublié une évidence : sur la planète, tout ce qui est rejeté va être aussi récolté, souvent par les voisins. Toutes les villes qui puisent leur eau dans le fleuve devront donc nettoyer une eau plus fortement chargée en contaminants pendant une semaine. Un microbiologiste québécois a dit, il y a quelques années, que nous pourrions bien mourir, dans 15 ou 20 ans, d’une maladie de cœur causée par un virus présent dans l’eau du robinet.Certains virus ne peuvent même pas être détectés dans l’eau par les moyens actuels. On pense que la plupart sont détruits par le chlore et d’autres moyens, mais rien n’est certain et le résultat dépend de la qualité du traitement.

Prétendre alors qu’il n’y a pas de danger ne peut plus seulement relever de l’incompétence et de l’ignorance. Les expertises existent et le refus des élus de les consulter en fait des responsables et des coupables même si, politique oblige, ils n’en assumeront jamais les conséquences.

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Impôt et pots cassés

À l’émission de l’excellent Gérald Filion, deux économistes ont débattu (mais en surface seulement) de l’intention du gouvernement de diminuer les impôts et d’augmenter la TVA. Selon l’idée générale la TVA toucherait tous les citoyens selon la consommation alors que l’impôt, s’il est un bon instrument de redistribution, pénaliserait les entreprises qui emploient des travailleurs et exportent des marchandises.

Le Danemark, toujours bon exemple de la méthode TVA, est cité en exemple. Mais on oublie de dire que le même Danemark, impose aussi une taxe de 180 % sur l’achat des automobiles. Les taxes sur la consommation y sont donc modulées en fonction d’objectifs sociaux. En France, ici même au Québec, on détaxe certains articles (nourriture) et l’on peut en surtaxer d’autres, ou imposer des « vignettes », des frais d’enregistrement et autres droits aux fameux « utilisateurs-payeurs », mais nous sommes au Canada et l’on voit mal comment nous pourrions surtaxer les autos ou d’autres biens, à moins de resserrer encore plus les quasi-frontières qui existent encore entre les provinces canadiennes.

Les Scandinaves sont probablement beaucoup plus conscients de leur rôle dans la société dès le plus jeune âge. Le projet social y est très élaboré et bien partagé par les citoyens. Ils ne trichent pas, ont, par tradition, confié un rôle très important à l’État dans l’exécution d’une mission sociale claire, ce qui rend ces économies stables et plus faciles à gérer. Les impôts et les taxes y sont très élevés, mais les citoyens bénéficient de conditions de vie supérieures aux nôtres. La TVA y pénalise beaucoup moins les plus pauvres pour les raisons déjà données (il existe d’autres taxes sur des biens de luxe par exemple) et assure une redistribution juste. Nous doutons que la TVA puisse jouer le même rôle au Québec, à moins de mettre sur pied un système global d’impôt et taxes complètement repensé…mais le fait d’être lié à un système fiscal fédéral ne permet pas de réaliser un tel projet.

On pourrait aussi moduler les impôts. Les entreprises ne paient pas en général de TVA sur les produits exportés, et il est toujours possible de créer des déductions d’impôt pour toutes sortes de projets : pour l’embauche d’employés plus âgés, ou plus jeunes, d’apprentis, pour la recherche, voire de donner des contrats à des industries que l’on veut protéger, l’exemple souvent cité aux États-Unis étant Boeing, maintenant propriétaire de manufacturiers d’équipements militaires à qui l’État peut acheter de l’armement, ce qui constitue clairement une subvention… indirecte mais tangible.

Il n’est cependant pas sûr que des baisses d’impôts pour les entreprises se reflètent dans les prix à la consommation. Ils se retrouveraient plutôt dans les poches des actionnaires et des dirigeants (le dirigeant de Volkswagen a quitté son poste avec Das prime de quelques dizaines de millions d’euros).

L’impôt est probablement plus difficile à récolter que la TVA, du moins dans les pays nordiques, peut-être moins en Grèce et dans les pays du sud. En Italie, le gouvernement a fait imprimer des coupons au dos des factures afin que les clients les exigent pour pouvoir bénéficier de rabais, ce qui force les commerçants à déclarer leurs ventes. On se rappellera aussi des logiciels truqués des restaurants du Québec, il y a quelques années.

Il faut plus de personnel pour percevoir l’impôt. Une armée de fonctionnaires est nécessaire pour faire le pendant à l’armée de comptables qui conseillent les entreprises pour contourner (légalement) les lois fiscales ou parfois leur suggérer des chemins moins propres. Il y a plusieurs manières de produire des comptes, de changer de catégorie fiscale pour bénéficier de tel ou tel avantage, de telle déduction. La TVA est plus simple : l’entreprise paie en général chaque mois la taxe correspondant aux produits vendus et l’État n’attend pas un an avant de recevoir les fonds.

La réduction des montants payés par les entreprises favorise la consommation et donc les profits. Les recettes de l’État sont en revanche plus faibles si la TVA ne compense pas les diminutions d’impôts et la couverture sociale sera alors réduite, ce qui peut constituer aussi un coût futur pour l’État : justice, compétence des citoyens, qualification de la main d’œuvre, etc. Il faut aussi trouver un moyen de faire payer une juste part  des dépenses de la société aux bénéficiaires des profits des entreprises (les actionnaires) et cette tâche revient à l’impôt progressif qui, toujours au Danemark, est très élevé. TVA et impôt ne sont donc pas antinomiques.

Dans un Québec à l’intérieur du Canada, il est difficile d’imaginer un moteur fiscal à deux pistons qui fonctionneraient l’un contre l’autre. Les manœuvres du gouvernement Couillard pour réduire les impôts et augmenter les taxes risquent de créer un réel déséquilibre dans la redistribution de la richesse, dans l’équation sociale et d’inventer des problèmes dont les conséquences ne seront visibles que dans plusieurs années (bien qu’il soit aisé d’en entrevoir déjà quelques-unes).

Ce qui est encore plus tragique dans l’exercice, c’est qu’il importe peu que la nouvelle politique soit de gauche ou de droite puisque le gouvernement fédéral ne suivra pas ce que le Québec fera, c’est le Québec qui devra toujours suivre les politiques fédérales. Le Canada n’est pas divisé entre droite et gauche, il est divisé géographiquement, entre l’est et l’ouest. Or les conservateurs canadiens viennent de l’ouest et n’ont que faire d’un conservateur québécois.

La réforme fiscale et budgétaire de Couillard semble donc un exercice bien futile, à moins que le gouvernement du Québec veuille réellement revenir sur les acquis sociaux des dernières décennies. Si tel était le cas, il aurait entre les mains l’outil idéal pour noyer le poisson.

 

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Au secours, Victor Hugo.

Nous pouvions éprouver quelque sentiment pour cette Hongrie de la première ligne, même pour une Hongrie brutale et d’extrême droite. Les Européens hurlaient au fascisme, persuadés, comme le dernier des Horaces que les autres pays qui accueilleraient les migrants avant qu’ils n’arrivent chez eux, étireraient la procession avant qu’elle les atteigne.

Malheureusement, la procession ne s’est pas étirée, alimentée « en temps réels » par les autres migrants qui poussaient par l’arrière. C’est ainsi que les réfugiés (ou plutôt ceux qui cherchent un refuge) ont coulé par-dessus les frontières. Après la Grèce, l’Italie et la Hongrie, ils s’éparpillent maintenant en Croatie, au risque de marcher sur des mines laissées par les Serbes (Il y eu une guerre en Europe récemment), puis en Slovénie. Les grands Européens se font plus discrets. L’Allemagne et l’Autriche ferment temporairement leurs frontières, ce qu’ils reprochaient à la Hongrie…Les autres inventent des chiffres dans leurs rêves, une centaine de milliers de réfugiés quand il en reste au moins le double à quitter la Syrie et l’Irak et encore 50 millions dans le monde.

Ce n’est pas l’Europe de Victor Hugo ni celle de Robert Schuman ou de Jean Monnet et des autres. C’est une Europe sans âme, hypocrite, au mieux timide, qui vient de s’engager dans une autre course contre la montre à l’issu de laquelle nous verrons son vrai visage. Il ne reste pas beaucoup de temps ni de choix. Souhaitons que l’Europe ne reste pas seulement géographique…

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Imaginons…

Les horribles images des migrants, en particulier celles des enfants morts noyés ne sont pas les images de la situation aujourd’hui, elles sont l’aboutissement, la fin du film de dizaines d’années de bêtise, occidentale et orientale aussi. Ce qu’il faut retourner voir, après la photographie des enfants morts, c’est le reste du film, ce que nous n’avons pas voulu voir.

Nous pourrions remonter loin, à la Nakba de 1948, l’année zéro de la révolte palestinienne, ou plus loin encore, au partage des terrains pétrolifères, ou aux colonisations, mais l’histoire récente pourrait suffire.

La première guerre du Golfe, en 1990, le développement exponentiel des armements nationaux et des ventes d’armes, tous pays confondus, et cette imbécilité de nos gouvernants à croire qu’ils allaient refaire le monde en tirant sur les voisins, tout cela nous a conduit ici et maintenant. Le dernier – plutôt le plus récent – de ces idiots sévit ici, au Canada, confirmant qu’il allait sauver les migrants en bombardant leurs pays suivant en cela le funeste Cameron, Sarkozy et quelques autres.

Ce qui frappe, dans le reste du film, c’est le monopole des hommes dans ces guerres, c’est ce que l’on appelle parfois la barbarie quand il y a du sang et des couteaux et la « lutte contre le terrorisme » quand les bombes sont télécommandées par un geek depuis un modeste split-level du Texas. Un monde d’hommes, de finance, d’agressivité et d’ignorance qui ont imposé leur solution finale avant de comprendre le problème qu’ils avaient créé.

Face à une catastrophe de cette ampleur, l’Europe prétend vouloir recevoir 120 000 personnes…parmi 52 millions de réfugiés dans le monde, un chiffre qui aujourd’hui explose puisque le film évoqué continue à être tourné par les grandes puissances et les contre puissances. Des réfugiés qui vivent dans les pays les plus pauvres alors que les plus riches reconstruisent les murs qu’ils fustigeaient il n’y a pas 30 ans.

Impossible de croire qu’une photo, « la photo » va changer quelque chose. L’Europe n’existe plus, pas plus que la mondialisation. Il n’y a que l’argent et les transactions financières qui refont le monde. Et quelques crétins qui permettent que cela existe ou qui organisent cette horreur. Imaginons que si un peu de pouvoir revenait aux citoyens, avec leurs moyens et leurs compétences du XXI ème siècle, il n’y aurait pas tant de guerres, mais plus de solidarité, moins d’amertume, moins de sauvagerie.

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L’incompétence uber alles

M.Couillard, tout joyeux et se voulant opportuniste, a assimilé Uber à l’économie du partage. Cette confusion entre l’ultra-capitalisme d’Uber et cette nouvelle économie montre bien que le Premier ministre ne comprendra jamais rien à l’économie et encore moins au partage.

Si un groupe de citoyens avait créé une entreprise de taxi de type coopérative en rémunérant convenablement les chauffeurs, en exigeant qu’ils soient compétents, qu’ils souscrivent une assurance suffisante et partagent les profits tout en payant des impôts, il y aurait là de la belle économie du partage. Il existe une telle coopérative, mais elle a le malheur d’opérer dans le système actuel…

Uber partage avec l’industrie du taxi une certaine réalité qui frise parfois à l’esclavage. Les chauffeurs se sont toujours battus dans le passé, par exemple contre Murray Hill, qui avait le monopole lucratif de desserte de l’aéroport et depuis, il n’y a pas eu de progrès. Le taxi donne du travail aux étudiants, aux immigrants, une « deuxième job » à des salariés déjà sous payés dans leur premier emploi et nous avons accepté cette situation de misère durant des décennies. Revenus minables, horaires de misère, le taxi, comme le disait Germain Archambault dans Parti-pris, est un métier de crève-faim. Si, aujourd’hui, on n’accepte pas les cartes de crédit, c’est, entre autres, parce que les chauffeurs doivent attendre souvent une semaine avant d’encaisser le montant des courses, mais payent leurs dépenses au jour le jour. Le système est désuet, mal géré et les gouvernements successifs n’ont rien fait, sauf instaurer un système de permis coûteux.

Uber a fait son nid là-dessus et aussi sur la course aux bas prix à laquelle le public participe béatement dans trop de domaines. Pourquoi, à ce compte, ne pas permettre à des minières de déplacer des chômeurs dans « le plan nord » pour y extraire le minerai à bon compte ? Sebastiao Salgado ferait de belles photos.

Espérons qu’Uber aura au moins suscité l’envie de faire de l’industrie du taxi un élément de l’équation écologique. Mieux structurée, mieux gérée (on pourrait imaginer un certain nombre de taxis « réservistes » pour les journées de forte demande plutôt que de décupler les tarifs comme le fait Uber), elle pourrait faire diminuer la circulation de voitures particulières dans les villes et contribuer à l’économie grâce aux salaires et aux impôts perçus. Il faudra faire vite, cependant, avant que le taxi disparaisse complètement, remplacé par les pousse-pousse technologiques d’Uber, images d’un néo-colonialisme financier.

 

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Client ou citoyen ?

Une simple panne d’ordinateur peut devenir un révélateur de l’état du monde du 21 ème siècle. Pas réparable nous répond le geek excité du comptoir du magasin Apple. Un autre magasin vous aura proposé une simple soudure, qui tiendra 6 mois, et d’autres encore voudront changer moult pièces comme ces garagistes qui vous remettent, après une réparation, un petit sac qui contient « les pièces changées » comme preuve de leur travail. Malheureusement, ces pièces proviennent souvent d’une autre voiture, voire d’une autre marque…

Ce que le fabricant de votre ordinateur vous dit, c’est qu’il n’a cure des lois qui l’obligeaient jadis à conserver durant dix ans toutes les pièces de rechange de son produit. Invoquant le rapide progrès et, bien sûr, la demande de la foule. Dès que votre appareil sort de l’usine, il est déjà obsolète. Obsolescence de naissance, même plus programmée.

La rumeur dit que telle marque d’ordinateur ne permettra plus que quelqu’un d’autre que lui puisse réparer « son » ordinateur. Ce qu’il vous a vendu, ou plutôt loué, c’est la jouissance, (se posant ainsi en législateur), de son produit.

Les constructeurs d’automobiles songent à interdire toute réparation par d’autres que leurs concessionnaires. L’intérêt est évidemment de soumettre les métiers de l’automobile à une sorte de salariat, d’esclavage en fait, qui contraindra toute personne désireuse de se lancer en mécanique à devenir un employé d’une marque. Le seul problème qui reste à résoudre, c’est de créer une concertation de toutes les marques afin qu’elles pratiquent le même système pour qu’il puisse fonctionner et prendre le contrôle total du commerce. Une question de temps, puisqu’il suffira d’exercer un contrôle sur la disponibilité des pièces ou des outils permettant de les changer.

Ce sera plus facile que ce que les citoyens attendent depuis très longtemps, une concertation de tous les États afin qu’ils unifie des politiques fiscales pour qu’une entreprise ne puisse s’établir dans un état qui n’a pas besoin de l’impôt pour survivre. Parions que les grandes entreprises parviendront à établir leur monopole commercial bien avant que les États ne pensent à mettre en place des politiques qui puissent continuer de financer des projets de société et éviter que le travail ne serve à d’autre fin que la consommation, ce dont rêvent parfois nos dirigeants

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La cigale et le Grexit

Jean-François Bélanger, reporter à Radio-Canada, a bien résumé ce que ressentent les Grecs : des conditions économiques élaborées à l’étranger et imposées par des étrangers. Cela aurait pu être du Marine Le Pen, tout autant que du Rousseau ou du Tocqueville et justifier une nouvelle Magna Carta européenne : c’est bien là le problème de l’Europe. La démocratie y a disparu au point où le mot référendum est devenu tabou au sein de la classe dirigeante.

Les idées manquent pour sauver l’économie grecque, du moins dans le camp des durs de l’Europe. Toujours l’augmentation de la TVA, des impôts et une baisse des dépenses de l’État alors que l’État et toute la population sont dans une situation de non-dépense qui entraîne le pays dans une baisse perpétuelle du PIB. Une infinité de solutions existe pourtant. Des entreprises européennes pourraient délocaliser leur fabrication en Grèce où les salaires ont dramatiquement chuté : c’est le temps d’appliquer ce que la finance mondiale prêche, faire baisser les salaires. En Grèce, c’est déjà fait. Le FMI prône maintenant d’annuler une partie de la dette, mais, en raison de la capacité théorique de l’Europe et de la Grèce elle-même de reconstruire l’économie grecque, cette idée sympathique n’est pas une nécessité mathématique.

Comme Warren Buffet l’a fait aux États-Unis avec l’État, recapitaliser temporairement des industries privées, une partie du tourisme, par exemple, pour leur donner un nouvel essor, tourisme de luxe, infrastructures, hôpitaux constitue une autre mesure intéressante. Beaucoup d’activités économiques en Grèce se sont ré-individualisées durant les années d’austérité récentes, la pêche en est un exemple. Le gouvernement grec a d’ailleurs participé à la ré-exploitation de certaines ressources par des individus et des coopératives. Le développement du système coopératif est un autre moyen d’excellence pour créer les fondations de nouvelles industries ou remettre en vie celles qui sont disparues en même temps que le PIB qui a diminué de 30 % depuis 2008. L’exemple de Desjardins, au Québec, est fascinant dans la mesure où il est parvenu à une taille du même calibre que les autres banques tout en entraînant l’économie locale. Des mesures fiscales comme le Régime d’Épargne-Actions du Québec constituent un excellent moyen de réduire la fraude fiscale et de développer la création d’entreprises.

Plus fascinante encore est l’incapacité des Européens de trouver un compromis, ou plutôt une solution, avec les Grecs. Nous entendons plus de commentaires – aujourd’hui caduques – sur les défauts des citoyens grecs. Nous n’en sommes plus là, la situation est celle qui prévaut ce matin, chaque matin et pas celle qui prévalait il y a 2 ou 5 ans. D’habitude, Bruxelles ne demande jamais rien aux peuples qui composent l’Union, mais aujourd’hui, si l’Europe parvenait à « gouverner » avec le peuple grec, alors elle commencerait vraiment sa vie d’Union européenne.

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La Grèce à l’image de l’Europe

Ce que l’on appelle le problème grec est en fait le problème de l’Europe. C’est l’Europe qui va dire, bientôt, on l’espère, si elle est sérieuse dans sa construction ou si elle ne l’est pas. Imaginez un instant que la Corse (pourquoi pas…), ou la Bretagne, ne soit plus rentable, qu’elle soit un gouffre sans fond pour les subventions de partout, qu’elle multiplie les têtes de bétail comme Jésus les pains. La France va-t-elle la jeter hors de France ? Si l’Europe ne peut pas régler le problème de la Grèce, elle n’est pas l’Europe.

On connait maintenant l’histoire du remboursement des dettes des pays européens et Thomas Piketty, dans son rôle d’historien de l’économie qu’il connait très bien, a bien exposé la situation. L’Allemagne n’y tient pas une place d’honneur et chacun des deux « grands pays » a souvent joué le problème grec pour mousser sa présence au sein de l’Europe, Giscard en particulier, mais pas tout seul. Il y a eu des tractations fifanesques avec la Grèce pour obtenir son vote en faveur de l’entrée de l’Espagne et du Portugal.

Les Grecs ont élu, semble-t-il, un gouvernement sérieux. C’est le temps de négocier une remise en marche de la Grèce à long terme. Contrairement à ce qui se dit, nous croyons que la Grèce pourrait retrouver rapidement une économie vigoureuse à condition que ne lui soient pas imposées des restrictions sévères qui pourraient empêcher tout développement et surtout, que les Grecs eux-mêmes, bien conscients, négocient ces restrictions. Le PIB grec était près de 50% plus élevé en 2008. La marge est importante.

Dans les pronostics, Grexit et autres aventures d’économie-fiction, il faut tout de même dire que nous ne voyons pas pourquoi la Grèce devrait abandonner l’Euro. La Chine pourrait adopter l’Euro si elle le voulait et d’ailleurs plusieurs petits pays utilisent l’Euro sans autorisation de l’Union européenne. Les prêteurs devraient prier pour la Grèce conserve l’Euro. Peut-être aussi croire en une véritable démocratie.

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