Qui sème le pire…

Au début du vingtième siècle, on parlait de « la poudrière des Balkans ». Les grandes puissances avaient savamment organisé des alliances avec les pays de la région en fonction de ce qu’ils croyaient être leurs intérêts propres, évidemment pas ceux des pays concernés. C’est ce qui a causé la série des deux grandes guerres mondiales.

Au Moyen-Orient, les politiques des Occidentaux n’ont pas fait mieux. Palestine trahie par les Anglais, influences armées des Européens puis des Américains, reliquats des politiques coloniales du 20e siècle, invention de frontières des pays du pétrole, tout cela a créé la poudrière du Moyen-Orient. Ce n’est pas si vieux, même Sarkozy avait reçu Khadafi à Paris et ses ministres voyageaient dans l’avion de Ben Ali, dictateur bien connu.

Pour accélérer le processus, les Américains et leurs alliés ont disséminé des armes lourdes dans les pays dans lesquels ils intervenaient pour, croyaient-ils, les pacifier. Comme, en plus, ils étaient nécessairement perçus par les populations comme ceux qui les bombardaient, ils achevaient une mission de « conversion » que même les missionnaires n’auraient pu assurer : la région connaît aujourd’hui une explosion des extrémismes religieux qui auraient pu figurer dans La Tentation de St-Antoine.

Nous n’avons fait guère mieux en Afrique. Quand le Sida, d’origine africaine, a conquis nos terres, l’Amérique et l’Europe ont mobilisé des ressources considérables pour tenter d’enrayer l’épidémie. Lentement, certes, tant que la maladie semblait ne toucher que des classes de citoyens mal aimées, puis plus rapidement dès lors qu’elle apparaissait comme une menace sérieuse pour l’ensemble des populations.

Mais personne n’est intervenu en Afrique. Ni pour le Sida ni pour Ebola, puisque, encore une fois, ce virus ne se rencontrait qu’en Afrique.

Il y a sans doute un curieux parallèle à faire entre les deux situations. Peut-être aurions-nous pu agir plus intelligemment au Moyen-Orient en évitant de nous associer à des bandits, en favorisant le développement économique et social, comme nous aurions probablement dû, en Afrique, nous soucier un peu plus des famines, des épidémies, des massacres (le Rwanda n’est pas si loin) et jouer de solidarité au lieu de jouer du canon et de vendre des armes à tous les adversaires. Ce n’est pas pure invention que de croire en une volonté politique non dite, non exprimée : encore hier, Le Pen père parlait de « Monseigneur Ebola » qui allait régler les problèmes de l’Afrique. Pourrions-nous affirmer qu’il était – ou qu’il est – le seul à avoir de si épouvantables pensées ?

Rien ne nous dit que ce qui se passe aujourd’hui ne serait pas tout de même arrivé si nous n’étions pas intervenus ou si nous avions aidé ces populations : on peut toujours envisager le pire, mais quand nous-mêmes l’avons planifié…

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À la prochaine fois !

« D’accord, tu restes à la maison, et nous faisons une chambre qui sera à toi, tu auras ton ordinateur et tu pourras rentrer le soir à l’heure que tu veux ». C’est à peu près le résultat du référendum écossais.

Pour le fond, il y a tout de même quelques nuances à ajouter. Au début des tournées de David Cameron en Écosse, il y a avait des menaces voilées. Pas le voile intégral, juste un petit voile : une fois le oui à l’indépendance prononcé, vous ne pourrez plus revenir en arrière, ce sera dé-fi-ni-tif. On vous aussi fera la guerre pour le pétrole, la monnaie, la BBC, les musées, les banques et, bien sûr, la Standard Life. Nous allons vous lessiver. Le divorce, quoi.

Puis, de fois en fois, les promesses tombaient : fiscalité, champs de compétence… Puis une extension de ces promesses au pays de Galles et à l’Irlande.

Maintenant, subtilement, l’Angleterre s’est ajoutée à la liste des futurs bénéficiaires du travail référendaire des Écossais. Comme si le parlement de Westminster, à qui les Écossais reprochent de tout décider et de ne parler que pour l’Angleterre, devait recevoir de nouveaux pouvoirs pour contrebalancer – pourquoi pas – ceux qui allaient être accordés à l’Écosse et aux autres nations du Royaume.

C’est un peu comme si, après un référendum québécois, Ottawa décidait d’accorder au Québec de nouveaux droits, mais aussi d’en accorder tout autant aux provinces anglaises, comme si chacune d’elles constituait une nation.

Mais, au-delà de toutes les menaces et de toutes les promesses, qu’elles se réalisent ou pas, il reste l’essentiel, la liberté des peuples, la capacité de décider, pour eux-mêmes, de choisir leur manière de vivre, de faire ou ne pas faire la guerre, sans être contraints de suivre ce qu’une puissance qui vous dépasse vous commandera. À la prochaine fois !

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Écosse, québec, même combat.

Dans quelques semaines, les Écossais choisiront entre l’indépendance et le statu quo au sein du Royaume-Uni. Pourtant, aucune information sérieuse ne parvient au « reste du Royaume-Uni » et tous les commentaires que l’on entend montrent la misère du débat politique.

Il est très difficile de trouver un journal écossais à Londres. Il semble aussi qu’il soit tout aussi difficile d’y trouver quelques représentants du pouvoir capables de réfléchir. Comme si des gens habituellement intelligents perdaient une partie de leurs facultés rien qu’en pensant à l’Écosse. Pourtant, l’Écosse n’a pas menacé le reste du Royaume de ne plus lui vendre son whisky en cas de séparation. Pourquoi alors ces cerveaux de la politique anglaise ont-ils tous l’air d’en avoir abusé ? Sauf un journaliste, tout de même, qui a parlé de « Marché commun » avec une Écosse indépendante.

Plusieurs contestent même la légitimité du choix de la population. Le peuple est idiot nous disent-ils, comme nos libéraux d’ici : le peuple ne désire l’indépendance que parce qu’un gouvernement indépendantiste est au pouvoir. Avec des fédéralistes au pouvoir, le projet d’indépendance va disparaître. Des petits historiens qui n’ont pas remarqué la soif d’indépendance de leurs anciennes colonies et la nécessité pour certaines provinces de se donner le pouvoir de faire mieux que rester à la remorque d’une mère-nation qui les ignore. En 1945, une soixantaine de pays formaient le monde. En 1994, 184. La démocratie, que l’on dit parfois inventée en Angleterre, du moins en partie, disparaît quand on prétend l’exercer, semble-t-il.

Comme dans le divorce, les grands principes ne tiennent plus quand ils touchent ceux qui hier s’en réclamaient. N’est-ce pas le Général de Gaulle qui parlait « de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes » ?

Vous vous rappellerez sans doute la déclaration de Claude Garcia président de la Standard Life Québec et membre du CA de l’UQÀM. Il voulait « écraser » les tenants du oui. Devinez qui, 19 ans plus tard croit devoir menacer la population écossaise ? Standard Life-Écosse là où se trouve son siège social. L’entreprise, si le oui gagnait, déménagerait son siège en Angleterre.

En politique, aujourd’hui, la démocratie n’a plus cours, même pas son esprit. Ainsi, David Bowie a cru bon de lancer un cri d’amour, « Écosse, reste avec nous », comme si l’Écosse allait disparaître au lendemain de l’indépendance. Mick Jagger a, lui aussi, pensé que sa voix devait compter. Madame Rowling, mère d’Harry Potter, a donné plus d’un million de livres (sterling) au camp du non, rejouant là le volet « argent » évoqué par l’admirable Jacques Parizeau dans son testament politique.

Pourquoi, en effet, des « élites » en musique, littérature pour enfants ou en assurance devraient-ils se poser en experts ? Certes, au cours de débats publics – s’il en existait de tels – l’opinion d’experts en économie, en écologie, en exclusion, en exploitation pétrolière pourraient donner des avis intéressants, mais c’est au seul peuple Écossais de décider de ce projet de société.

Politiques, Premier ministre, députés se sont mis à plagier le Canada anglais de 1995 en menaçant l’Écosse de toutes les plaies. Séparation définitive, plus de pétrole de mer du nord (les Écossais seraient incapables de l’exploiter), plus de monnaie, plus de tableaux dans les musées écossais, plus de BBC qui a déclaré que les Écossais ne pourraient plus recevoir certaines émissions. Elle couperait les câbles, brouillerait les ondes, même, au besoin, pour priver les Scots des émissions d’Attenborough ? Quels mauvais commerçants !

Le pétrole de la mer du Nord leur serait retiré ? Difficile de déménager des trous, mais la menace en a été faite. De toute façon, les Écossais n’auraient pas les compétences ni les fonds pour forer les puits… ce à quoi un Écossais formé à l’humour british a répondu qu’il demanderait les conseils de la Norvège, plus proche d’elle que l’Angleterre.

Plus de rien, comme si l’Angleterre avait déjà décidé de voler les siècles d’impôts payés par les Écossais qui ont construit le Royaume-Uni, la BBC, la Monnaie Royale, financé les guerres d’Irak, les dommages des années Thatcher ou qui ont simplement entretenu la Reine. Encore récemment, des Anglais voulaient interdire l’usage de la livre par une Écosse libre. Pourtant, n’importe qui peut utiliser la monnaie qu’il choisit. Le Panama utilise des dollars américains, et nous-mêmes pourrions-nous échanger des roubles ou des renmibi si le cœur nous le disait (et s’il était bien accroché, quand même). Les Écossais, qui savent qu’ils partageraient avec le reste du Royaume sa royale dette, menacent de renoncer à ce royal privilège si on l’empêchait d’utiliser la livre par la force. Le Canadien Mark Carney voudrait bien continuer de contrôler les taux d’intérêt, les emprunts, les déficits et tout, quoi, dans une Écosse indépendante. Comme si de rien n’était.

David (Bowie et Cameron) auraient dû depuis longtemps poser la question dans l’autre sens, à l’endroit. Pourquoi les Écossais ne sont-ils pas tous satisfaits de l’alliance avec le Royaume-Uni ? Et même s’ils l’étaient, l’idée de démocratie exigerait tout de même que chacun des peuples constituant une alliance, un pays, une entité, puisse en sortir quand elle le veut. C’est toujours le seul moyen de parvenir à une véritable entente.

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Un nouveau nom pour la barbarie ?

Dans les années 60, les Français et parmi eux, ma mère, comme bien d’autres personnes, imaginaient que l’ingéniosité et le travail des Israéliens allaient transformer le désert, le pays puis la région en un paradis exemplaire.

Nous ne connaissions pas à l’époque les rachats de terres palestiniennes par la diaspora sioniste, bédouins et agriculteurs sédentaires inclus, depuis le début du XXème siècle. Nous n’avions pas vraiment entendu parler de la Nakba – la catastrophe qu’a constitué le partage arbitraire de la Palestine en 1947 puis l’exode des Palestiniens et la destruction de leurs biens. Elle n’était rien d’autre pour nous qu’un dommage collatéral parce qu’Israël devait devenir le modèle du développement humain. Grands chirurgiens, grands ceci et grands cela, pourvu que leurs noms se terminent par « ein » on ne faisait déjà plus la différence entre juif et Israélien, entre Français et Israélien. Même nés en Pologne ou en Allemagne et éduqués en France, ils devenaient de fait des symboles d’Israël. Oubliés aussi, les bandits terroristes qui avaient fait sauter des casernes de l’armée anglaise, des terroristes devenus des héros de la politique israélienne.

Qu’importe, un peuple qui avait autant souffert devait retrouver le destin dont il avait toujours été privé. C’était tout au moins ce que pensaient tous nos contemporains dans les années 60, confortés par l’éducation religieuse. Certains allaient même passer leurs vacances dans des kibboutz…

Soixante-sept ans plus tard, la Nakba est devenue quotidienne pour les Palestiniens. Entraînés dans un rejet viscéral du destin qui leur a été tracé par les nations occidentales et par Israël, les Palestiniens ne pourront jamais exercer leur droit de se défendre et ni celui de revenir chez eux. Ils perdent chaque jour un peu plus de leurs terres, volées par des colonisateurs venus des pays de l’est ou de l’intérieur des frontières de 1947, comme ceux qui achèvent de les évincer de Jérusalem, histoire de mettre la communauté internationale devant un « fait accompli » et faire de la ville une capitale juive. Pour justifier ces spoliations, Israël se présente comme le pays des juifs et non des Israéliens, ce qui l’autoriserait à accueillir un nombre illimité d’étrangers de religion juive tout en niant le droit au retour des Palestiniens qui ont pourtant été chassés des territoires occupés !

Massacrés au nom d’un principe – œil pour œil dent pour dent – autant barbare que biblique, les Palestiniens ont pourtant la force et le rêve de retrouver le pays qui leur a été volé, ou au moins une fraction. Israël n’a ni le talent, ni l’intelligence, pour participer à ce projet et quitter un esprit de vengeance qui attire de plus en plus la planète entière dans une course absurde vers l’absolue paranoïa.

Les Occidentaux, particulièrement les Européens, assument l’humiliation de voir les hôpitaux qu’ils ont financés à coup de millions se faire détruire en même temps que les patients qui s’y faisaient soigner. Le président Hollande, après avoir entonné un « chant d’amour pour Israël », selon sa propre expression, vient de donner huit millions à la Palestine, le prix du silence de la France. Les Américains vendent les armes.

Des anchormen nous infligent des commentaires stupides : « Il y a eu des morts, dans les deux camps », sans jamais préciser qu’il y en a eu 40 côté israélien dont 90% de militaires et 1300 côté Palestinien dont 95 % de civils. Les chefs d’état s’indignent vite quand trois Israéliens sont tués et restent de glace quand il s’agit de massacres de femmes et d’enfants palestiniens. Les journalistes de terrain sont les seuls à nous décrire le carnage.

Cet extraordinaire addition d’incompétences, de lâcheté, d’agressivité et de sadisme a une autre conséquence : la haine. Si des citoyens lointains peuvent accepter de ne rien voir ou si peu de choses, il est impossible de penser que ceux qui sont touchés de près ou parce qu’ils partagent une même condition ethnique ne sortiront pas des limites étroites que nos sociétés hyperprotégées se sont données en termes d’indignation. La colère des Palestiniens et de ceux qui compatissent ne pourra pas toujours être contenue comme elle l’est à Gaza et, de fait, ne l’a jamais été que par des mesures extrêmes, des fouilles, des écoutes généralisées, des interdictions et de la censure pratiquées dans tous les pays.

Que pouvons-nous faire ? D’abord relire l’histoire, puis exiger des politiques qu’ils cessent d’alimenter la folie d’Israël qui exacerbe celle d’extrêmistes religieux des deux côtés. Parler de la sécurité d’Israël sans parler de celle, tout aussi légitime et nécessaire, des Palestiniens et des autres peuples de la région est une erreur qui dure maintenant depuis un siècle.

http://blog.mondediplo.net/2014-07-23-Qui-seme-le-vent-recolte-la-tempete
http://www.monde-diplomatique.fr/recherche?s=%40auteurs+Dominique+Vidal

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3909 patients

C’est le nombre de patients que le médecin de l’aéroport Charles de Gaulle pourrait examiner avec le bonus de 215 000 dollars que le ministre de l’éducation Bolduc a reçu pour accepter d’inscrire dans son classeur 1500 nouveaux patients (stationnés en double file à côté de son bureau de député) puis finalement les abandonner.

Petite anecdote :

Un passager en provenance d’Afrique fait un malaise dans l’avion. Après l’atterrissage, il se rend à la clinique de l’aéroport. Il attend cinq minutes, une infirmière le prend en charge, vérifie la pression, fait un électrocardiogramme, mesure le taux d’oxygénation et quelques autres paramètres. six minutes plus tard, un médecin reçoit le passager, l’ausculte, pose des questions sur l’incident, consulte les résultats des examens.

Rien de grave apparemment, un simple malaise vagal. L’électrocardiogramme, selon le médecin montre une petite anomalie au cœur qu’il faudra voir à Montréal.

Le patient – Québécois – se demande tout de même s’il va succomber à un autre malaise en recevant la facture. Étranger et sans sécurité sociale, l’addition pourrait constituer un choc…

39 euros, 55 dollars. Bon observateur, le médecin tend une feuille au passager avec cette petite leçon de morale servie peut-être à l’intention de l’Amérique : « ici, la médecine n’est pas un business ».

Roissy médecin

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Your taxes at work

Lundi 2 et mardi 3 juin, des travaux de réfection des trottoirs de la rue St-Laurent près de la rue St-Paul ont été entrepris. Les anciens étaient neufs, ils venaient d’être refaits. On a scié les anciens-neufs trottoirs de béton et le lendemain, on a rempli les trous avec du béton neuf.

Il devait y avoir une raison. Commission Charbonneau aidant, l’imagination nous fait envisager le pire. C’est un peu comme si un entrepreneur retournait chez vous la semaine suivant l’installation de votre plancher de céramique pour le défoncer et en reposer un identique, sans vous donner aucune explication, mais en vous demandant quand même de payer une deuxième fois.

Dans les circonstances, la Ville devrait installer des pancartes pour expliquer ce qu’elle fait. Dans le passé, au vu de tels comportements erratiques, nous avions l’habitude de limiter nos craintes à un constat d’incompétence. La Commission Charbonneau nous a montré que c’était bien pire et qu’il fallait ajouter la corruption à l’incompétence.

Toujours dans l’obscurité totale malgré des promesses de transparence, nous ne pouvons qu’imaginer les pires scénarios pour ces travaux publics qui se font en privé. Nous en connaissons les réalisateurs, ils sont déjà revenus…

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Les femmes et les enfants d’abord, un naufrage annoncé

Le « moratoire » sur les garderies du gouvernement cache une conception rétrograde de la société. Ici et là, on devise gaiement sur le sujet, mais cette décision nous apparait plutôt comme une nouvelle attaque contre les femmes, contre la démocratie, contre le développement intelligent.

Placer les garderies après ce qu’on appelle « la priorité » de la réduction du déficit, c’est faire preuve d’une incompétence sociale pathétique. Pour économiser, va-t-on revenir sur la parité des salaires (en fait, la parité n’existe toujours pas…) ou allonger les mandats des politiques pour économiser sur le coût des élections ?

Quelques brillants économistes croient-ils pouvoir calculer le nombre optimal de places de garderies et renvoyer à la cuisine les femmes « surnuméraires » qui ne seraient pas « nécessaires » à l’accroissement de productivité ? Ce moratoire n’a pas de sens, ni humainement, ni économiquement.  Nous retiendrons que c’est pourtant la première mesure prise par ce gouvernement. Une décision qui touche l’ensemble des femmes et des enfants, les couches les plus défavorisées et les moins bien défendues. Ensuite, il s’attaquera aux retraites.

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Les retraites et la planification de l’incompétence

En l’absence d’une intelligence sociale et d’une intégrité intellectuelle, (nous n’évoquerons même pas l’intégrité tout court) des décisions désastreuses ont été prises par les gouvernements. Elles reviennent nous hanter et réveiller des luttes de classes que l’on croyait disparues et induisent de nouvelles décisions désastreuses que nous devrons traiter dans quelques années. C’est le cas de la bataille des retraites qui s’annonce au Québec plus dévastatrice que celles qui ont cours en Europe.

Lors de négociations salariales, il est fréquent que les gouvernements échangent une réduction d’augmentation de salaire contre des participations accrues au fonds de retraite. Les gouvernements paient moins immédiatement en promettant de payer plus tard, accumulant au besoin des déficits, congés de paiement et autres manipulations. Ainsi la ville de Québec finance les régimes des pompiers et des policiers à plus de 75 % et ceux des employés à près de 60 %. Les maires voudraient aujourd’hui réduire la participation de leur ville, donc refaire les négociations passées sans toutefois redonner les portions de salaires qui ont été troquées à l’époque contre de bons régimes de pension.

Non seulement, ces corps de métiers ont été floués, mais on constate aujourd’hui qu’il n’y a pas d’équité en matière de retraites ! La pauvreté de certaines personnes agées est dramatique. À vouloir diriger sans philosophie, on multiplie les injustices.

Voici un excellent article d’un actuaire :
http://www.ledevoir.com/politique/quebec/398042/les-regimes-de-retraite-des-employes-de-l-etat-sont-ils-des-cadillac

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Mirabel : les vraies affaires

[Sur Mirabel, voici un extrait de « La Belle Province des satisfaits » publiée chez vlb en 2003. Les politiques n’ont toujours pas compris ce qui s’est passé et pourtant La Presse y avait fait allusion à l’époque…]

Le déclin programmé de Mirabel est l’illustration d’un néocolonialisme qui se renouvelle au quotidien. La vérité est entre Trudeau et Toronto, entre Charlebois et ADM[1]. Mirabel, c’est la maquette d’un impossible Canada.

Toronto et le Canada ont compris avant le Québec qu’il ne pourrait exister deux aéroports internationaux d’importance dans les deux grandes provinces voisines. Pour paraphraser Victor Hugo, nous attendions Roissy, mais c’est Blücher qui est arrivé.

Mirabel, c’était l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, mais dès la construction, Ottawa avait interdit la constitution d’un nécessaire parc industriel – ce même parc qu’ADM nous promet aujourd’hui que Mirabel est mort – dans l’immense territoire de l’aéroport, presque deux fois l’étendue de Laval[2]. Mirabel est un aéroport de guerre dont la construction s’est arrêtée “ comme ça ”, par un beau ciel bleu. Puis on a englouti à Mirabel des sommes considérables alors même que le projet était déjà condamné.

Le développement du trafic aérien devait se faire à Mirabel (c’est pour cela qu’il était aussi grand) et Dorval devait récupérer l’industriel existant : CAE, Canadair et autres puisque l’industriel à venir avait été gelé. Au fédéral, Jean-Luc Pépin défendait le projet Mirabel, mais les politiciens du West Island de Montréal ont eu raison de Pépin. Ce serait cependant se leurrer que de croire qu’il s’agissait d’une banale querelle municipale. Le West Island, c’était l’establishment canadian. À ceux qui douteraient encore de l’intention délibérée, proposerons-nous la version douce : l’impossibilité génétique pour un conquérant de risquer de perdre sa suprématie au profit des gens qui sont en voie de reprendre leur liberté. Ce qui est fascinant, c’est qu’aucun politicien n’a fait le décodage politique de cet échec et mat au Québec.

Comprenons bien : nous ne sommes pas dans une économie canadienne intégrée dans laquelle le devenir des citoyens est d’abord national (canadien) puis ensuite régional, comme en France, comme aux USA. Nous sommes dans un pays divisé en régions pauvres ou riches en concurrence les unes avec les autres et le devenir des citoyens est d’abord régional puis ensuite canadien. On l’a vu avec le problème récurrent du partage des ressources naturelles – le pétrole de l’Alberta par exemple. C’est d’ailleurs cette structure particulière qui devrait nous faire craindre l’adoption brutale du dollar américain. De ce fait, nos régions redeviendraient ce qu’elles étaient avant la Révolution tranquille : de simples sources d’approvisionnement pour les Américains, électricité, pêche, minerai, eau, hydrogène, n’ayant pu, durant toutes ces années où cela était possible, se développer comme de véritables entités socio-économiques. Se confronter du jour au lendemain à une monnaie commune est ce qui peut arriver de pire aux cigales.

En d’autres termes, l’identité canadienne se résume à la péréquation. Il n’existe pas plus de projet canadien que de projet québécois. Personne n’évoque la marche vers ces objectifs supérieurs communs que l’on retrouve dans la plupart des pays. D’une part, les buts des provinces sont tout simplement contradictoires et d’autre part, les grands développements canadiens sont plus souvent le fruit du hasard que de sages décisions d’un aréopage de philosophes: boom asiatique de la Colombie britannique, boom pétrolier de l’Alberta.

La mise en service d’un train rapide entre Mirabel et Montréal pouvait en même temps être le premier maillon d’un réseau régional de transport en commun. Sur une carte, le lien avec l’est du Québec et les capitales Québec et Ottawa, puis avec Toronto, est clair comme une rivière à saumon. Une gare ferroviaire complète attend dans les sous-sols de l’aéroport, prête à servir.

Montréal ne fait même plus parti d’un axe industriel suffisamment important pour justifier de liens aériens avec toutes les grandes villes : c’est Toronto qui a ramassé la mise. Sept heures de train pour Toronto et des liaisons aériennes aléatoires avec le reste du monde – ce qui, pour des gens d’affaires évolués évoque le Moyen-Âge. Les Européens et les japonais sont cinglants là-dessus, eux qui parcourent des distances identiques en trois heures. Ces fameux Européens qui, selon ADM et Air Canada auraient déserté Montréal si nous avions conservé Mirabel, sont tout de même partis. Nos incantations ne suffisent pas à attirer les investissements. Quant au développement de l’est du Québec …

La vérité, c’est que Dorval ne pourra jamais devenir l’aéroport que l’on nous a promis. Dorval a été programmé pour rester petit. C’est Toronto qui héritera de tout. Le 9 décembre 2000, Air Canada annonce qu’elle va enfin céder à l’aéroport de Toronto un bout de terrain qui lui permettra de s’agrandir encore. D’ailleurs, rien ne dit qu’Air Canada va rester un transporteur national, ni même que Toronto ne cèdera pas sa place à un quelconque Détroit. L’ultralibéralisme, c’est subir l’économie plutôt que l’inventer.

Pour concrétiser son idée du transport aérien au Canada, le gouvernement fédéral vient de gratifier de 300 à 400 millions de dollars l’aéroport d’Ottawa qui sera bientôt prêt pour assurer les liaisons entre le cœur du Canada, Toronto, et la capitale. Quant à l’aéroport de Toronto, il s’agrandit chaque jour. En fait, on a simplement transféré Mirabel à Toronto.

Nous allons devoir engloutir des centaines de millions à Dorval, en quêtant, comme dans les Antilles, une taxe d’amélioration qui nous fait déjà honte, puis une deuxième taxe qui vient d’être inventée, une sorte de taxe à l’incompétence. Nous paierons ainsi le coût de la fonte de nos aéroports comme les familles chinoises paient le coût des balles qui servent à exécuter leurs enfants. De ballon d’essai en ballon d’essai, de fermetures partielles en transferts de vols, nous avons fini par accepter la fermeture de Mirabel comme autrefois nous étions contre sa construction.

Un pays qui ne contrôle pas ses transports ne contrôle pas son économie. Et tout le monde est responsable : le gouvernement, le Parti Québécois, le maire Bourque qui aurait pu s’opposer au survol de Montréal et surtout la population qui répète ce qu’elle a entendu : “ éléphant blanc, éléphant blanc ”. Parenthèse : si Ottawa met volontiers les deux pieds dans les champs de compétence provinciaux, pourquoi devrions-nous attendre de mythiques points d’impôt pour occuper les domaines abandonnés par le fédéral ? Il y a au Québec, pour le moins, une acceptation quotidiennement renouvelée d’un état de dépendance qui nous étouffe.

Le jour où nous serons indépendants, nous devrons reconstruire le patrimoine aérien qu’on nous a arraché plume par plume et aile par aile. Nous devrons refaire un aéroport et ses infrastructures, les liaisons régionales abandonnées par les transporteurs et les gouvernements, sans compter le rail, et l’ensemble du concept de transport…… mais cela est une autre histoire.

Trop d’aéroports ?

“ Trop d’aréoports ?” Bien des politiciens, journalistes, professeurs, devraient une fois pour toutes ouvrir un dictionnaire et chercher “ aréoport ”. Mais non, il n’y a pas trop d’aéroports.

Même si, en théorie, Dorval peut accommoder deux fois plus de vol, ses couloirs aériens ne pourront accueillir autant d’avions, pour des raisons de sécurité, de bruit, et parce qu’il est impensable que Montréal puisse être aussi dangereusement survolée. Il faudra caser tous les vols rapatriés de Mirabel dans la journée puisque Dorval ne peut décemment pas recevoir de vols de nuit, ce qui n’est pas le cas de Mirabel. D’ailleurs, ADM, qui jurait ne pas décoller de Dorval la nuit, commence à revenir sur sa position : ce n’est plus un empêchement ni un moratoire, mais un “ accommodement ”.

L’aéroport de Saint-Hubert accueillera sans doute une partie de ce débordement. En mai 2002, Westjet réclame des investissements substantiels à Saint-Hubert afin d’y établir une base puisque Dorval est une chasse gardée d’Air Canada. Le président de la nouvelle Jetsgo, interrogé le 9 juin 2002 par TVA, n’hésite pas à parler d’une possibilité d’utiliser Saint-Hubert. Ce qui est choquant, c’est que tout le monde sait que Saint-Hubert va devenir le deuxième aéroport de Montréal, et que nous acceptons encore de nous faire mentir en pleine face.

Après avoir rejeté l’exemple de Roissy, ADM aurait dû se pencher sur l’exemple le plus intéressant, celui de Cambridge. Bien sûr, en Angleterre, la densité de population est plus grande qu’au Québec, mais certainement pas dans la région de Cambridge.

Ville universitaire, Cambridge abrite moins d’étudiants que Montréal. Sa population est environ le tiers de celle de Laval. Difficile de parler ici de “ masse critique ” expression favorite des fossoyeurs de tant de nos projets.

Et pourtant, Cambridge a son aéroport international, Stansted. Une aberration sur le strict plan économique traditionnel puisque Londres possède déjà quatre autres aéroports, Heathrow, Gatwick, le City airport et Luton. En fait, Stansted n’est pas l’aéroport de Cambridge, mais l’un des aéroports londoniens. Il a trouvé l’une de ses vocations dans la desserte de Cambridge, comme Mirabel aurait trouvé l’une des siennes dans la desserte de Laval et d’un couloir industriel.

Les scientifiques qui travaillent à Cambridge atterrissent directement au pied de leur laboratoire ; les étudiants utilisent également cet aéroport qui vient alléger le trafic des deux autres : question de planning et de manières.

Dans les années 90, les autorités de la région voulaient attirer, les Microsoft, les Hewlett Packard. Dix ans plus tard, ces grands ne sont toujours présents qu’en termes administratifs : 40 employés pour Microsoft, pas plus. Le calcul des entreprises était simple : profiter de la subvention pour répondre à des besoins ponctuels : nouvelle succursale, activités connexes.

Une telle compréhension de l’utilisation de fonds publics ne permet pas à un pays de développer une force industrielle dans les domaines vitaux de la nation. À moins de croire que “ le marché ” puisse construire un monde parfait, la présence d’une autorité “ désintéressée ” – l’État – est une obligation. Ce qui implique que l’État a le devoir de donner à ses citoyens cette force industrielle et les infrastructures nécessaires à son développement et non pas seulement des revenus et des emplois.

C’est ce que les autorités régionales ont alors fait. 1200 entreprises de haute technologie se sont installées à Cambridge. C’est l’un des plus importants centres de recherche en Europe. Le taux de chômage y est tombé à 3,7 % contre 8,6 % dans la région ; 40 % de la production est exportée. La vallée industrielle s’étend aujourd’hui d’Ely à Newmarket, une ville en difficulté dans les années 90.

Les autorités régionales ont profité de l’occasion pour améliorer le transport : autobus sophistiqués qui déclenchent automatiquement les feux de circulation, et quarante mille places de stationnement[3]. Ce n’est pas une mince affaire.

Au Québec, nous avons regardé ce détournement d’aéroport sans même nous poser une seule question. Mise à jour particulièrement dramatique de notre condition de colonisé. Même pour des Québécois anglophones de Montréal, il est normal que Toronto se développe au détriment de Montréal. Leurs racines sont ici, leur culture est ailleurs. Et c’est la culture qui est déterminante.

 

 

[1] Robert Charlebois, Entre Mirabel et Dorval,

[2] La Presse, 27 février 1997, B 1

[3] Mike Levy in Director, march 1999. London 116 Pall Mall SW1Y 5ED.

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Couillard-Barrette, ou comment faire disparaître la médecine publique

Un reportage à l’émission « La Facture » de Radio-Canada du 30 mars a montré comment, pour « désengorger » les urgences, M. Couillard a permis aux optométristes de recevoir les patients en urgence ophtalmologique. Ces « privés » devaient ainsi s’occuper de ces patients en première ligne, leur donner les soins requis ou référer les cas compliqués à un ophtalmologiste.

Mais voilà, très rapidement, M.Couillard a bien fait comprendre à tout le monde « qu’il [le gouvernement] manquait d’argent et qu’il fallait alors faire payer les patients pour certains services donnés par les optométristes ». Un bon moyen de diminuer les dépenses de santé en les refilant aux patients tout en permettant aux optométristes de facturer des soins de santé qui, peu de temps avant ce tour de magie, étaient gratuits.

On se doute bien que les fameuses supercliniques factureront à l’état les scans, les radios et les soins à un prix bien supérieur à qu’ils coûtent dans les hôpitaux. Les propriétaires des supercliniques privées voudront des bénéfices et les médecins et les spécialistes qui y travailleront ne sont déjà pas inclinés à remettre en cause leur rémunération. Selon La Presse, « les salaires des médecins ont augmenté de 500 millions $ cette année et bondiront encore de 540 millions au cours de la prochaine en vertu des ententes qui arriveront à échéance en 2015. Leur rémunération a augmenté de 67 % en cinq ans. Il y aurait une autre augmentation de 150 millions au total pour 2015-2016 et 2016-2017 ». Un « rattrapage » disent Couillard et Barrette. Et vous-même, votre salaire a-t-il « rattrapé » le salaire de votre homologue Ontarien ?

Une fois les supercliniques mises en place probablement par Gaëtan Barrette, il ne faudra pas s’étonner si Couillard décrète que le gouvernement « manque d’argent » et que les patients devront payer une partie des services reçus. Combien ? 20 %, 30 % ? Les salaires des spécialistes augmenteront-ils encore pour rattraper ceux des Américains ? C’est la cage à homards de Couillard et Barrette, un ticket modérateur sans débat à l’Assemblée Nationale, un tour de magie. Pouf la médecine publique !

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